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USD 600 millions des réserves de change déjà dilapidés, Mutombo alimente le marché noir

Alors que la dépréciation du franc congolais face au billet vert est devenue le sujet favori de la presse RD-congolaise, des brillants économistes sont d’avis que la décision de la Banque centrale d’injecter 50 millions de dollars sur le marché de change contribue à renforcer le marché parallèle et la décote de la devise nationale!
Ces dernières semaines, le gouvernement Matata se fend d’une série d’explications pour justifier le retour de l’inflation, le retour aux vieux démons, l’attribuant essentiellement à la conjoncture mondiale, principalement la chute de cours des matières premières! Au fond, le gouvernement paie cash sa politique économique.
N’yAvec d’une part, une économie basée sur l’exploitation du cuivre, du cobalt et du pétrole, principales sources des devises étrangères, le dollar surtout, le gouvernement découvre que l’accalmie sur les marchés locaux de change est une utopie sans la diversification de l’économie. L’inflation existe.
Le choc qu’il a créé sur le pays occasionne des effets pervers tant sur les prix des biens et services, en hausse, que sur le panier de la ménagère étant donné que les gens ont perdu 20% du pouvoir d’achat.
D’autre part, la recherche effrénée du dollar à la fois par les opérateurs économiques et les thésaurisateurs crée la rareté du billet vert alors que le manque, depuis 2012 à ce jour, d’un programme formel avec le FMI et la Banque mondiale révèle que malgré les mises en garde des experts, le Premier ministre Matata Ponyo, qui croise la décote du franc congolais et en fait l’expérience amère, donne l’impression de n’avoir pas prévu de plan B. Sauf à prétendre compter sur une intervention aléatoire de la Banque centrale du Congo -BCC-, c’est le prix de l’arrogance de certains et/ou du manque de clairvoyance des autres.
Dans la bataille contre la dégringolade de la monnaie nationale, le gouverneur de la Banque centrale du Congo Déogratias Mutombo revient à la charge en injectant USD 50 millions sur le marché. Dans un communiqué officiel daté du 27 juin 2016, la BCC fait savoir: «A l’issue de l’opération d’adjudication des devises intervenue ce jour, et conformément à son annonce de la fin de la semaine dernière, la Banque centrale du Congo vient de vendre une première tranche de 50 millions de dollars américains aux Banques commerciales pour la couverture des besoins pressant d’importation des biens de première nécessité».
De la portée de cette intervention, la Banque centrale précise: «Cet effort visant l’amélioration de l’offre des devises sur le marché des changes, combiné aux restrictions de l’offre de la monnaie nationale, devra à terme stopper durablement la dépréciation du franc congolais observée ces dernières semaines».
Au mois de février dernier, la Banque centrale du Congo avait déjà fait une intervention similaire pour le même montant d’USD 50 millions.
Concrètement, alors que le pays est en situation de déficit de l’offre du franc congolais face à la demande, la BCC prétend intervenir pour soutenir la parité en vendant le dollar et en achetant le franc congolais sur le marché des changes dans la perspective d’obtenir la réduction de la base monétaire via l’achat des titres.
Voici que des brillants économistes demeurent sceptiques quant à l’efficacité de cette intervention.
Selon un tweet de l’ancien vice-Premier ministre en charge du Budget et professeur à la Faculté des Sciences économiques de l’UNIKIN, Daniel Mukoko Samba, «la dernière fois que la RD-Congo a eu ce problème, le gouvernement n’a pas recouru à une quelconque intervention de la Banque centrale mais à l’appui coordonné de la Banque mondiale, du FMI -NDLR: avec lesquels le pays était en programme- et de la Banque africaine de développement -BAD». Les trois institutions ont claqué 500 millions de dollars et la RD-Congo s’était tirée d’affaires.
La monnaie nationale devenue sans valeur!
A en croire Albert Tcheta-Bampa, professeur à l’Université de Paris 1-Panthéon Sorbonne cité par le site Zoom Eco, «l’intervention de la BCC sur le marché des changes par la cession des devises ne sera pas efficace parce que la persistance de degré de dollarisation et la structure de production de l’économie RD-congolaise empêchent la transmission de la politique monétaire». Tcheta-Bampa affirme également dans un tweet mardi 28 juin que par son contrôle des changes qui a pour but de modifier le volume de transactions en devises, la BCC renforce le marché noir.
Déjà le 21 juin 2016, Jean-Claude Masangu Mulongo, 16 ans à la tête de la Banque centrale du Congo, se plaignait: «Je suis interpellé par la chute des cours de nos principaux produits d’exportation -cuivre, cobalt et pétrole- ainsi que par la chute des recettes fiscales de l’Etat qui ont entrainé d’importantes coupes budgétaires et une réduction significative de la croissance économique, une baisse sensible des réserves de change de la Banque centrale du Congo et une dépréciation inquiétante du Franc congolais. Je suis également préoccupé par la hausse des prix des produits importés en particulier des denrées alimentaires frappant ainsi de plein fouet les populations les plus vulnérables»
Depuis Bruxelles où il séjourne, l’ancien Premier ministre Adolphe Muzito donne également de la voix, détails chiffrés à l’appui: «La population a perdu plus de 20% de son pouvoir d’achat à cause de la dépréciation du franc congolais alors que les autorités monétaires et le gouvernement ont déjà dépensé environ 600 millions de dollars des réserves de change destinées à sécuriser le pays. Cette intervention de la Banque centrale n’aidera pas à stabiliser la monnaie nationale tant que le gouvernement continuera à recourir à la planche à billets. Au contraire, l’action de la BCC renforce le marché parallèle».
Avis Charles Kabuya, avocat, analyste des risques politiques et économiques en Afrique et essayiste sur l’économie et le développement: «Le contexte politique étant anxieux, l’aspiration des devises sur le marché est un obstacle pour la stabilité monétaire». Puis: «La recherche effrénée du dollar à la fois par les opérateurs et les thésaurisateurs ne peut qu’accentuer la dépréciation du franc congolais».
Joint via Viber mardi, Noël Tshiani, haut fonctionnaire international à la Banque mondiale se montre très offensif: «Une intervention de 50 millions de dollars pour sauver une monnaie devenue sans valeur et totalement supplantée par le dollar me semble être de la naïveté de la part des autorités monétaires. Le problème réel est celui de la situation globale du pays, devenu un grand risque pour les investisseurs. Les grandes compagnies comme Freeport MacMoran vendent leurs actifs à cause du contexte politique peu rassurant et qui ne fait que croitre à cause de la mauvaise gouvernance généralisée».
En plus: «Certes la baisse des prix des matières premières a entrainé la baisse des réserves de change face à une demande toujours importante des devises pour payer les importations. Mais il y a aussi la corruption endémique qui fait perdre des millions de dollars au Trésor public en plus de la fraude fiscale et les détournements de fonds publics dénoncés par le Conseiller spécial Luzolo Bambi mais restés sans suite. Ce qui montre que le pays n’est pas sérieux pour mener les réformes nécessaires à la relance de l’économie et l’accroissement de la capacité de générer les ressources intérieures».
Face à cet abîme, Tshiani indique aux autorités une exigence: au-delà du taux de change dont la dépréciation montre que la stabilité du cadre macroéconomique n’était qu’une fiction, les autorités monétaires et politiques doivent indiquer clairement dans quel état se trouve le système financier RD-congolais après la mise sous administration provisoire de la BIAC. Une déclaration de la BCC sur la santé globale du système financier est plus que nécessaire surtout que le pays n’a pas mis en place une institution d’assurance des dépôts bancaires pour sécuriser le public, dit-il.
AKM

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