Politique

Alain Atundu: «j’invite les évêques à une patience évangélique»

André Alain Atundu Liongo, porte-parole de la Majorité présidentielle -MP-, a, au cours d’une interview accordée à AfricaNews, exhorté les évêques catholiques à continuer de conjuguer leurs efforts jusqu’au bout de leur mission afin de parfaire le cadeau qu’ils ont offert à la population RD-congolaise par l’Accord de la Saint Sylvestre. «C’est à eux de nous encourager à continuer à nous parler malgré les divergences actuelles», a-t-il confié, souhaitant par la même occasion que cet accord n’oublie pas le sort de la population RD-congolaise. Concernant le choix du nouveau Premier ministre, Atundu est clair: la pratique politique à ce sujet est de présenter au Président de la République un panel hiérarchisé de candidats. Ce qui permet de faciliter les tractations avec le Président de la République pour lui permettre de choisir la personne la plus consensuelle et la plus compatible pour être son principal collaborateur. «Imaginez un Premier ministre qui partira de l’idée qu’il est là pour combattre le Président ou ne pas suivre les orientations du Chef de l’Etat. C’est un luxe que nous ne pouvons pas nous permettre, car le peuple attend de nous des avancées significatives», a-t-il déclaré. Entretien.
Les évêques mais également la population RD-congolaise s’impatientent quant à la mise en application de l’Accord de Saint Sylvestre mettant fin à cet épisode de dialogue qui tire en longueur. Pourquoi ne pas mettre un peu d’eau dans votre verre de vin pour faciliter les choses?
Cette situation est compréhensible particulièrement de la part de la population parce qu’elle n’est pas au courant des tenants et des aboutissants des discutions qui portent sur des sujets complexes. Par contre, je ne sais pas si les évêques ont le droit d’exprimer une impatience de nature à fixer un ultimatum ou une date butoir. Nous ne courons pas derrière un record ni de durée ni de sévérité. Nous courons derrière une normalisation de la vie démocratique en RD-Congo; laquelle a plusieurs variables notamment la CENI, dont les contraintes ne sont pas les mêmes que celles de la politique. De plus, en tant que facilitateurs, c’est à eux de nous encourager à continuer à nous parler malgré les divergences actuelles.
Les évêques ne feront-ils pas tout simplement des pressions sur vous pour vous pousser à aller à l’essentiel en déclarant par exemple qu’ils ne veulent pas conduire des bons offices qui tirent en longueur alors que le temps passe vite?
Nous pensons que les évêques ne devraient pas donner un ultimatum aux hommes politiques parce qu’ils sont des facilitateurs. Donner un ultimatum signifierait qu’ils constatent l’échec de leur mission ou l’impossibilité d’aboutir à un accord. Je ne pense pas que les évêques soient dans une disposition de jeter l’éponge. Voilà pourquoi le Président de la République et toute sa famille politique les encouragent afin qu’ils puissent aller jusqu’au bout de leur mission et se sera alors parfaire le cadeau qu’ils avaient offert à la population RD-congolaise par l’Accord de la Saint Sylvestre. En bref, j’invite les évêques à une patience évangélique. Il n’est pas question ici aux uns d’imposer leur point de vue et aux autres de dire.
On a comme l’impression que la Constitution est quelque peu bafouée. Pouvez-vous présentement nous établir le rapport entre les deux accords politiques et la Constitution?

D’abord, nous partons de postulats: respect intégral de la Constitution et préservation de la cohésion nationale. Ce sont les postulats de base qui conduisent ces dialogues, donc toute disposition d’accord qui serait contraire à la Constitution est évidemment nulle. Cependant, l’accord politique intervient dans le respect de la Constitution qui autorise le dialogue. C’est dans ce cadre qu’il faut situer ces deux dispositions avec comme objectif le processus électoral et l’amélioration des conditions sociales des RD-Congolais. Ces accords ayant comme base la Constitution ne peuvent pas dépouiller le Président de la République de ses prérogatives constitutionnelles et ne peuvent pas non plus instituer un autre régime. Ces accords expriment la volonté commune de la classe politique de trouver une solution plausible, plus durable pour la normalisation du processus électoral. Puisque nous sommes humains donc faillibles, il ne faut pas que cet accord oublie le sort de la population RD-congolaise. Et le gouvernement est chargé de veiller à la bonne application de cet accord et à l’amélioration du social de la population RD-congolaise.
La question du poids politique divise la classe politique RD-congolaise. Alors, sur quoi est basée aujourd’hui la notion du poids politique?
Aujourd’hui, le poids politique dépend des réalités constitutionnelles et démocratiques, à savoir: le poids parlementaire mais également des réalités conjoncturelles, notamment l’insatisfaction communément reconnue de ne pas avoir organisé les élections. Le poids politique tient compte aussi d’une réalité historique. Il s’agit des résultats de l’élection présidentielle. C’est d’ailleurs pour cela que la Majorité considère Monsieur Tshisekedi comme ayant un poids plus grand que les autres membres de l’Opposition. C’est en fonction des résultats du dernier scrutin. Et c’est à lui d’assurer le leadership de l’Opposition pour faciliter les choses. Ce qui ne semble pas être le cas par la nature de la composante de l’Opposition où vous retrouvez le Rassemblement, la Dynamique, le Regroupement pour le respect de la Constitution.
L’Opposition est plurielle et opposée, voulez-vous dire?
Je pense que l’élément de blocage ne réside pas dans les échanges mais c’est dû plutôt à l’absence de leadership au sein de l’Opposition, car nous, la Majorité, avons une autorité morale et un comportement consensuel de discipline républicaine. Vous pouvez le constater par vous-mêmes après les déclarations de l’Honorable Lomeya faisant état de la rupture au sein de la Dynamique ou du Rassemblement qui bouillonnent. J’exhorterais l’Opposition à se trouver un leadership unique pour se retrouver en face de la Majorité qui en a un. Ce qui pourrait faciliter les choses notamment dans le partage des responsabilités. Aujourd’hui, nous vivons une situation surfaite dans la mesure où les différentes ailes de l’Opposition se présentaient comme des composantes à part entière au dialogue, or l’Ordonnance qui convoque le dialogue est clair: «le dialogue intéresse les convoqués pour la Majorité, l’Opposition politique et la Société civile. Tous les petits regroupements au sein de l’Opposition n’en font pas de composantes à part entière». Voilà pourquoi, il est de l’intérêt de notre démocratie et de notre peuple que l’Opposition parle d’une même voix. Car il faut d’abord commencer par composer un consensus au sein de sa propre composante en fonction des sujets traités. Ceux qui, pour nous la Majorité, ne posent pas de problème ressemblent à un casse-tête chinois pour nos amis de l’Opposition.
Par rapport à la désignation du Premier ministre, l’Opposition veut présenter un candidat unique. Pourquoi refusez-vous?
La pratique politique chez-nous à ce sujet est de présenter au Président de la République un panel hiérarchisé de candidats. Ce qui permet de faciliter les tractations avec le Président de la République pour lui permettre de choisir la personne la plus consensuelle et la plus compatible pour être son principal collaborateur. Imaginez un Premier ministre qui partira de l’idée qu’il est là pour combattre le Président ou ne pas suivre les orientations du Chef de l’Etat. C’est un luxe que nous ne pouvons pas nous permettre, car le peuple attend de nous des avancées significatives.
Propos recueillis par Brice NLANDU

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