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Kinshasa intransigeant face au retrait des troupes rwandaises

Annoncée avec faste, la signature de l’Accord de Washington, prévue jeudi 13 novembre, n’a pas eu lieu. Ni Félix Tshisekedi, ni Paul Kagame n’ont fait le déplacement des États-Unis d’Amérique pour conclure ce processus pendant depuis le 27 juin et la signature des ministres des Affaires étrangères. La veille, mercredi 12 novembre, Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement RD-congolais, a levé un coin de voile sur ce rendez-vous manqué.

Sur les antennes de TV5Monde, le ministre de la Communication et médias a révélé que les processus de Doha et Washington sont aujourd’hui en «phase d’atterrissage». «La dernière réunion qui a eu lieu à Washington a donné plutôt des signaux plus clairs», a-t-il estimé. La réunion évoquée a eu lieu le 7 novembre et débouché sur la signature du texte intégral du Cadre régional d’intégration économique -REIF. 

Malgré cette avancée, Kinshasa ne bronche pas sur ses exigences de retrait des troupes rwandaises de son territoire. «On ne peut pas parler développement de la région tant qu’il n’y a pas de stabilité, des stabilités qu’on puisse vérifier», a insisté Muyaya. Pour faire entendre sa voix, la RD-Congo a pu imposer une clause qui conditionne la mise en œuvre de ce cadre au traitement de la question des FDLR et au retrait des troupes et des matériels rwandais du territoire de la République Démocratique du Congo.

Combattre les FDLR et les renvoyer au Rwanda

Prêchant par l’exemple, Kinshasa a déjà entamé la démarche pour traquer les FDLR, devenues, comme les questions des réfugiés et des discours de haine, des «prétextes utilisés par les Rwanda pour camoufler [la] guerre économique». Avec cette posture avant-gardiste, la RD-Congo espère «créer un espace de stabilité dans la région», dans la droite ligne de l’ambition du président Tshisekedi qui rêver de «dynamiter l’économie» de l’Est du pays et de la sous-région. Cette démarche initiée contre les FDLR a également une portée sécuritaire.

Selon Muyaya, ces rebelles rwandais opèrent exclusivement en RD-Congo. «Les RD-Congolais sont les premières victimes. C’est pas seulement des Congolais qui sont tués, mais c’est toute exploitation illicite de nos forêts. Aujourd’hui, nous, nous avons commencé, dans les cas de ce que nous avons convenu dans le CONOPS, la sensibilisation dans les zones qui sont sous notre contrôle», a expliqué Muyaya. Mais cette bonne volonté de Muyaya se voit buter à un obstacle de taille.

D’après la cartographie préparée par les États-majors, la majorité des FDLRS opèrent dans les parties qui sont aujourd’hui sous occupation du M23, appuyé par le Rwanda. Toutefois, Kinshasa qui semble déterminée à «restaurer l’intégrité territoriale», ne compte pas désemparer. Muyaya a prévenu que cette menace va être traitée avec pour objectif de renvoyer ces rebelles hutus vers le Rwanda. «C’est leur pays. Ils doivent être en mesure d’être accueillis et de s’intégrer dans leur société pour laisser finalement le RD-Congolais vivre en paix dans leur pays», a fait savoir le porte-parole du gouvernement RD-congolais. 

Rwanda, le seul pays qui ne voit pas qu’il est agresseur

En traitant la question des FDLR, Kinshasa détruit clairement un des arguments de Kigali alors que son rôle d’agresseur n’est plus discutable. «C’est établi par tous les rapports, même si du côté du Rwanda, c’est le seul pays qui ne voit pas qu’il est agresseur», a tancé Muyaya. Pour lui, la présence du Rwanda dans le processus de Washington est un preuve du rôle trouble du régime de Kigali. «Pourquoi avons-nous signé alors cet accord à Washington, s’ils n’avaient aucune responsabilité dans ce qui se passe en termes de troupes, des matériels et de tous ces crimes qui ont été commis?», a-t-il interrogé. 

En clair, Kinshasa attend que Kigali fasse sa part de responsabilité, comme elle fait la sienne pour finalement parvenir à l’objectif de la paix et qui entraînera par la suite l’ouverture à des opportunités. En attendant, le pouvoir de Kinshasa se refuse d’adopter une posture belliqueuse ou d’aller bas afin, dit Muyaya, d’assumer ses responsabilités. 

Aéroport de Goma, une bouffée d’oxygène attendue!

Du point de vue de Kinshasa, assumer ses responsabilités rime également avec la vie des populations, aujourd’hui asphyxiées par la rébellion. Coupées du reste du pays, les villes de Goma et Bukavu ainsi que les autres zones occupées manquent de tout alors qu’une crise humanitaire pointe son nez. Lors de la récente conférence de Paris, l’idée de la réouverture de l’aéroport international de Goma, fermé depuis fin janvier, a germé.

Le régime de Kinshasa y est aujourd’hui favorable et se montre prêt à «desserrer l’étau», quitte à annuler sa «Notice to Airmen» -NOTAM ou messages aux navigants aériens. Aujourd’hui, des équipes sont mobilisées pour étudier cette réouverture mais Kinshasa veut rester seul maitre à bord.

«L’ouverture de l’aéroport de Goma dépend du gouvernement de la République démocratique du Congo. Si cela ne dépendait pas du gouvernement, il aurait déjà été ouvert. Parce qu’il y a des besoins d’intervention humanitaire, et donc au niveau du gouvernement, nous travaillons étroitement avec les différentes organisations, il y a un mécanisme qui va être mis en place qui permettra d’autoriser un certain nombre de vols. L’urgence est absolue, il y aura une ouverture qui permettra à certains appareils de pouvoir atterrir pour nos populations. Évidemment, ce sera encore convenu avec les humanitaires, les discussions sont en cours à ces propos», a renseigné le ministre Muyaya.

Profitant de cette réouverture annoncée et attendue comme une bouffée d’oxygène pour les populations, Muyaya a déploré les tueries qui règnent dans les zones occupées où une gouvernance par crime a été instaurée. Tout en refusant de faire la litanie des crimes commis, il a rassuré les populations de la détermination du gouvernement à les défendre et les protéger «à tout prix».

«Nous savons ce qui se passe sous des zones sous occupation, il y a des choses qui sont inacceptables. Ceux qui bombardent, ceux qui tuent sont ceux qui, aujourd’hui, sont les occupants et leurs supplétifs. Vous n’avez qu’à regarder», a-t-il vociféré.

Sur la question du retour des réfugiés qui sont actuellement au Rwanda, Muyaya a rappelé que la stigmatisation n’a pas de place en RD-Congo, un pays où cohabitent plus de 100 millions d’individus et au moins 450 ethnies. «Nous vivons en harmonie», a-t-il rappelé, tout en nuançant que cette harmonie ne signifie pas absence de conflits.

Cependant, le spokesperson du gouvernement ne comprend pas comment et pourquoi un État voisin «se présente comme un protecteur d’une communauté dans un autre pays». Au moment opportun, le gouvernement RD-congolais espère rapatrier ses sujets alors que, contrairement aux rumeurs, aucun doute n’existe sur la nationalité des uns et des autres. «Nous, nous n’avons jamais été dans une posture d’exclusion d’une quelconque communauté. La communauté banyamulenge est bien représentée, comme la plupart de communautés congolaises. Nous vivons en harmonie», a insisté Patrick Muyaya. 

La paix puis le dialogue, dans cet ordre!

Tout le contraire des rebelles du M23 qui, selon le gouvernement RD-congolais, brillent par le repeuplement des zones qu’ils occupent, en détruisant les documents au niveau foncier avant de réattribuer les terres à d’autre personnes. Pour contrer cette vague documentée dans plusieurs rapports, le gouvernement projette de déclarer de nul effet les actes légaux et réglementaires posés par le M23.

Alors que les processus de Washington et de Doha sont en phase d’atterrissage, Muyaya a également évoqué la problématique du dialogue national, mais pas avant la restauration de l’autorité de l’État. «Il faut d’abord qu’on soit en mesure de régler les problèmes liés à l’origine sécuritaire de la crise», a-t-il précisé, annonçant dans la foulée la disponibilité du président de la République. 

La justice comme pansement définitif et durable

Au terme de cette longue et périlleuse marche vers la paix, le régime de Kinshasa ambitionne également une reddition des comptes. «Tous ceux qui commettent des meurtres, tous ceux qui sont responsables des exactions doivent savoir qu’il y a le temps de la justice qui va finir par arriver», a déclaré Muyaya. Déjà, une commission d’investigation et d’enquête internationale est à pied d’œuvre, notamment avec la mission d’établissement des faits envoyée en début d’année.

«À Goma, plus de 10 000 personnes ont été tuées. Et même dans ce qui se passe actuellement, il y a bien besoin de justice pour qu’on s’assure que ces choses ne se reproduisent plus», a-t-il poursuivi.

Dans l’entendement de Muyaya et du pouvoir de Kinshasa, les responsables des crimes de guerre, des attaques contre les hôpitaux, des attaques contre les camps des déplacés «doivent répondre» de leurs actes. Une démarche holistique qui cadre avec les multiples fronts menés par le gouvernement: diplomatique, économique, judiciaire et médiatique. 

WIDAL

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