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À Goma, Muhindo Nzangi loue l’impunité

Devant la presse lundi 6 mars, Muhindo Nzangi a tenu des propos incendiaires, à la limite de la catastrophe, promettant de mettre les groupes armés dans les mêmes conditions que les FARDC…

En séjour à Goma, le ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire -ESU-, Muhindo Nzangi, a été devant la presse le lundi 6 mars pour évoquer notamment, au nom du gouvernement, la situation sécuritaire de la région. Dans un speech à gauche de la réalité du coin, dont il est pourtant originaire, Muhindo a fait une annonce surprenante, à la limite catastrophique, rappelant un passé sombre et douloureux. «Les Wazalendo, les jeunes patriotes et tous ceux qui ont déjà tiré une balle sont désormais reconnus par le gouvernement RD-congolais. Ils seront mis dans les mêmes conditions que les FARDC pour défendre la patrie. Ils deviendront des réservistes. Ils ne seront plus considérés comme forces négatives et seront ravitaillés par le gouvernement», a-t-il annoncé en trombes.

Ces propos séditieux ont tout de suite remué le couteau à une plaie, vieille de près de 20 ans, qui peine à se cicatriser, rappelant l’expérience et les douleurs consécutives aux multiples brassages et mixages dans l’armée: 1+4 avec l’intégration des combattants MLC, RCD, etc., CNDP… Clairement, ce «retour vers le passé», signé Muhindo, a suscité de l’indignation dans l’opinion qui ne comprend pas comment le gouvernement peut décider de récompenser l’impunité en équipant des milices ethniques, pompeusement appelées «patriotes résistants», les mêmes qui occupent et exploitent sans foi ni loi des carrés miniers, vendant les produits extraits aux mêmes voisins, soit un mode d’emploi presque similaire aux M23.

Pire, les propos de Muhindo prennent à contre-pied la loi de programmation militaire de la RD-Congo. Originaire du Kivu, Muhindo semble également ne pas suivre l’évolution de la situation du coin avec l’enrôlement massif des milliers de jeunes dans les rangs des FARDC, en réponse à l’appel du Chef de l’État. Pour plusieurs, la déclaration de Muhindo est non seulement évasive mais surtout nuisible. «Muhindo a détruit en 30 secondes tous les efforts consentis depuis des années pour bâtir une armée forte, républicaine et professionnelle», a commenté un internaute qui a dénoncé «l’apologie de l’impunité» et la «béatification des voyous, des criminels et des terroristes comme Musa Seka Baluku».

Muhindo en opposition avec Tshisekedi et Sama

Le «scandale Muhindo» semble surtout réduire les FARDC au rang d’une «armée des bandits et des criminels analphabètes». A Goma, des voix se sont levées pour dénoncer que Muhindo Nzangi n’incarne pas la posture d’un homme d’Etat depuis son entrée au gouvernement il y a quasiment deux ans. «Il n’a toujours pas changé de narratif malgré les fonctions qu’il occupe», a regretté un jeune de la ville. Cesréactions après la «bombe» de Muhindo font interroger sur les vraies motivations de ce dernier pendant que le Chef de l’Etat croit encore en une armée dissuasive.

Au cours de son dernier discours sur l’état de la Nation, prononcé devant les deux chambres du Parlement réunies en Congrès, Félix Tshisekedi avait pris acte de la recommandation de l’Assemblée nationale de s’opposer à «l’intégration, au mixage et au brassage au sein des Forces armées de la RD-Congo, de la Police nationale congolaise et de tout autre service de sécurité des éléments issus des groupes armés qui se sont livrés à des violations massives des droits de l’homme au préjudice des populations RD-congolaises».

Autre couac, les propos du ministre de l’ESU énervent le programme d’actions du Premier ministre Sama Lukonde intitulé «Construire un Etat fort, prospère et solidaire». Ce programme proscrit, dans son axe 2, «l’incorporation des rebelles au sein de l’Armée régulière et de la Police». Le Premier ministre a d’ailleurs insisté sur le fait de «n’accepter aucune clause dans ce sens dans aucun accord de paix» tout en martelant sur le caractère «permanent» de cette «interdiction d’incorporation».

Le Premier ministre aurait-il décidé de cracher sur son propre programme ou Muhindo serait dans une démarche cavalière louant l’impunité et en toute impunité? Le flou reste entier alors que l’espoir d’inculquer dans la conscience collective l’image des FARDC plus professionnelles, loin des préjugés d’une force brute, inculte, bardée d’amulettes sans discipline et sans savoir intellectuel semble s’effriter. A Goma, où il a été élu député provincial, Muhindo Nzangi a visiblement raté l’opportunité de faire un silence assourdissant en donnant du poids aux récents propos de Macron à Kinshasa. Le Président français avait conditionné le retour à la paix durable et à la confiance par une justice. Une manière pour le Chef d’Etat français de dénoncer justement les amnisties et les brassages accordés aux mouvements rebelles ces trente dernières années en RD-Congo.

Natine K

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