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Sakombi Molendo dévoile le scénario derrière le protocole d’accord le Gouvernement et la société américaine Hydro-Link LLC (Interview)

«L’importation d’énergie en provenance de l’Angola est une réponse urgente à un déficit majeur dans le Lualaba et le Haut-Katanga. Il s’agit d’une mesure de transition destinée à combler le déficit actuel tout en construisant l’autonomie énergétique future. Les entreprises minières fonctionnent à seulement 20% de leur capacité, ce qui engendre un manque à gagner important. Cette mesure d’importation permet de relancer la production minière, d’accroître les recettes publiques et de favoriser l’intégration régionale au sein de la SADC et du SAPP»…

Aimé Sakombi Molendo, le ministre des Ressources hydrauliques et de l’électricité, a cherché à clarifier et rassurer l’opinion publique suite à la signature d’un protocole d’accord entre le gouvernement de la République Démocratique du Congo et la société américaine Hydro-Link LLC. Cet accord vise à établir des lignes de transport d’hydroélectricité depuis l’Angola vers les zones minières du sud-est de la République Démocratique du Congo. Dans une interview accordée jeudi à AfricaNews et Ouragan à Washington, le ministre a dévoilé le scénario derrière ce mémorandum d’entente, précisant que l’importation d’énergie angolaise répond à un besoin énergétique urgent dans les régions du Lualaba et du Haut-Katanga, où les entreprises ne fonctionnent qu’à 20 % de leur capacité.

«L’objectif de cette initiative est de relancer la production minière, d’accroître les recettes publiques et de renforcer l’intégration régionale», a déclaré Sakombi Molendo. Il a également ajouté que le projet énergétique repose sur cinq piliers: la réhabilitation des infrastructures, l’intégration régionale, l’électrification décentralisée, la mobilisation du secteur privé et la viabilité financière. Le ministre a indiqué que la demande en énergie dans le Grand Katanga est estimée à 1,4 GW, alors que l’offre n’atteint que 750 MW, entraînant un déficit compris entre 1000 et 1500 MW. Pour Sakombi Molendo, la stratégie gouvernementale inclut l’importation d’énergie à court terme, le développement de projets nationaux et une amélioration du réseau électrique. Il a également révélé que le projet Grand Inga, un élément clé de la souveraineté nationale, est en cours, accompagné de mesures temporaires pour relier l’Angola à la RDC et réhabiliter des centrales. En outre, le Fonds Mwinda, lancé récemment pour accélérer l’électrification rurale, progresse bien, avec des actions concrètes mises en place pour soutenir les projets électriques. Interview.


Monsieur Aimé Sakombi Molendo, bonjour. Vous êtes le ministre des Ressources hydrauliques et de l’électricité de la République Démocratique du Congo. Mardi à Washington, vous avez signé, au nom du gouvernement, un mémorandum d’entente de 1,5 milliard de dollars avec la société américaine Hydro-Link LLC, visant la construction d’une ligne de transport transfrontalière de 1 150 kilomètres, destinée à importer du courant hydroélectrique excédentaire de l’Angola vers la RDC. Pourquoi importer le courant électrique à partir de l’Angola alors que nous avons Inga et pendant que les barrages de Nzilo et Busanga sont en phase de développement?

Il s’agit d’une mesure de transition destinée à combler le déficit énergétique actuel tout en construisant l’autonomie énergétique future. Le déficit minier dans les régions du Lualaba et du Haut-Katanga est critique, avec des entreprises fonctionnant à seulement 20% de leur capacité, ce qui engendre un manque à gagner important. L’importation permet de relancer la production minière, d’accroître les recettes publiques et de favoriser l’intégration régionale au sein de la SADC et du SAPP. Le Compact énergétique repose sur cinq piliers principaux: réhabiliter et étendre les infrastructures, favoriser l’intégration régionale, promouvoir l’électrification décentralisée par l’ANSER, mobiliser le secteur privé, et assurer la viabilité financière notamment via la SNEL. Le projet Inga III prend du temps, d’où l’importance de l’interconnexion entre l’Angola, la Zambie et la RDC ainsi que l’accord de Washington pour des volumes fermes immédiats.

Les zones minières du Grand Katanga et le réseau domestique de cette région nécessitent à eux seuls quelle quantité d’énergie électrique?

En 2019, la demande était de 1,4 GW alors que l’offre n’était que de 750 MW, ce qui crée un déficit compris entre 1000 et 1500 MW. Les entreprises minières fonctionnent à 20-30% de leur potentiel, ce qui affecte le secteur minier, les ménages et les PME. La stratégie adoptée consiste à importer de l’énergie à court terme via l’Angola, accélérer les projets nationaux tels que Busanga, Nzilo, Kakobola et Kolwezi, renforcer le réseau électrique existant et attirer l’investissement privé. Chaque mégawatt ajouté permet de relancer la production minière et d’augmenter les recettes de l’État.

La République Démocratique du Congo possède un potentiel électrique immense, son taux d’électrification est inférieur à 25 %, et seulement 2 % en milieu rural. Comment expliquez-vous ce paradoxe?

Cette situation s’explique par un héritage structurel marqué par un sous-investissement, un territoire immense et une croissance industrielle rapide. On compte environ 3600 MW installés, dont 90% d’hydroélectricité, mais avec des indisponibilités fréquentes et des goulots d’étranglement au niveau des transports d’énergie. La réponse politique inclut la réhabilitation et la densification du réseau, l’ouverture de la distribution d’électricité au secteur privé ainsi que des solutions décentralisées. Le Compact énergétique vise un taux d’accès de 62% d’ici 2030. Parmi les actions à venir figurent la publication d’une cartographie du potentiel hydraulique pour attirer les investisseurs ainsi que la présentation d’une feuille de route sectorielle, menée par le nouveau ministre et le directeur général de la SNEL, afin de clarifier les priorités, réformes et partenariats.

À quand le développement du Grand Projet Inga?

En ce qui concerne le Grand Inga, il s’agit d’un pilier stratégique et d’un projet de souveraineté nationale. Son avancement est assuré sous la coordination de l’ADPI en collaboration avec les ministères concernés. L’objectif est de sécuriser les financements, d’ancrer la demande notamment des mines et de la région, et de séquencer les lots. Ce projet est de long terme et nécessite des décisions financières pluriannuelles. Des mesures transitoires sont déjà en cours, telles que l’interconnexion Angola-RDC, la réhabilitation des centrales Inga 1 et 2, la mise en service de Nzilo, Busanga, ainsi que le développement de projets décentralisés. Le message clé est que le Grand Inga n’est pas un rêve mais une trajectoire progressive déjà engagée.

Le 17 septembre dernier, vous aviez lancé «Mwinda», un projet multibailleur porté par l’ANSER destiné à accélérer l’électrification des milieux ruraux. Quel est le bilan d’étape près d’un mois après?

Pour le Fonds Mwinda, le bilan un mois après son lancement est positif. Son objectif est d’accélérer l’électrification rurale et périurbaine à travers plusieurs instruments, notamment les subventions, cofinancements et garanties. Les progrès réalisés incluent l’ouverture d’un appel à projets avec les premières candidatures reçues, la publication des critères techniques et environnementaux, sociaux et de gouvernance (E&S), ainsi qu’une présélection en cours avec l’ANSER et ses partenaires. Les étapes à venir comprennent l’organisation d’un webinaire national pour les opérateurs MiniGrid sur la soumission via la plateforme Odyssée, le lancement du site officiel fondsmwinda.anser.gouv.cd, et la désignation des représentants dans les trois instances formant le conseil de surveillance, le comité technique et le comité d’investissement. Ces instances sont chargées d’analyser et d’accorder les subventions. Le message clé est que le Fonds Mwinda est désormais un mécanisme opérationnel, numérique et transparent.

Avec Jeanric UMANDE

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