Politique

Accord de la CENCO: la classe politique face à ses responsabilités

A l’approche de la clôture probable des travaux du Centre
interdiocésain, il est opportun de rappeler à la classe politique que
le pays est dans un grand tournant et qu’il joue son avenir. Les
quelques mots, ci-après, prononcés par le président de la Conférence
nationale souveraine Mgr Mosengwo, aujourd’hui Cardinal, dans des
circonstances presque pareilles, devraient interpeller les délégués
des composantes présents aux assises: «Quelque beaux et fignolés que
puissent être les textes d’une loi ou d’un contrat, si ceux qui sont
appelés à l’appliquer ne sont pas de bonne foi ou sont incompétents,
l’objectif poursuivi par cette loi ou contrat ne sera jamais atteint.
La loi fondamentale peut avoir de lacunes, mais les hommes de bonne
foi voués à la cause du peuple ne pouvaient pas ne pas trouver une
solution pour la sauvegarde de l’ordre républicain». Et d’appuyer:
«malheureusement la bonne foi a fait défaut quelque part et le drame
est né…».
C’est en principe aujourd’hui lundi 27 mars 2017 que se clôturent les
travaux sur les arrangements particuliers du dialogue dit, lui
également, global et inclusif -termes à relativiser-, après celui de
la Cité de l’Union africaine dont il était censé être un additif. La
Majorité présidentielle et le Rassemblement, principaux protagonistes
à ces assises auront peut-être finalement su aplanir leurs divergences
et trouver un terrain d’entente. Mais sur quoi? La question vaut son
pesant d’or, surtout quand on garde à l’esprit la raison de la
convocation de ces dialogues. Il est encore frais dans la mémoire des
RD-Congolais que ces travaux ont été occasionnés par la tenue des
élections, particulièrement la présidentielle.
Ces échanges entre les différentes forces politiques et sociales
avaient comme but premier de répondre aux impératifs électoraux. Il
fallait réfléchir pour trouver le moyen d’aller le plus vite possible
aux élections. Aussi, fallait-il réfléchir sur la gestion de la
période de flottement précédant la tenue des scrutins. Qu’en est-il?
Prévues pour trois jours, les discussions du Centre interdiocésain
auront duré plus de trois mois et forcément couté beaucoup d’argent
aux bailleurs -entre autres la Communauté internationale. Normal quand
on connait la propension de la classe politique à tirer tout en
longueur!
Au vu des sujets qui y ont suscité beaucoup de passion, il se dégage
que les questions liées à la gestion commune de l’Etat en période dite
préélectorale -qui du reste n’a rien de différent de la transition
sous Mobutu- sont les plus minutieusement étudiées. Les énergies se
sont focalisées sur le partage des postes. «De Kabila dégage à Kabila
engage», a titré un tabloïd kinois avec un ton ironique et sans
caricature.
Entretemps, la question électorale n’a pas bénéficié de la même
attention. Robert Ngambi du Parti lumumbiste unifié -PALU- soutenait
dans une interview qu’on aurait dû avoir, à la fin des travaux dirigés
par les évêques de la CENCO, un calendrier électoral proposé par la
Commission électorale nationale indépendante -CENI- et tenant compte
des indications des parties au dialogue.
A la place, des observateurs s’accordent à dire que l’accord du 31
décembre a semblé effleurer la question du calendrier, évoquant assez
vaguement la tenue des élections en décembre 2017.
On s’est éloigné de l’objectif?
Ce que certains experts rejettent. «Parler des élections en décembre
est de la pure hypocrisie de la part de tout le monde. Les gens n’ont
pas voulu regarder la réalité en face. Le problème c’est que nous
avons perdu le temps pour l’organisation des élections à cause des
prises de position et des attitudes politiciennes», soulignait Idryss
Katenga, secrétaire général de la Communauté islamique au Congo
-COMICO-, bien rodé en matière électorale.
A seulement dix mois des scrutins, il n’y a aucun calendrier des
élections. Et personne ne s’en émeut. Ni la MP et encore moins les
parties de l’Opposition. Aujourd’hui, la CENI est seule à se
débrouiller avec ses opérations de révision du fichier électoral -plus
de 20 millions d’enrôlés. Aucun parti ne se mobilise pour suivre les
opérations d’enrôlement, ni celles de sensibilisation des électeurs.
«S’il y avait un calendrier, aujourd’hui on aurait des candidats déjà
connus de part et d’autre. On serait dans le débat électoral et non
dans le débat des postes», souligne-t-on.
Des questions taraudent les esprits: où est passé le débat sur
l’alternance? Les politiques veulent-ils réellement des élections? Où
allons-nous? Le peuple risque d’être pris une fois de plus, ou de
trop, pour le dindon de la farce!
Si ceux qui sont appelés à appliquer l’accord ne sont pas de bonne foi
ou sont incompétents, l’objectif  ne sera jamais atteint
Même si l’on voudrait bien faire preuve d’angélisme à propos de
l’issue de ce dialogue, il y a nécessité d’émettre des réserves. Le
discours de Monseigneur Laurent Mosengwo Pasinya, président de la
Conférence nationale souveraine -CNS-, lors de la clôture des travaux
devrait interpeller. «Quelque beaux et fignolés que puissent être les
textes d’une loi ou d’un contrat, si ceux qui sont appelés à
l’appliquer ne sont pas de bonne foi ou sont incompétents, l’objectif
poursuivi par cette loi ou contrat ne sera jamais atteint. La loi
fondamentale peut avoir de lacunes, mais les hommes de bonne foi voués
à la cause du peuple ne pouvaient pas ne pas trouver une solution pour
la sauvegarde de l’ordre républicain». Et d’appuyer: «Malheureusement,
la bonne foi a fait défaut quelque part et le drame est né… ».
Aujourd’hui, mutatis mutandis, la situation est de moins en moins
différente de celle de la transition des années 90 -le Premier
ministre ne sortira-t-il pas d’une famille autre que celle du Chef de
l’Etat? Alors, qui sera comptable si jamais il n’y a pas élections à
date échue? La MP? Le Rassemblement? La CENCO? Le peuple lui-même? Ou
tous pris ensemble? Aujourd’hui, il est peut-être temps que les
opérateurs politiques fassent place aux hommes d’Etat, capables de se
dépasser pour trouver des solutions idoines aux vrais problèmes
touchant à la vie et plus important encore au destin de la RD-Congo.
Il n’est écrit nulle part que la RD-Congo, pays aux riches
hallucinantes, doive rester à la traine des nations du monde,
professait un citoyen lambda le dos plié sous le poids de l’âge et le
visage creusé par la faim. Voilà qui devrait interpeller les
politiques, de la nouvelle classe, s’il y en a, et de la veille garde.
Le temps est venu de se regarder en face et de demander: en 57 ans
d’indépendance, qu’a-t-on fait de la RD-Congo? De quoi est-on fier?
Certes il y a par moment des efforts qui se font. Mais pris de manière
globale, le tableau reste noir: l’année dernière, un rapport classait
le pays parmi les plus pauvres de la planète. A l’Est, ça fait des
décennies que des RD-Congolais meurent, par balles, machettes, viols
collectifs, … ou simplement de faim. A Kinshasa, et plus grave dans
l’arrière-pays, l’accès à l’eau potable est un sérieux problème. Des
structures telle que le Service national de l’hydraulique rural -SNHR-
du ministère du développement rural ou Action pour le développement
des infrastructures en milieu rural -ADIR- peinent à trouver des
moyens. Alors qu’il est admis qu’un taux d’électrification rural
inferieur à 50% ne permet pas d’entrer de plein pied dans les
Objectifs de millénaire pour le développement, en RD-Congo, ce taux
est inferieur à 1%.  Or des études sur la RD-Congo soutiennent que le
pays est naturellement appelé à être un important producteur et
exportateur de produits miniers, un stabilisateur de l’écosystème
mondial,… un puissant exportateur des produits alimentaires issus de
l’agriculture et de l’élevage et un puissant fournisseur d’eau douce
et d’électricité d’origine hydroélectrique… La classe politicienne
doit faire face à ses responsabilités devant la nation et le peuple.
Hugo Robert MABIALA

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