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À l’ONU, Suminwa somme le Conseil de sécurité d’appliquer ses résolutions

«Nous n’attendons pas de nouveaux textes pour remplacer ceux qui ont déjà été adoptés. Nous attendons leur exécution». C’est par cette phrase que Judith Suminwa Tuluka a ouvert, le 23 septembre à New York, l’intervention de la République Démocratique du Congo devant la 81e Assemblée générale des Nations unies. Mandatée par le Président Félix Tshisekedi pour parler en son nom, la Première ministre a résumé en une formule la ligne que Kinshasa entend défendre: l’application du droit international à l’est du pays, la transformation locale des minerais critiques et le retrait des forces étrangères.

Le fait que le Président ne se soit pas déplacé lui-même mais ait désigné sa cheffe de gouvernement est un signal politique. Vers l’extérieur, il indique que la position sur la guerre dans l’Est ne change pas. Vers l’intérieur, il affiche une continuité et une stabilité de l’Exécutif.Son allocution, interrompue à plusieurs reprises par des applaudissements, s’est organisée autour d’une critique du multilatéralisme tel qu’il fonctionne. Pour Judith Suminwa, sa crédibilité dépend de la fin d’une pratique: l’application du droit à géométrie variable.

«La confiance de nos peuples dans le multilatéralisme commence là où cesse l’application d’un droit variant selon la géographie, la puissance économique ou encore le jeu des alliances», a-t-elle déclaré, défendant un retour aux principes de la Charte.

Faire appliquer la résolution 2773

Sur la situation dans l’Est, la Première ministre a évoqué les déplacements de populations, les violences sexuelles, le recrutement d’enfants et l’occupation de territoires. «Mon pays demeure confronté à une guerre d’agression menée par le Rwanda sous couvert de l’AFC/M23, en violation de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, comme l’ont documenté les Nations unies», a-t-elle affirmé.

Elle a cité les cadres existants – accord de paix de Washington, processus de Doha, feuille de route de l’Union africaine – pour souligner que, pour Kinshasa, la question n’est plus de produire de nouvelles résolutions mais de faire appliquer celles qui existent. La référence vise la résolution 2773 du Conseil de sécurité, qui exige le retrait des forces rwandaises. En exigeant son application, la République Démocratique du Congo demande au Conseil de faire respecter ses propres décisions. Sur les Forces démocratiques de libération du Rwanda -FDLR-, argument mis en avant par Kigali, Judith Suminwa a estimé que ce dossier ne pouvait plus justifier une présence militaire étrangère.

Du sous-sol à l’atelier

La seconde partie du discours de la Première ministre a porté sur la gouvernance mondiale. «Le monde de 1945 n’est plus», a-t-elle déclaré. La République Démocratique du Congo a réaffirmé son soutien au consensus d’Ezulwini et à la déclaration de Syrte, qui demandent deux sièges permanents pour l’Afrique au Conseil de sécurité. Le dernier volet, économique, traduit une évolution du discours congolais.

A propos du cobalt, du cuivre, du lithium et du coltan, la Première ministre a marqué une inflexion. «Nous ne voulons plus être seulement le sous-sol de l’économie mondiale; nous entendons en devenir un atelier, un laboratoire et un partenaire souverain», a-t-elle déclaré. Elle a proposé la création, sous l’égide de l’ONU et avec l’Union africaine, d’un cadre mondial pour des chaînes de valeur «justes, traçables et résilientes». Enfin, elle a élargi son propos aux conditions matérielles de la souveraineté: lutte contre l’épidémie d’Ebola, système de santé, protection du bassin du Congo et financement du développement, évalué à plus de 70 milliards de dollars d’ici à 2030. «Restaurer la confiance, c’est appliquer le droit lorsqu’il coûte, et pas seulement lorsqu’il convient», a-t-elle conclu.

Tino Mabada

Doyen de la rédaction, Tino Mabada en est également le couteau suisse. Attaché à la rigueur journalistique, il suit avec une attention particulière les enjeux liés à la gouvernance, à la justice et à la vie publique. À travers ses reportages et ses analyses, il s'attache à fournir une information claire, contextualisée et fiable, contribuant ainsi à la mission d'AfricaNews : offrir une information crédible, vérifiée et sans filtre.

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