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Ultimate Oil & Gaz se livre, sa défense fragilise Shembo

A Kinshasa, l’enquête de l’Inspection générale des finances -IGF- sur 100 millions de litres de carburant importés en franchise au nom d’un sous-traitant contesté du programme sino-congolais prend un tour nouveau. Piquée par les analyses qui la présentaient comme une société fantôme, Ultimate Oil & Gaz est finalement sortie au grand jour. Une lettre attribuée à cette société, au centre de la disparition des 100 millions de litres destinés à la route Mbuji-Mayi – Nguba, datée du 21 mai 2026 -UOG/0039/IGF-PR/BGM/05-2026-, apporte une réponse écrite qui, loin de clore le débat, déplace la responsabilité vers l’administration douanière et fragilise directement l’Agence de pilotage et de suivi des conventions de collaboration -APCSC- de Freddy Yodi Shembo. Et elle bute sur un angle mort: l’absence de toute plainte judiciaire.

Tout part d’un ordre de mission, OM007/2026, lancé en février 2026 par l’IGF sur les importations pétrolières de la zone Sud. Au coeur du dossier, la route Mbuji-Mayi – Nguba, chantier du programme sino-congolais confié à la Société d’Infrastructures Sino-Congolaises -SISC SA-, dirigée par He Xiuliang et basée avenue Utex à Ngaliema. Pour ce chantier, la SISC bénéficie, comme les autres titulaires de la Convention du 22 avril 2008, d’un régime d’exonération prévu par la loi 14/005 du 11 février 2014.

A condition, précise le décret 22/03 du 1er mars 2022, que la liste de ses sous-traitants soit préalablement validée par l’APCSC. Or, selon huit courriers que nous avons pu consulter, un nom s’est glissé sur cette liste: Ultimate Oil & Gas, au numéro 13 d’une liste de 14 sous-traitants paraphée le 28 mai 2025. Le 3 avril 2025, le ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi confirme dans une lettre -CAB/MIN.FINANCES/FIS/DNK/2025 – N°0748- l’éligibilité de la SISC et de ses sous-traitants. Six jours plus tard, le 9 avril 2025, l’APCSC elle-même, sous la signature de son directeur général Freddy Yodi Shembo -lettre N°0247/APCSC/DG-FYS/COOR-Jbb/pts/avril/2025-, sollicite la prise en charge de la fiscalité indirecte des produits pétroliers d’Ultimate Oil & Gas «en sa qualité de sous-traitant», en visant en annexe un contrat de sous-traitance, une facture pro-forma et un contrat d’achat.

Qui a donné l’autorisation à Ultimate? 

C’est ce point que la SISC conteste formellement. Dans deux courriers, N°1109/SISC/2025 du 4 septembre 2025 puis 3905/SISC/2026 du 26 mai 2026, en réponse à l’IGF, la société sino-congolaise affirme: Ultimate Oil & Gaz ne fait pas partie de ses sous-traitants, elle n’a jamais soumis de demande d’exonération à son profit et n’a surtout «jamais réceptionné les quantités de carburant concernées». Un hiatus total: comment 100 000 m3, soit 100 millions de litres, évalués entre 80 et 110 millions de dollars, auraient-ils été importés pour une route dont le titulaire dit n’avoir reçu aucun litre?

C’est pour obtenir les pièces fondatrices que l’IGF s’est tournée vers l’APCSC. Sans réponse à ses courriers des 20 avril et 12 mai 2026, l’Inspecteur général-chef de service Christophe Bitasimwa Bahii adresse le 9 septembre 2026 une troisième relance -1860L/PR/IGF/IG-CS/BBC/BRD/AJBMK/2026-, reçue le lendemain cachet faisant foi, avec copie à la Première ministre et au directeur de cabinet du président. Il y cite une lettre du ministre des Finances du 27 juillet 2026 désignant l’APCSC comme «organe à l’initiative et au fondement technique de la reconnaissance». C’est dans ce contexte qu’intervient la lettre d’Ultimate. La société y développe trois arguments, mais surtout elle se livre en citant des noms.

Grief N°1: des IM4 à son nom. Ultimate soutient que 13 déclarations modèle IM4 en exonération – huit en 2025 [N°38.593, 38.695, 38.710, 38.715, 38.889, 38.990, 39.125, 39.126] et cinq en 2026 [9285, 9318, 9497, 9505, 9726] – «ont été faites à dessein par des importateurs attitrés pour apurer des déclarations sur entrepôt IM7 et pour sortir irrégulièrement les produits». Pour la première fois, elle nomme: trois importateurs, MULYKAP, EXPRESS OIL, GROUPE SIL, et six commissionnaires en douane, WESTGATE PETROLEUM, SEP-CONGO, CARGO CONGO, RAPID Transport, ONE PETROLEUM Sarl.

Grief N°2: la destination. «Ces quantités restent et resteront dans l’imaginaire et non dans la comptabilité matière de notre société», écrit-elle. Jamais de commande, jamais d’utilisation des ports de Beira, Dar es Salaam ou Durban. La preuve se trouverait à la DGDA – bons de livraison, PV de jaugeage, immatriculations – et auprès de la douane zambienne via l’accord ZRA-DGDA de 2006.

Grief N°3: le statut. Ultimate ne conteste pas le démenti de la SISC. Elle le reprend, ce qui accréditerait, selon elle, «la piste d’un usage abusif du nom de la société par des tiers». Elle affirme enfin que des PV d’infraction ont déjà été dressés par un OPJ de la DGDA pour 77 083 084 de dollars  et 11 313 682 de dollars dans le système GELEC. Cette ligne de défense déplace le dossier du terrain administratif vers le terrain douanier. Mais elle se heurte à une faille susceptible de déstabiliser Shembo.

Si Ultimate connaît les auteurs de l’usurpation, pourquoi n’a-t-elle jamais saisi les cours et tribunaux? En droit congolais, l’usage du nom d’une société et de son régime privilégié pour dédouaner constitue un faux et usage de faux. La victime doit porter plainte au pénal et agir au civil pour faire annuler les déclarations. Or, depuis 2025, aucune plainte contre MULYKAP ou WESTGATE, aucune mise en demeure à la DGDA, aucune requête au Tribunal de commerce pour annuler les 13 IM4 ne figure dans la lettre du 21 mai.

Trois hypothèses. L’aveu tacite: tant que le faux n’est pas dénoncé, le titulaire du régime reste responsable devant la DGDA. Laisser prospérer les IM4, c’est accepter que la dette douanière, si la franchise tombe faute de contrat SISC, lui revienne. L’impossibilité d’agir: pour poursuivre, Ultimate devrait produire le contrat SISC/Ultimate prouvant qu’elle était la seule habilitée. C’est précisément le document que l’IGF réclame à l’APCSC depuis avril et que l’APCSC ne produit pas. 

La diversion: renvoyer vers la DGDA évite de répondre à la question de l’IGF, qui ne porte pas sur des camions, mais sur le fondement juridique de la lettre du 9 avril 2025.

Loin de disculper l’APCSC, les explications d’Ultimate l’enferment. En citant elle-même 13 IM4 et 88 millions de dollars de PV, elle atteste de l’existence matérielle d’importations sous son régime, tout en confirmant que la SISC n’en était pas destinataire. La question n’est plus où est le carburant, mais qui a autorisé Ultimate à devenir sous-traitant sans contrat. La réponse ne se trouve pas à la DGDA, mais dans les trois pièces que l’APCSC de Freddy Shembo doit produire: le contrat SISC/Ultimate visé le 9 avril, la demande initiale de la SISC et la facture pro-forma.

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