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De-Joseph Kakisingi: «Pour vaincre Ebola, il faut cesser de courir derrière le virus et écouter d’abord les communautés»

Le constat est sévère. La proposition est claire. Dans une tribune publiée mardi 11 août 2026, le Dr De-Joseph Kakisingi, coordonnateur national du Conseil national des fora des organisations humanitaires et de développement en RDC -CONAFOHD DRC- appelle à revoir de fond en comble la stratégie de lutte contre Ebola. Pour lui, l’erreur de départ est l’absence des communautés dans la conception et la conduite de la riposte. «C’est l’erreur que nous avons faite depuis le début de cette épidémie: nous n’avons pas écouté les communautés. Cette reconnaissance est importante», écrit-il. Le patron du CONAFOHD DRC refuse de réduire l’épidémie à sa seule dimension médicale.

Avec un air rassurant, cet expert en aide d’urgence souligne qu’Ebola n’est pas seulement une urgence biomédicale. Pour lui, la bataille contre le virus se joue aussi -et parfois d’abord- dans les communautés. L’homme à la blouse blanche rappelle que son organisation alertait déjà sur les résistances, la propagation des rumeurs, la faible implication des organisations locales et les alertes tardives. Le risque, dit-il, est de construire une réponse techniquement robuste, mais insuffisamment enracinée dans les réalités sociales. D’où son plaidoyer: arrêter de considérer la communauté comme le dernier maillon de la riposte, auquel on apporte des messages conçus ailleurs, et en faire plutôt le premier espace d’anticipation, d’alerte et d’interruption de la transmission.

Quatre approches pour devancer le virus

Le Dr Kakisingi propose une nouvelle doctrine articulée autour de quatre axes complémentaires. Le premier axe porte sur le temps communautaire de l’épidémie. Selon lui, avant la confirmation au laboratoire et l’arrivée des équipes, les signaux existent déjà. À ses yeux, gagner contre Ebola signifie gagner ce temps. Car, écrit-il, lorsqu’il est perdu, le système commence souvent à courir derrière des chaînes de transmission déjà constituées. Dans la deuxième approche, consacrée à l’intelligence communautaire anticipative, le visionnaire du CONAFOHD martèle qu’il ne suffit pas de consulter. Tête posée sur ses épaules, il explique qu’il faut exploiter l’information produite sur le terrain par les relais communautaires, les femmes, les jeunes, les leaders religieux et le personnel de santé. «Décès suspects, refus des mesures, déplacements inhabituels, nouvelles zones de vulnérabilité: ces signaux doivent être transformés en décisions», insiste-t-il.

Tout en précisant que l’objectif est de passer d’une collecte formelle à une exploitation rapide des alertes. Au troisième aspect, portant sur la ceinture communautaire, le chercheur estime qu’au lieu d’attendre la contamination, il faut préparer en amont les territoires exposés: informer, former les relais, organiser l’alerte précoce et cartographier les mobilités. «C’est la logique de la ceinture communautaire: déplacer une partie de la riposte de l’endroit où Ebola est déjà présent vers les endroits où il risque d’arriver. Il faut barrer la route au virus plutôt que courir continuellement derrière lui», explique-t-il. Dans la quatrième et toute dernière approche, consacrée à l’institutionnalisation de l’Action locale de lutte contre Ebola -ALLCE-, ce gynécologue médical RD-congolais indique que la mobilisation communautaire ne doit plus rester spontanée, plaidant pour la transformer en une capacité nationale structurée, financée et immédiatement opérationnelle. L’ALLCE doit, selon lui, devenir un pilier permanent de la sécurité sanitaire.

Financer, intégrer, gouverner avec les communautés

Au-delà de l’urgence Ebola, le Dr Kakisingi a posé une question centrale: «Combien de vies pourraient être sauvées si les évidences produites par les communautés étaient prises en compte avec la même attention que les données biologiques?». Dans sa tribune de réflexion, le leader du CONAFOHD rappelle que le refus d’une intervention n’est pas toujours une résistance. À l’en croire, cela peut traduire une expérience, une peur, une incompréhension ou une rupture de confiance. Et de compléter: il promeut le P-FIM comme outil pour écouter avant de prescrire, comprendre avant de communiquer, construire avec les communautés plutôt que décider pour elles.

Il formule quatre exigences, à savoir: donner aux communautés une place réelle dans la gouvernance de la réponse, financer directement les acteurs locaux, intégrer leurs informations aux mécanismes de décision et investir dans les territoires encore épargnés. «Il faut cesser de considérer l’engagement communautaire comme une activité périphérique de communication. Il constitue une intervention de santé publique à part entière. Nous ne pouvons pas attendre qu’Ebola accomplisse son cycle et finisse par s’épuiser. Nous devons interrompre ce cycle. Et pour y parvenir, nous devons être plus rapides que le virus. Cela commence par être capables d’écouter, comprendre et agir au rythme des communautés», conclut-il.

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