Politique

Bilan Matata II, Kambinga parle

Germain Kambinga
«En tant que ministre de l’Industrie, je peux vous dire que ce qui se fait aujourd’hui est une performance du gouvernement Matata qui est l’aiguillon de la vision  du Président de la République. En trois ans et demi du mandat du Chef de l’Etat, il y a beaucoup de réalisations», rassure-t-il 
Samedi 27 juin 2015, le ministre RD-congolais de l’Industrie, Germain Kambinga Katomba, reçoit un parterre de journalistes à son cabinet de travail. Dans son salon huppé, il s’entretient avec Barick Buema d’AfricaNews, John Ngombwa d’Antenne A, Pierrot Mbuyu de la RTNC, Israël Mutala de C-News et Magic Wawina de B-One.
Habillé d’une chemise en pagne cousue par Okas’ol -véritable clin d’œil à son crédo: le Made in Congo-, le ministre parle de sa carrière politique, du gouvernement Matata II dont il est membre, fixe l’opinion sur son choix d’y adhérer, évite de verser dans la polémique politicienne et exhorte les jeunes à envisager l’avenir comme une espérance et non comme une menace. Sans vouloir se substituer au porte-parole du gouvernement, Germain Kambinga vante, avec justesse bien-sûr, les prouesses réalisées par le gouvernement Matata  sous le leadership du Président de la République Joseph Kabila, contredisant en même temps les allégations faites par l’ancien Premier ministre Adolphe Muzito. Interview!
Monsieur le ministre, où en sommes-nous avec votre campagne Made in Congo exhortant la population au patriotisme économique?
La politique de Made in Congo incarne la volonté du gouvernement d’agir avec volontarisme pour permettre l’émergence de nouveaux capitaines de l’Industrie, augmenter le niveau de création de l’emploi et permettre aux RD-congolais de regarder avec beaucoup de satisfecit l’action gouvernementale. Le Made in Congo c’est le soutien de l’Etat à travers les mesures incitatives, c’est l’implication des industriels à travers un investissement plus important et sécurisé, c’est la contribution patriotique du peuple RD-congolais dans la priorisation de ses choix de consommation. Aujourd’hui, nous sommes concrètement au cœur de la mise en œuvre de cette politique. Il y avait l’effet d’annonce, il y avait des reformes de fond qui étaient en cours et nous rentrons maintenant dans une phase de mise en œuvre.
Avec toutes les réformes enclenchées dans votre secteur, quel bilan faites-vous sous l’angle de la création des emplois ?
En termes des résultats, les frémissements existent déjà. Nous sommes passés à une situation de destruction des emplois à une situation de création des emplois. La croissance n’est pas encore suffisamment forte pour inverser totalement la courbe mais elle est suffisante pour la stabiliser et lui donner un train progressivement ascendant. C’est pourquoi dans les statistiques récentes du gouvernement, on parle des centaines de milliers d’emplois créés. En tant que ministre de l’Industrie, je peux vous dire que ce qui se fait aujourd’hui est une performance du gouvernement Matata qui est l’aiguillon de la vision  du président de la République. Nous sommes partis de 9600 industries au sortir des indépendances à moins de 300 viables aujourd’hui.
La zone industrielle de Limete employait, jusque dans les années 90, de centaines de milliers de personnes. Tous ces emplois ont été détruits. Et pendant longtemps, on n’a pas réussi, à travers des politiques publiques à créer des emplois. C’est une tâche et une mission à la fois exaltante et complexe du gouvernement dans un régime semi-parlementaire comme le nôtre. Si cent mille ou cent mille cinq cents emplois ne sont pas assez, qu’est-ce qui serait mieux ? Moins que ça ou pas du tout?
Les résultats doivent s’analyser de manière dynamique en s’inscrivant dans un horizon temporel de moyen et long terme parce que des reformes créatrices d’emplois sont des reformes structurelles. Dans notre pays, la problématique de l’emploi n’est pas une politique conjoncturelle mais structurelle. Nous avons un tissu social détruit depuis plus d’une vingtaine d’années, un climat des affaires qui reprend son attractivité, un environnement politique particulier qui se traduit pendant des années par une instabilité chronique. Lorsqu’on arrive à créer un frémissement, le plus important c’est de maintenir la croissance que nous avons obtenue sur cinq ou dix ans encore.
Vous avez entamé votre campagne à Kinshasa, vous êtes allé à Lubumbashi, au Katanga puis à Kisangani, dans la province Orientale. Qu’en est-il des autres provinces?
Quand vous avez des objectifs, il faut avoir des moyens. C’est une règle de politique économique. Autant d’objectifs que de moyens. Ensuite, il faut affecter les moyens vis-à-vis des objectifs pour leur permettre d’atteindre l’efficience et la plus grande efficacité. C’est-à-dire que lorsqu’on établit un plan d’action, il ne faut pas s’arrêter sur la dimension spectaculaire. Le Made n’est pas un slogan, c’est toute une vision que nous voulons donner au redressement productif et industriel de notre pays. Ce n’est pas la visite des usines.
C’est un programme de fond qui intègre la responsabilité gouvernementale en termes de reformes sur le plan fiscal, douanier, de financement de l’industrie locale, des mesures d’accompagnement et de protection, de l’équilibre à établir avec les pays nous avoisinant avec lesquels nous sommes dans le cadre de l’intégration et cela pour améliorer substantiellement le climat des affaires afin d’inciter les investissements directs étrangers. C’est tout un ensemble des mécanismes mis ensemble pour aboutir à des résultats, la définition d’une cartographie du redressement productif et des moyens sur une dizaine d’années à mettre sur la table par le gouvernement pour amorcer ce redressement. C’est ça le sens de la démarche qui est la nôtre. Ce n’est pas du spectacle.
Six mois après le lancement de votre campagne, êtes-vous satisfait des résultats et combien de temps mettez-vous pour sa mise en œuvre?
L’industriel n’investit pas à court terme. C’est différent du négoce. Un industriel pose ses valises avec des délais d’amortissement allant de 5, 10 à 15 ans. Nous rentrons dans une phase des propositions des reformes en termes de lois et des textes règlementaires vont être proposés. Certains sont déjà en finalisation au niveau du gouvernement. Tout n’est pas forcément publicitaire mais c’est le ressenti dans le milieu des affaires qui est important. Nous avons organisé récemment le Forum national du développement de l’industrie et du redressement productif -FONADIR- qui a fixé le cadre et les objectifs. Et c’est cette feuille de route que nous nous attachons à mettre en œuvre. Les prochaines étapes c’est la mise en place du certificat d’Aval qui est un instrument financier voulu par le gouvernement de la République pour répondre à la problématique soulevée par le chef de l’Etat de la création de la classe moyenne RD-congolaise.
Ce certificat permettra la création de nouvelles industries dirigées par les jeunes RD-congolaises dans le secteur principalement agro-industriel. Nous pensons à tout l’accompagnement du circuit de production de Bukanga Lonzo, un autre grand projet du gouvernement pouvant bouleverser l’équilibre social de consommation dans notre pays quand il atteindra sa phase de maturité. Vous avez vu le lancement du marché international de Kinshasa. Il y avait des industries, il faut commencer par les identifier et les ressusciter à travers un plan. C’est ce qu’on appelle la cartographie du redressement productif. Pour permettre un processus de rattrapage plus rapide dans un horizon temporel de dix à quinze ans. Ce qui se fait est une réponse positive aux enjeux et aux ambitions de notre pays. Nous devons continuer dans cet élan pour améliorer.
L’ancien premier ministre Muzito reproche au gouvernement de se détourner des reformes structurelles. Tout en estimant qu’il n’y a pas d’énergie considérée comme un préalable à l’industrialisation, Adolphe Muzito déplore n’a pas suffisamment de budget. Ainsi, en créant Bukanga Lonzo, vous pénalisez la production paysanne qui est suffisante mais étouffée par manque d’infrastructures. Qu’en dites-vous?
Vous évoquez la contribution au débat public de l’ancien Premier ministre. C’est dangereux comme approche. Parce que quand vous portez des critiques sur votre successeur de manière inconsciente, cela amène les gens à faire des comparaisons sur l’avant et l’après. Je ne voudrais pas entrer dans ce débat et je laisse le peuple juger simplement. Je rappellerais quand même que le franc congolais a perdu 100% de sa valeur, c’était avant. Ça va faire cinq ans maintenant que le taux d’inflation est parfois en dessous de 1%. Il faut faire très attention quand on ouvre le débat parce que, qui donne la leçon, doit l’exemple. Quand on va dans le fond de toutes vos questions posées en vous inspirant des réflexions de l’ancien Premier ministre, vous parlez de contraintes énergétiques et de moyens.
Vous parlez également de Bukanga Lonzo et de l’effet d’éviction que cet investissement crée ainsi que de la concurrence déloyale que cette grande structure pourrait créer sur la paysannerie. Nous allons point par point. Premièrement, la politique d’industrialisation est reconnue par le gouvernement et par tout analyste comme la voie par excellence pour l’atteinte d’un optimum en termes et de résilience de notre économie mais aussi de redistribution des fruits de la croissance. La contrainte énergique n’est pas nouvelle, elle existe depuis toujours. A la différence, c’est qu’elle est prise en charge dorénavant. Vous êtes sans ignorer que nous sommes vers la phase de finalisation de la problématique d’Inga.
Il est facile de faire des analyses en statiques. Alors que la validité d’une analyse, quand on s’accroche à des politiques publiques, elle doit se faire de manière dynamique. La dynamique c’est l’horizon temporel mais aussi les interactions. Sinon votre analyse n’a pas de valeur. Inga, c’est une finalisation à un horizon de 5 à 6 ans minimum. Nous pouvons dire aujourd’hui que les étapes préliminaires sont presque toutes achevées. Le pêché serait qu’il n’y ait aucun projet en cours. Vous ne pouvez pas critiquer un médecin alors que vous savez que le patient est en plein traitement. Le pêché serait de n’est pas traité. Vous voulez profiter de l’asymétrie de l’information entre ceux qui la détiennent et la grande majorité qui ne la détient pas.
Ne vous voyez-vous pas que les critiques débouchent sur les solutions puisque qu’elles vous ont réveillé?
La vérité est qu’il y a un lien logique entre les réformes que nous entamons, leur stade de finalisation et la levée des contraintes. Il y a également d’autres contraintes énergétiques beaucoup moins importants mais qui sont en phase de finalisation en termes de réalisation. Vous avez le projet chute Katende dans le Kasaï, Kakobola dans le Bandundu et tant d’autres. Contraintes énergiques, il y a des solutions définitives et structurelles en cours. Mais il y a aussi des solutions palliatives d’ordre organisationnel à travers la gestion de la problématique du délestage. Il y a aussi des énergies alternatives qui sont également une piste des réflexions sur laquelle le gouvernement travaille. Donc, il y a toute une volonté du gouvernement d’accompagner l’industrialisation à travers la levée de cette contrainte. La deuxième contrainte vous l’avez dit ce sont les moyens. Effectivement, il y a une contrainte de moyens qui est universelle.
C’est le dilemme économique de base. Les besoins sont illimités et les ressources sont rares. Nous sommes dans la phase de la restructuration d’un certain nombre de mécanismes de financement de l’industrie. Le go nous a été donné par le gouvernement. L’instrument le plus viable, c’est le FPI en attendant que le gouvernement, à travers un budget direct de l’Etat, accompagne la reindustrialisation. Le gouvernement n’aura jamais assez de moyens à prendre dans le budget de l’Etat pour se substituer à l’initiative privée. Le gros de travail,  c’est l’investissement direct étranger. C’est à nous d’envoyer un signal positif à toutes les institutions internationales dont Moody’s, Standards and poor et autres agences de cotation.
La dernière fois qu’on a eu à faire un projet d’envergure de Bukanga Lonzo remonte à quand ? C’est un récent projet qui est déjà dans une phase de production pilote. Les ailes logiques dont le marché international de Kinshasa sont en train de se mettre en place. Tous ces mécanismes d’accompagnement permettront à ce projet d’apporter des véritables résultats sociaux. Si nous amenons ce projet à maturité, nous aurions réussi à faire avancer notre pays. Des études ont été menées, la paysannerie ne sera pas mise en marge. Bien au contraire, ce projet va servir de catalyseur pour lisser le pouvoir d’achat de la paysannerie environnante. Quand vous posez des analyses en statiques, vous pouvez-même dire que la nouvelle aérogare modulaire de N’Djili ne sert à rien.
Sur les réseaux sociaux, vous vous battez principalement contre votre électorat pour justifiez votre présence au sein du gouvernement Matata II. Pensez-vous qu’aujourd’hui vous avez encore la confiance de cette population qui a fait de vous député national en 2011 ?
L’action politique est une conquête et une dynamique permanente. Il ne faut jamais raisonner en statique. Le peuple est comme une belle femme. Elle doit être convaincue en permanence. Parfois, il faut prendre des décisions en âme et conscience. Ceux qui ne font pas avancer les choses sont ceux qui ne décident pas. J’ai décidé d’accompagner le président de la République dans sa démarche de cohésion nationale. Il est de mon devoir de mener ce combat et  d’aller vers les sceptiques pour leur expliquer et espérer que l’histoire me donnera raison. On ne fait pas la politique en démocratie pour être flatté. Vous savez le nombre de fois où les décisions de Sarkozy ou de François Hollande sont contestées sur les réseaux sociaux ?
Mais lorsque vous avez une position et vous êtes convaincu en âme et conscience que l’intérêt de votre pays se trouve là, vous ne devez pas avoir la lâcheté de fuir vos responsabilités. C’est là différence entre les hommes d’Etat et les simples politiciens. La cohésion nationale, ce n’est pas avoir des postes de mon point de vue. C’est une communion d’esprits dans l’action au service de la République. Je ne fais pas la politique pour des élections, mais je fais la politique pour rendre service à mon pays. Si je n’ai pas raison aujourd’hui, j’aurais peut-être raison demain. Mon devoir c’est d’expliquer. En l’état actuel de notre pays, je le dis et je le répète, sans cohésion, sans dialogue et sans conscience, tout en décidant d’exacerber le particularisme, on ne construit pas la démocratie.
Les membres du MLC nommés au sein du gouvernement Matata II ont créé leur propre parti, le MLC/L avec pour autorité morale JP Bemba et vous n’êtes pas avec eux. Où êtes-vous donc?
Je ne vais pas être un facteur de polémique au sein de ce grand parti qui est le MLC. De mon point de vue, c’est un moment de l’histoire et il y en aura un autre qui consacrera le rassemblement. Mais dans cette dynamique politique que les choses se font. La vraie responsabilité, c’est d’aller au-delà de posture et c’est ça le problème de la politique RD-congolaise. Il y a plus de posture que de réalités éprouvées. La politique, une activé qui conditionne l’avenir de la nation, devient une activité de légèreté. On veut confondre la démocratie à un événement.
La démocratie n’est pas une élection, c’est un processus. Pour y arriver, il faut de la cohésion et un dialogue permanent. La génération à laquelle j’appartiens n’a pas d’autres choix que de réussir. Personne ne nous pardonnera si nous échouons à mettre ce pays en orbite. Ça nécessite, de notre part, un niveau de conscience citoyenne très élevé. Ce n’est pas répondre à des appels ou un mot d’ordre. C’est d’agir en toute conscience pour l’intérêt de ce pays. Si c’est un combat d’un Congo débout avec une jeunesse consciente, j’y participerais.
Propos recueillis par Barick BUEMA
 

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