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L’ancien argentier national Nicolas Kazadi à l‘épreuve de sa propre dette

Dans un long message posté vendredi sur X, l’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi a tenté de reprendre la main sur le débat autour du premier Eurobond de la République Démocratique du Congo. Un exercice de pédagogie qui, confronté aux archives de sa propre gestion, se retourne contre son auteur. L‘homme connaît la musique. Visé depuis des mois pour le coût du Centre financier de Kinshasa, il entend -réflexe légitime- déplacer le débat sur le terrain de la théorie économique. «La soutenabilité d‘une dette ne se résume pas au ratio dette/PIB», écrit-il. Elle dépend, rappelle-t-il à juste titre, du coût, de la maturité, du profil de remboursement, du service de la dette rapporté aux recettes, du risque de change et de la capacité des investissements à générer de la croissance. Sur le principe, le Fonds monétaire international -FMI- ne dirait pas autre chose. Dans la pratique, c‘est précisément ce cadre qui accable son bilan.

AfricaNews a consulté la note de la Direction générale de la dette publique -DGDP- du 18 mai 2023 qui analyse les prêts qu‘il a lui-même fait contracter pour financer ce Centre financier: 157,5 millions de dollars auprès de la Trade Development Bank -TDB- et du fonds Frontera -pas Fujiri comme écrit précédemment. Le coût: SOFR + 6,5%, soit 11,12% au moment de la signature, plus 2,5% de frais d‘arrangement payés cash. La maturité: quatre ans et demi, dont un an et demi de grâce. Le service de la dette: 8,7 millions de dollars d‘intérêts par semestre pendant la grâce, puis jusqu‘à 35 millions de dollars par semestre, capital et intérêts confondus, pendant trois ans. A comparer avec l‘Eurobond qu‘il qualifie de «cher»: 9% fixe, sur dix à douze ans, avec un service de 7 millions de dollars par semestre pour le même montant, et un capital qui n‘est remboursé qu‘à la fin.

En appliquant ses propres critères, la dette qu‘il dénonce pour financer des routes et des barrages est moins chère, plus longue, et plus productive que celle qu‘il a signée pour financer ses propres bureaux. Kazadi invoque ensuite la trajectoire: la dette commerciale serait passée de moins de 5% à plus de 40% en deux ans, et l‘encours des bons du Trésor de 500 millions à plus de 3 milliards de dollars. Une dérive qu‘il impute à l‘actuelle équipe.

L‘argument omet un fait chronologique. Avant 2021, la République Démocratique du Congo n‘avait quasiment aucune dette commerciale bancaire privée. Les facilités TDB/Frontera à 11%, adossées au Centre financier, constituent l‘acte de naissance de cette dette commerciale chère et courte qu‘il dénonce aujourd‘hui. De même, l‘envolée des titres intérieurs à 20-25% est la conséquence directe du déficit laissé par la période 2021-2023: malgré des recettes passées de 4 à 9 milliards de dollars, aucun coussin budgétaire n‘a été constitué, en raison notamment des dépassements et du coût final du Centre financier, évalué à 452 millions de dollars avec avenants et intérêts, pour deux immeubles.

Reste l‘argument le plus technique, celui du revenu par habitant. Kazadi rappelle que la République Démocratique du Congo, avec 649 dollars de PIB par habitant, ne peut être comparée au Sénégal -1.773 dollars- ou au Gabon -8.230 dollars. Avec 90 dollars de recettes publiques par habitant contre 360 à Dakar ou 1.500 à Libreville, 20% de dette/PIB n‘aurait pas la même portée.

L‘observation est juste. Sa conclusion est paradoxale. Si la surface budgétaire est aussi étroite, comment justifier d‘y consacrer 452 millions de dollars à des bureaux administratifs non productifs, financés par la dette la plus toxique de l‘histoire récente? Comme le note un ancien conseiller du FMI à Kinshasa, «le FMI classe la RDC en risque modéré et capacité faible depuis 2015, pas depuis 2024. Sa recommandation constante est d‘allonger la maturité et d‘éviter la dette courte chère. Transformer de la dette intérieure à 25% sur un an et une dette TDB à 11% sur trois ans en un Eurobond à 9% sur dix ans pour des infrastructures, c‘est exactement ce qu‘il recommande». «Gouverner, c‘est prévoir», conclut Nicolas Kazadi. C‘est sans doute pourquoi la DGDP, dans sa note de mai 2023, prenait soin de souligner le coût réel de ses emprunts.

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