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Me Didier Kondo: «nos lois doivent s’adapter aux circonstances»

Le porte-parole général des 4 Interfédérales de l’UDPS/Tshisekedi, Me Didier Kondo Pania, salue les mesures prises au Parlement pour renouer avec le contrôle parlementaire en vue de permettre au peuple RD-congolais de connaitre comment le pays est géré. Il se réjouit également de l’annonce de décaissement des fonds alloués à l’exécution du programme de développement à la base de 145 territoires de la RD-Congo, faite par le Comité de conjoncture économique lors de sa réunion mercredi avec le premier ministre. S’agissant de l’organisation des élections, Me Kondo salue également l’engagement du Parlement de plancher sur les réformes électorales pendant cette session de mars pour doter la CENI d’une loi électorale actualisée. Entretien.

Pouvons-nous nous attendre à un ouf de soulagement dans l’amélioration des conditions de vie sociales des RD-Congolais car le Comité de conjoncture économique -CCE- réuni ce mercredi 16 mars 2022 autour du premier ministre a déclaré que le gouvernement a déjà décaissé de l’argent pour l’exécution du Programme de développement de 145 territoires à la base à une année des élections? 

Je confirme haut et fort que le peuple RD-congolais a droit à s’attendre à ce soulagement dans la mesure où nous allons tenir compte de la qualité spéciale de ceux qui sont appelés à exécuter ce programme de développement. On a pris des organisations crédibles au niveau international et national pour exécuter ledit programme. Tout argent qui sera dépensé le sera dans le cadre de la réalisation de ce projet pour développer l’ensemble du territoire national. Il ne s’agit pas de l’argent à gaspiller ici s’il faut penser aux malheureuses expériences du passé. Nous devons espérer réellement étant donné que les exécutants dudit programme sont crédibles et ont leurs moyens et ne peuvent pas s’aventurer à se ridiculiser pour des sommes qui ne représentent pas celles qu’ils ont toujours gérées dans leurs missions.

En annonçant le décaissement de ce fonds 24 heures après l’ouverture de la session de mars au Parlement, pouvons-nous déduire que le gouvernement a répondu à l’appel des présidents de deux chambres parlementaires ayant dans leur discours respectif appelé l’exécutif national à s’atteler à l’amélioration des conditions sociales de notre peuple?

C’est une vérité. Leur demande a rencontré ce qu’il fallait, à savoir la détermination du gouvernement de mieux faire pour permettre aux populations d’avoir une assurance du bien-être social et de pouvoir vivre à la manière des autres peuples du monde entier. Ce n’est qu’un début. Il faudrait aussi compter avec les membres du gouvernement qui vont travailler avec les moyens mis à leur disposition. Et c’est le même parlement qui dote le gouvernement des moyens de sa politique lors de l’examen et adoption du projet de loi budgétaire. Nous allons voir si le montant prévu sera réellement affecté à chaque ministère pour lui permettre de bien travailler afin de développer le pays dans les secteurs qui leur reviennent.

Y a-t-il des garde-fous?

Je crois que le gouvernement a un policier sur son dos. Notamment l’Inspection générale des Finances et la Cour des comptes ainsi que l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption bien que l’action de cette dernière ne soit pas encore sentie. Nous demandons à ceux qui travaillent dans cette agence de déployer beaucoup d’efforts pour travailler de la même manière que l’IGF parce que la méthode utilisée par l’IGF empêcherait aux gens de commettre des fraudes. Les choses sont prises au sérieux et tout le monde engagé de manière à aider les RD-congolais à vivre l’impact de ce projet.

En quoi l’exécution du programme de développement à la base de 145 territoires sera-t-elle différentes de celle du Programme présidentiel de 100 jours et de «Tshilejelu» pour laquelle on a déploré le détournement des fonds y alloués?

Il y a une grande différence. Ici c’est le Programme des Nations unies pour le développement -PNUD-, le Bureau central de coordination -BECECO- etc. qui vont exécuter les travaux. Mais avec le programme des 100 jours et Tshilejelu c’était des individus qui contrôlaient. Lorsqu’une personne physique s’occupe de quelque chose, le dérapage pourrait arriver. Mais ici, il s’agit des grandes organisations bénéficiant d’une crédibilité au niveau international et national. Elles ont dans leur sein cette capacité-là mieux faire pour satisfaire les bénéficiaires du projet. Donc, il ne s’agit pas de n’importe qui décide. On ne peut pas comparer car il n’y a pas de commune mesure. Lorsque le PNUD et le BECECO font leur travail, ils respectent l’échéance. Comprenez aussi que le programme des 100 jours s’est passé sous la coalition FCC-CACH au sein de laquelle les sociétaires ne jouaient pas un jeu franc pour aider le Présider de la république à appliquer sa politique de gouvernance en faveur de notre peuple. Les efforts du chef de l’Etat étaient sabotés.

Comment réagissez-vous aux propos du président de l’Assemblée nationale selon lesquels le contrôle parlementaire n’est pas un acharnement politique sur l’Exécutif et que désormais chaque mercredi sera consacré à ce contrôle pour permettre aux membres de l’Exécutif national ainsi que des mandataires publics sous leurs tutelles respectives de rendre compte de leur gestion, devoir de recevabilité oblige car il y a eu une sorte de relâchement? 

C’est une vérité. Il y a eu un constat très malheureux de voir que les gestionnaires gèrent mal et le résultat de leur gestion est mauvais. Que font-ils de l’argent qu’ils reçoivent et/ou produit par leurs entreprises? A ce moment le peuple a sonné l’alarme sur la mauvaise gestion. Et la justice est appelée à sanctionner. Mais quand les gens crient au détournement et que personne n’est interpellée ni inquiétée par la justice pour décourager ce détournement, il y a de quoi s’interroger. Quand des personnes suspendues pour mauvaise gestion ne font pas l’objet des poursuites judiciaires afin que leur innocence ou culpabilité soit établi par les instances compétentes, cela doit interpeller toute bonne conscience. Voilà pourquoi le Président de l’Assemblée nationale Christophe Mboso a décidé de revenir à charge afin que le contrôle parlementaire puisse reprendre et que notre peuple sente que les députés travaillent. Ils ne doivent pas se limiter seulement à voter des lois mais ils doivent également contrôler effectivement la gestion du pays confiée à l’exécutif et nous dire comment l’argent du contribuable RD-congolais est utilisé. Ce contrôle parlementaire pourra beaucoup aider le pouvoir judicaire à dire le droit concernant la gestion de l’Etat.

Le Parlement va mettre l’accent sur les réformes électorales car nous sommes à une année des élections et que la CENI a déjà publié sa feuille de route assortie des contraintes législatives, financières, sécuritaires et logique. Selon vous sur quels éléments ces réformes doivent-elles portées?  

Les lois sont faites par les hommes et pour les hommes et les lois doivent s’adapter aux circonstances. Et ce que les circonstances ayant milité pour les réformes électorales que nous décrions aujourd’hui demeurent les mêmes ou ont-elles changé? A mon avis, elles ont changé. Puisqu’elles ont changé, il est normal qu’on adapte les réformes électorales aux circonstances du moment et cela doit être coulé dans la loi électorale pour permettre à Denis Kadima et son bureau à organiser des élections dans les délais impartis. La tâche est énorme. Il faut donner des moyens à la CENI et ne pas aussi oublier l’opération d’identification et du recensement de la population. Qui est Congolais et qui ne l’est pas, qui a l’âge de voter, autant des questions que doit résoudre l’opération d’identification de la population. Tout le monde tient à l’organisation des élections démocratiques, transparentes et inclusives. 

Propos recueillis par Octave MUKENDI & Mirabilis BUNGUDI

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