Faustin Luanga: «Le système bancaire n’accompagne pas le développement du pays»

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En prévision de la sortie prochaine de son livre programme et didactique intitulé «Pour un Nouveau Congo», Faustin Luanga, économiste RD-congolais, haut fonctionnaire international à l’Organisation mondiale de commerce -OMC- fait l’état des lieux de différents secteurs de la vie nationale. Sa réflexion ci-dessous s’intéresse au secteur financier. Il y affirme que le système bancaire en vigueur n’accompagne pas le développement du pays. Entre autres causes retenues: d’une part, ce système, caractérisé par sa dimension relativement réduite au regard de la taille du pays et de sa population, contribue à limiter sa capacité à contribuer au financement du développement du pays. Et d’autre part, le niveau important de l’écart entre les taux bancaires et le taux directeur -taux de refinancement- de la Banque centrale. Ces écarts, avec de ratio de 1 à 10 voire 15, dépassent de loin la couverture de risques et ne sont pas de nature à encourager le financement de projets nationaux par l’emprunt bancaire.
RD-Congo: secteur financier
Dans son ensemble, le système financier de la RD-Congo est peu profond et sous-développé. Il comprend 18 banques commerciales agréées, une société nationale d’assurance -SONAS- et l’Institut national de sécurité sociale -INSS- comme l’unique fonds de pension, 5 institutions spécialisées non bancaire dont entre autre la CADECO, la SOFIDE et le FPI; 143 Institutions de microfinances -IMF- et coopératives, 59 institutions de transfert de fonds, 3 institutions de monnaie électronique et 16 bureaux de change.
La majeure partie des opérations bancaires consiste en la collecte de dépôts et en des opérations de financement à court terme, ce qui constitue un principal obstacle au développement surtout des petites et moyennes entreprises. Par ailleurs, malgré la libéralisation récente du secteur d’assurance, la SONAS continue d’exercer un monopole de fait. La mise effective des mesures de libéralisation du secteur inciterait à la recherche de compétitivité et améliorerait la performance dans la fourniture des services d’assurance en RD-Congo.
Il n’existe ni marché d’actions, ni marché de titres de créance. Les instruments financiers, tels que les programmes de garantie du crédit et le crédit-bail ne sont pas encore opérationnels en RD-Congo, bien que l’accès au crédit représente le principal défi pour les entrepreneurs RD-congolais et donc pour la promotion de l’emploi. La Loi n°15/003 du 12 février 2015 sur le crédit-bail qui organise le crédit-bail ou leasing pourrait améliorer les possibilités de financement pour les entreprises. Le système bancaire de la RD-Congo se caractérise par sa dimension relativement réduite au regard de la taille du pays et de sa population, ce qui contribue à limiter sa capacité à contribuer au financement du développement du pays. Le nombre de comptes bancaires est certes en progression depuis les mesures du gouvernement d’obliger le paiement de salaire de fonctionnaires qu’à travers leurs comptes bancaires -bancarisation-; mais avec environ 600000 comptes bancaires en 2015 pour une population de 75 millions d’habitants, le secteur reste largement sous dimensionné.
Avec des avoirs globaux des banques, estimés à USD 3,6 milliards -soit environ 13% du PIB-, les banques représentent l’essentiel du secteur financier, représentant environ 95% des avoirs globaux du système financier du pays, le solde étant détenu par les IMF.  Parmi les plus grandes banques, quatre sont locales et une autre est contrôlée par des holdings étrangères -liées à des intérêts RD-congolais. Le secteur est concentré: à la fin 2015, les cinq plus grandes banques détenaient près de 64,8% des dépôts bancaires et plus de 60,5% du total des avoirs bancaires. Le financement de ces banques dépend principalement de la collecte des dépôts -dont près de 90% sont libellés en dollars américains et déposés sur des comptes à vue. Environ 94% des prêts sont en dollars américains, de même que 45% des découverts -inférieurs à un an. Les clients sont principalement des sociétés qui déposent leur fonds de roulement, leurs salaires, et les prêts visent principalement les opérations quotidiennes et les activités d’import/export. Les taux de rémunération des dépôts et d’emprunt sont déterminés par les évolutions des marchés mondiaux en dollars américains, par le risque-pays de la RD-Congo et par les majorations au titre des frais d’exploitation. L’État et les collectivités locales détiennent des soldes significatifs dans certaines banques -dépôts en dollars affectés aux investissements- et empruntent également des fonds à quelques banques pour financer les dépenses administratives.
A l’instar de toute l’économie de la RD-Congo, malgré la nouvelle réglementation de change qui impose l’usage de la monnaie locale pour les transactions en RD-Congo, les activités des banques demeurent fortement dollarisées. Les transactions de correspondance avec les banques associées à l’étranger représentent une part significative des activités des banques. Ces comptes de correspondant représentent plus de 25% des avoirs des banques et plus de 98% de l’activité du marché interbancaire. Ils permettent aux banques d’effectuer le règlement des transactions libellées en dollars américains, traduisant ainsi les efforts pour se couvrir contre les risques politiques locaux et les risques de règlement.
Ces positions en dollars sur les comptes de correspondant sont particulièrement coûteuses pour les déposants dont la rémunération est nulle et des coûts de transaction élevés. Cependant, les taux d’intérêt débiteur ainsi que de rémunération des dépôts des clients sont fixés librement par les banques agréées en RD-Congo. Toutefois, il s’observe un écart énorme entre ces taux bancaires et le taux directeur -taux de refinancement- de la Banque centrale. Ces écarts, avec de ratio de 1 à 10 voire 15, dépassent de loin la couverture de risques, et ne sont pas de nature à encourager le financement de projets nationaux par l’emprunt bancaire. Le système bancaire n’accompagne pas tout simplement le développement du pays.
Faustin LUANGA MUKELA
www.faustinluanga.com

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