Politique

Abus de la démocratie: l’évêque Yemba tire la sonnette d’alarme

Pour lui, une démocratie qui n’est pas bien gérée n’en est pas une. Au lieu que le peuple se sente à l’aise dans le contrôle de pouvoir, il risque d’être mal à l’aise à cause de la vision erronée de la démocratie
En près de 30 ans, la RD-Congo est passée d’un parti unique, le Mouvement populaire de la révolution -MPR- du Maréchal Mobutu, à environ 470 partis politiques, pratiquement autant que les tribus et les dialectes que compte le pays. On peut en déduire qu’il y a en moyenne de plus ou moins 15 partis créés par an. La situation est inquiétante.
Il y a une semaine, Monseigneur David Yemba, évêque de l’Eglise méthodiste unie, abordait le sujet au cours d’un atelier de la Commission d’intégrité et médiation électorales -CIME. «Le nombre de partis politiques gène pour des raisons économiques, politiques, sociales mais aussi éthiques. Rien qu’organiser des élections avec autant des partis politiques pose problème. Vous avez vu aux élections de 2011, le bulletin de vote était tout un manuel alors que si on avait moins de candidats, la situation serait différente», a-t-il soutenu.
La question est intéressante. Interrogé par «AfricaNews», ce prélat méthodiste a estimé que la faiblesse de la législation en est, entre autres, la cause. «Je pense qu’il faut revoir nos lois», a-t-il lâché. La responsabilité incombe donc au Parlement. «Il faut qu’il y ait une génération des parlementaires qui regardent ces choses en face et fassent des sacrifices pour l’intérêt de la nation bien qu’il y a toutes sortes de pressions sur eux, pressions de leurs parti politiques, leurs ambitions,… Le Parlement est là pour nous donner des lois pouvant conduire le peuple, la nation vers un fonctionnement harmonieux qui permet un développement du pays», a-t-il dit.
Une RD-Congo des Républicains et Démocrates
Pour Mgr Yemba, le pays de par sa dénomination pourrait avoir deux grands partis, issus de deux concepts clés contenus dans le nom du pays: la République et la démocratie. «Regardez les projets de société des partis politiques. Quel est ce parti qui n’est proche ni de la notion de la République ni de celle de la démocratie. Alors, s’ils se rapprochent de ces notions, d’autres qui ne sont ni de tendance républicaine, ni démocrate, qui pourrait former une troisième voix, les indépendants», a-t-il réfléchi.
Selon cet homme d’église, le pouvoir législatif aura à canaliser les ambitions de ceux qui créent des partis politiques pour y arriver. «Ainsi, on arriverait aux élections avec un nombre des partis très limité. Ce qui diminuerait le nombre des candidatures. Et cela aura des implications sur les finances, logistique, etc. de la CENI», a argué Yemba.
Créer un parti pour s’assurer une place au soleil
Pour Robert Ngambi du Parti lumumbiste unifié -PALU-, le problème de la RD-Congo est dans la conception du pouvoir de l’Etat. Depuis des années, la société RD-congolaise ne vit pratiquement que de la bourgeoisie administrative. Pour accéder à une considération sociale, à des privilèges qui, en général, procurent une profession, l’occupation des postes politiques semble être devenue la meilleure voie. Et Monseigneur Yemba de relever: «c’est ce que nous entendons, mais à mon avis, ces revenus qui attirent les gens dans la politiques ne sont que provisoires». Puis: «il y a des gens qui comprennent mal le but de faire la politique. Etre politicien c’est pour servir la population. Ce n’est pas pour gagner de l’argent».
Les hommes passent, les idéaux perdurent
En principe, les partis politiques se construisent autour des valeurs, des idées, des pensées. Ce qui fait qu’ils durent dans le temps. L’African national congress -ANC- en République Sud-Africaine en est un des exemples. Mais en RD-Congo, la réalité est toute autre. L’ABAKO, le MNC, le PPRD, UDPS, … Les partis se construisent autour des individus, et particulièrement par opportunisme, notamment à l’approche des élections. «Quand vous écoutez les discours politiques, vous attendez plus les noms des individus, et moins les idéaux, beaucoup moins des structures. Je ne sais pas si c’est un problème philosophique. Lorsque quelqu’un occupe une fonction, on n’arrive pas à faire la distinction entre la personne et la fonction qu’elle occupe.
En ce moment là, les gens mettent moins d’accent sur les idéaux, sur les projets de société et plus sur les leaders», a expliqué Mgr Yemba. Et de rappeler: «le but d’un parti politique est de conquérir le pouvoir, mais pour conquérir celui-ci il faut un projet de société qui convainc le peuple parce que c’est le peuple qui détient le pouvoir. Il faut un projet de société sûr qui convainc le peuple pour une amélioration de sa situation. Sans cela, le pouvoir servira à quoi? Il va servir à aggraver la situation de la population». Et enfin: «la multiplication des partis politiques est une façon d’abuser de la démocratie, parce qu’une démocratie qui n’est pas bien gérée n’en est pas une. Au lieu que le peuple se sente à l’aise dans le contrôle de pouvoir, il risque d’être mal à l’aise à cause de la vision erronée de la démocratie».
Hugo Robert MABIALA

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