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Alexis Mutanda: «La désignation respecte les principes établis par les Confessions religieuses»

Il gère aujourd’hui ses organes de presse, notamment le journal «La Tempête des Tropiques», «Canal numérique télévision -CNTV-»   et «Trinitas Fm Radio». Par le passé, Alexis Mutanda Ngoy-Muana était secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social -UDPS/Tshisekedi- de 2008-2011 et secrétaire national aux Relations extérieures de ce parti pendant 12 ans, soit de 1997-2008. Député national élu sur la liste UDPS en 2011, il parle, dans une interview accordée à «AfricaNews», de la situation politique de la RD-Congo, notamment la gestion de l’UDPS portée à la présidence de la République et le dossier CENI. Entretien. 

Après 37 ans de lutte non violente sur fond de répression sanglante, l’UDPS est arrivée au pouvoir par la voie de l’alternance pacifique. Que fait-elle aujourd’hui en faveur du peuple?

Un parti politique a une vision. Celle de l’UDPS est presque connue de tout le monde. L’UDPS a vu le jour pour contrecarrer certaines réalités, surtout politiques, de ce régime. Le pouvoir en RD-Congo est défini dans la Constitution. Il y a des organes qui constituent le pouvoir dans notre pays. D’abord, le Président de la République avec toutes ses attributions, l’Assemblée nationale et le Sénat constituant le pouvoir législatif avec ses attributions et le pouvoir judiciaire.

Tous ces organes forment un ensemble. Lorsqu’on dit que l’UDPS a le pouvoir, réfléchissons. Sur le plan politique, nous avons bien sûr le Président de la République, mais il fallait s’entendre avec le Parlement -Sénat et Assemblée nationale, les pouvoirs provinciaux, etc. dans la coalition -FCC-CACH. Dans l’évolution, le Président de la République s’est rendu compte qu’il n’avait pas des mains libres. C’est la raison pour laquelle il a pensé mettre en place l’Union sacrée de la nation pour avoir autour de lui des personnes qui sont dans les organes que nous avons évoqués ci-haut et qui voient des choses dans la même direction.

Et l’Union sacrée…

Avec l’Union sacrée de la nation, nous sommes arrivés à la modification de la configuration du Sénat et de l’Assemblée nationale, en touchant également aux provinces. Concernant le pouvoir judiciaire, vous avez vu de quelle manière les choses ont dansé pour arriver à cette fameuse Cour constitutionnelle et essayer de mettre la magistrature en place. Du côté de l’armée, n’en parlons pas.

Si nous avons une armée nationale sur laquelle nous pouvons compter, qu’est-ce que la MONUSCO fait chez nous depuis 20 ans aujourd’hui? On ne peut pas comparer le pouvoir de Tshisekedi au pouvoir de Mobutu qui, lui, était la seule voix qu’on pouvait entendre ou celui des Kabila qui était en fait des pouvoirs arbitraires et absolus qui imposaient au peuple n’importe quoi d’une manière non ordonnée. L’UDPS a le pouvoir par l’organe Président, mais elle a encore beaucoup à faire pour conquérir le vrai pouvoir et diriger le pays avec des différents organes politiques, militaires et judiciaires qui cheminent dans la même direction et qui ont un dénominateur commun et une vision commune.

La coalition FCC-CACH et l’Union sacrée de la nation semblent être du bonnet blanc – blanc bonnet. Les boulets rouges continuent à être tirés sur l’UDPS et le Président de la République…

Nous ne pouvons pas nous étonner quant à ce. C’est la réalité même de la vie humaine. Imaginez-vous qu’un pays de plus de 100 millions des personnes qui vivent pendant 30 ans dans un régime dictatorial comme celui de Mobutu et, ensuite, bascule vers le régime des Kabila qui a fait aussi une vingtaine d’années. 30+20 = 50 ans. Durant ces années, nous avons tous vécu avec un ensemble d’antivaleurs qui ont été amplifiées d’une manière ou d’une autre. 50 ans d’école où les enfants et les adultes ont été assujettis.

Vous ne pouvez pas laver quelqu’un aujourd’hui et dire qu’il est blanc comme neige et pourra du jour au lendemain suivre les nouveaux principes. C’est une personne qu’il faut encadrer pendant beaucoup d’années pour pouvoir le changer. C’est un peu ça l’Union sacrée qui est composée des hommes et femmes venus du régime de Mobutu, les autres ont été dressés au régime des Kabila. Si vous mettez tout ce monde ensemble et vous dites: messieurs, nous nous dirigeons tous vers tel objectif, soyez sûrs et humbles que ce sont des êtres humains et vous ne pouvez pas les changer immédiatement.

Ça ne nous étonne pas de constater qu’il y ait de tentatives de quitter la discipline commune. On a été habitué pendant très longtemps à vivre dans cette ambiance. C’est comme on dit: «Chassez le naturel et il revient au galop».  Vous avez un enfant qui joue dans la boue et vous lui appliquez du savon et de la poudre, soyez rassurés qu’après 3 ou 4 heures du temps, cet enfant va retourner dans cette boue pour jouer. C’est comme ça que l’être humain fonctionne là où il se trouve.

Permettre à l’UDPS d’avoir l’effectivité de pouvoir c’est évoquer les élections en 2023. Aujourd’hui, il y a des préalables pour y arriver. Que dites-vous au sujet du recensement et de l’identification de la population étant donné que le gouvernement a mis en place une commission ad hoc pour y réfléchir et aussi de la réforme de la CENI?

Vous avez évoqué les deux problèmes majeurs avant la tenue des élections de 2023, à savoir: le recensement et l’identification de la population ainsi que l’organisation et fonctionnement de la CENI. Concernant le recensement, ceux qui demandent qu’on puisse recenser la population RD-congolaise, à notre avis, n’ont pas tout à fait tort. Depuis les élections de 2011, nous utilisons tous la carte d’électeur comme pièce d’identité. Or, on sait très bien qu’en 2011 avant les élections, on s’était plaint qu’il y avait une diversité d’étrangers qui avaient cette carte. Car, pour l’obtenir, ce n’est pas très compliqué.

De 2011 à ce jour, il y a presque 10 ans, nous utilisons la même carte alors qu’on sait très bien que ces élections n’étaient pas strictes avec les RD-Congolais et les étrangers vivant en RD-Congo. Si aujourd’hui il y a des voix qui s’élèvent pour le recensement, c’est juste pour identifier les vrais RD-Congolais qui doivent voter et qui ont le droit et le devoir de participer aux élections. Réorganiser la CENI, c’est encore une nécessité absolue parce qu’on sait que qu’avant les élections de 2011 et 2018, la CENI a été pratiquement critiquée pendant des semaines et des mois pour qu’on puisse arriver à des élections libres et transparentes. Aujourd’hui également c’est le même souci, il faut arriver à réorganiser cet organe qui est au centre même de ces élections. C’est pourquoi une loi modifiée sur l’organisation et le fonctionnement de cette CENI a été votée au Parlement et promulguée par le Président de la République.

Les Confessions religieuses n’ont pas trouvé un consensus sur la personne pouvant gérer le bureau de la CENI. Quelle est votre réaction puisque les unes et les autres ont déposé des PV à l’Assemblée nationale?  

Pour ce qui est de la désignation du président, puisque c’est la plaque tournante ou le n°1 de cet organe, la CENI n’est pas un individu mais un groupe, un comité. Le président a des compétences beaucoup plus larges. C’est tout à fait normal qu’on puisse attirer l’attention sur cette personne. La manière dont Denis Kadima a été désigné, c’est tout simplement les principes qui ont été établis. On a donné aux Confessions religieuses de désigner le président de la CENI, et tout le monde était d’accord avec cette disposition.

Les 8 Confessions religieuses, sous-composante de la Société civile, se sont réunies. Il se fait que, dans leur charte, chaque Confession religieuse a droit à une voix. Si vous êtes un c’est 1/8 et si c’est deux, c’est 2/8 ainsi de suite. Nous sommes en démocratie. Il peut être du Kasaï, Katanga, Kivu, du Bandundu ou Kongo Central, c’est d’abord un RD-Congolais. Il a les caractéristiques de jouer ce rôle? Oui! Est-ce que dans la charte des Confessions religieuses, y a-t-il une disposition qui dit qu’il faut prendre tout le monde sauf une personne venant de telle ou telle province? Ça rejoint un peu ce que je vous ai dit tout à l’heure: l’influence des régimes Mobutu et Kabila.

Nous avons été formés pendant longtemps et avons absorbé toutes ces antivaleurs de manière qu’aujourd’hui même dans le raisonnement de nos responsables religieux, on retrouve ces lacunes. Or, ils sont sensés être au-dessus de la mêlée étant des personnes spirituelles. Dans les dispositions de la charte ou Règlement intérieur, il faut préciser les points en disant: nous ne voulons pas désigner une personne venant de telle ou telle autre province. De manière qu’une fois arriver au vote, vous ne prendrez pas ces personnes.

Propos recueillis par Octave MUKENDI & Judith KATULONDI

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