
Une vive polémique secoue actuellement le corps des inspecteurs judiciaires des parquets. Au cœur du scandale: un arrêté signé par le vice-premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, qui ordonne la réhabilitation et le replacement de l’ancien Inspecteur général intérimaire de la Police judiciaire des parquets, Camile Antoine Boyau. Un homme pourtant en liberté conditionnelle après avoir été incarcéré pour détournement de fonds publics. Le feuilleton, jugé scandaleux par plusieurs cadres et agents de la Police judiciaire, alimente une colère grandissante dans les milieux judiciaires et administratifs.
Un retour contesté d’un inspecteur général déchu
Camile Boyau, originaire du Grand Équateur tout comme le VPM Lihau, avait été nommé en 2007 Inspecteur général intérimaire par arrêté de Georges Minsay Booka, alors ministre de la Justice dans le gouvernement Gizenga 1. Par la suite, il avait été remplacé par Léon Musadile, notamment désigné IG intérimaire par la ministre Rose Mutombo Kiese.
Son nom est associé à un scandale financier: accusé par la tutelle d’avoir détourné les fonds secrets de recherche alloués à la Police judiciaire des parquets, Boyau est poursuivi par le Parquet général près la Cour de cassation, puis incarcéré six mois à la prison de Makala. Remis en liberté conditionnelle, Boyau avait introduit une requête auprès du Conseil d’État pour être réhabilité à son poste. En vain: sa demande est rejetée, et les ordonnances du Conseil ne sont pas susceptibles de recours.
Un arrêté ministériel jugé illégal par les professionnels du secteur
Malgré cette décision de justice, Jean-Pierre Lihau signe un arrêté ministériel ordonnant la réhabilitation et le replacement de Camile Boyau à la tête de la Police judiciaire des parquets. Les réactions sont immédiates et virulentes. «Le vice-premier ministre Lihau a tout faux. Il n’est pas habilité à désigner ou remplacer un Inspecteur général de la Police judiciaire. Encore moins un fonctionnaire en liberté conditionnelle», dénonce un agent judiciaire sous couvert d’anonymat.
Les inspecteurs dénoncent une violation manifeste des procédures administratives et affirment que Lihau aurait même tenté de faire pression sur l’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba, afin d’imposer son arrêté. Sans succès.
Une pression politique aux relents régionalistes?
Selon plusieurs sources, l’affaire aurait été récupérée politiquement par une élite issue du Grand Équateur, notamment au sein du Caucus des députés originaires de cette région. Ces derniers auraient cherché à influencer les décisions ministérielles dans le cadre des travaux de l’Assemblée nationale, dans l’espoir de forcer la main à Constant Mutamba.
Après le départ de ce dernier du gouvernement, le VPM Lihau aurait reporté ses pressions sur le ministre de la Justice intérimaire, Samuel Mbemba, malgré une nouvelle décision du Conseil d’État suspendant l’exécution de l’arrêté controversé.
Expédition musclée et blocage des fonds
La situation a atteint un niveau critique lorsque, selon plusieurs témoins, une expédition de la Police nationale s’est rendue au siège de la Police judiciaire pour forcer l’installation de Camile Boyau, en s’appuyant sur l’arrêté du VPM. Des bureaux ont été cassés, provoquant un climat de tension extrême. Profitant de cette instabilité, Boyau aurait pris la main sur les circuits financiers de l’Etat, entraînant le gel des fonds secrets de recherche. Ce blocage nuit gravement aux opérations d’enquête et à l’efficacité des services judiciaires concernés.
Silence radio du VPM Lihau
Contacté par la rédaction depuis le 19 juillet, Jean-Pierre Lihau n’a pas donné suite aux sollicitations pour fournir sa version des faits.
Ce dossier met en lumière les fragilités institutionnelles et les risques de dérives politico-administratives dans les hautes sphères de l’État. Il soulève des questions de fond sur le respect des décisions de justice, la séparation des pouvoirs, et l’indépendance de la Fonction publique face aux ingérences politiques. Alors que l’opinion publique et les acteurs judiciaires attendent des clarifications, l’affaire Boyau pourrait bien devenir un test majeur de crédibilité pour les institutions de la République.

