
La République Démocratique du Congo va constituer des réserves d’or pour consolider sa monnaie et soutenir son économie, a annoncé le gouverneur de la Banque centrale du Congo -BCC-, André Wameso, s’inscrivant dans une dynamique déjà observée sur le continent où de nombreux États accumulent le métal précieux alors que son cours flamboie.
«Parmi les premières décisions que j’ai prises… figurait la constitution de réserves d’or pour la Banque centrale, aux côtés de la principale devise de réserve, le dollar», a déclaré Wameso dans un entretien à Reuters. Interrogé sur les volumes visés, il a résumé la volonté de l’institution: «Le ciel est la limite», sans préciser pour l’instant ni le calendrier ni le montant des achats.
Le mouvement intervient alors que l’or a atteint un record historique -au-delà de 4 000 dollars l’once- et a bondi de pl us de 50 % depuis le début de l’année, stimulé notamment par les achats massifs de banques centrales. La République Démocratique du Congo a produit plus de 40 tonnes d’or l’an dernier et se classe dixième producteur africain selon le World Gold Council. Mais elle ne disposait jusqu’ici d’aucune réserve d’or officielle malgré son important potentiel minier.
Pour transformer une partie de cette production en atout macroéconomique, la BCC s’apprête, selon Bloomberg, à acheter cet or via un négociant public. DRC Gold Trading SA, anciennement connue sous le nom de Primera et lancée il y a trois ans, s’associera à la Banque centrale pour fournir le précieux métal issu des sites d’exploitation artisanale.
Dans une vidéo envoyée aux journalistes, Wameso a assuré: «La Banque centrale s’engage à se positionner comme le principal acheteur d’or produit par nos creuseurs artisanaux via DRC Gold Trading». Les autorités veulent ainsi capter une part plus importante des revenus générés par le secteur aurifère informel, qui emploie des centaines de milliers de creuseurs mais alimente en grande partie des circuits parallèles.
Une partie de l’or extrait artisanalement est aujourd’hui vendue illicitement à travers les pays voisins et finance parfois des groupes armés dans l’est du pays, au lieu de soutenir le budget de l’État, a souligné Wameso.
Or comme socle!
Des experts onusiens estiment par ailleurs que d’importantes quantités d’or sont ensuite exportées vers des centres comme Dubaï. Au plan monétaire, la BCC estime que la constitution de réserves d’or renforcera le franc congolais et contribuera à en faire une devise plus facilement échangeable à l’international, «car il sera adossé à des réserves en or, au-delà des réserves en dollars», a expliqué le gouverneur.
La République Démocratique du Congo, membre de la Zone de libre-échange continentale africaine, espère ainsi combiner solidité financière et intégration commerciale.Cette stratégie d’adosser le franc congolais à un socle d’or intervient alors que la Banque centrale a récemment abaissé son taux directeur et n’exclut pas de nouvelles réductions si la tendance baissière de l’inflation se confirme. «Si nous voulons renforcer davantage notre monnaie en finançant l’économie congolaise en francs congolais, il faudra encore baisser ce taux directeur», a précisé Wameso, ajoutant que la BCC absorbait actuellement l’excès de liquidités du marché.
Mais la manœuvre se heurte à plusieurs défis. Le franc congolais reste peu échangé sur les marchés internationaux et les finances publiques sont mises sous pression par l’escalade du conflit dans l’Est -aggravation qui a entraîné des dépenses supplémentaires, notamment dans la défense- ainsi que l’accroissement de la massa salariale.
Le Fonds monétaire international -FMI-, en programme avec le pays, a déjà exprimé des inquiétudes sur le non-respect des objectifs budgétaires et a exhorté Kinshasa à renforcer ses réserves de devises étrangères. Malgré ces contraintes, Wameso souligne que la récente légère appréciation du franc favorise les efforts de la Banque centrale: «Cela va nous aider, car désormais les banques recherchent des francs et nous en disposons, ce qui nous permet de reconstituer nos réserves en dollars en achetant des dollars à meilleur prix sur le marché».
La République Démocratique du Congo rejoint ainsi une vague de pays africains -Algérie, Afrique du Sud, Îles Maurices, Tunisie, Mozambique, BCEAO, Ghana, Tanzanie, Nigeria, Rwanda, Burkina Faso, Namibie, Kenya, Ouganda, et le Zimbabwe avec sa nouvelle monnaie adossée partiellement à l’or- qui multiplient les initiatives pour adosser une partie de leurs réserves au métal jaune. Pour que la stratégie de Kinshasa porte pleinement ses fruits, il faudra toutefois maîtriser les circuits illicites, stabiliser la situation sécuritaire dans l’Est et préciser les modalités opérationnelles des achats.
KISUNGU KAS