
L’opposition politique en République Démocratique du Congo semble retrouver des couleurs avec l’annonce, mardi, d’une marche pacifique prévue pour le 15 décembre à Kinshasa. Jean Marc Kabund, ancien principal lieutenant du président Félix Tshisekedi et désormais une des figures de proue de l’opposition, a explicitement appelé au rassemblement pour revendiquer la convocation d’un dialogue politique tant attendu dans un pays en proie à de graves crises.
Au cours d’une conférence de presse, Kabund n’a pas éludé la réalité alarmante qui frappe le pays. Il a dressé un tableau sombre des situations sécuritaire, sociale et économique, dépeignant un environnement politique chaotique. «Sur le plan économique la situation reste alarmante. Malgré les discours triomphalistes du pouvoir, notre économie demeure fortement dollarisée et extravertie. La RDC importe tout de la boîte d’allumettes au poisson chinchard. La monnaie nationale est devenue un instrument de propagande politique en lieu et place d’être le reflet de notre souveraineté et le fondement de notre économie (…) Les quelques réalisations observées cachent un vaste réseau criminel de surfacturations et de détournements de deniers publics», a fustigé l’ancien premier vice-président UDPS de l’Assemblée nationale, indiquant que sous Félix Tshisekedi «la corruption est devenue la norme au sommet de l’État».
La question sécuritaire, particulièrement prégnante dans l’est du pays, a également retenu son attention: les rebelles du M23, selon ses mots, continuent de s’emparer de territoires vastes dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, laissant les populations locales dans une situation insupportable.
«Ce que vivent nos compatriotes de l’est est inacceptable. Ils méritent non seulement l’attention du reste de la RDC, mais également des actions concrètes pour retrouver la paix et la sécurité sur leur terre ancestrale», a souligné l’opposant avec une véhémence manifeste.Estimant que «la gouvernance actuelle se caractérise par le culte de la personnalité, la centralisation du pouvoir, la manipulation des institutions et la réduction de l’espace public», le président de l’Alliance pour le Changement -A.ch- a affirmé que la crise sécuritaire dans l’Est du pays ne pourra être résolue que par un dialogue politique véritablement inclusif.
«Le dialogue n’est pas une option, il est un impératif catégorique. Nous considérons le refus obstiné de Félix Tshisekedi de convoquer ce dialogue inclusif, y compris avec les acteurs armés, non comme un acte de patriotisme, mais comme une grave erreur, une stratégie cynique pour conserver le pouvoir au-delà de son second et ultime mandat. Une manœuvre qui pourrait s’apparenter à un glissement constitutionnel», a-t-il ajouté, déplorant le traitement réservé aux acteurs politiques critiques du régime. «Les opposants sont traqués, emprisonnés ou envoyés en exil», a-t-il déclaré, dénonçant ce qu’il considère comme une restriction des libertés politiques et un durcissement du climat démocratique en République Démocratique du Congo.
Kabund n’a pas hésité à accuser le chef de l’État de «laisser délibérément la guerre se prolonger», en vue de légitimer un report inconstitutionnel de son mandat. Une situation qu’il juge honteuse et qui, selon lui, se déroule au mépris du sort tragique de milliers de vies perdues dans les conflits de l’Est du pays. «Nous appelons tous les Kinois et Kinoises à se mobiliser et à participer massivement à notre marche pacifique le 15 décembre à partir de 10h00», a-t-il conclu avec une forte détermination. Depuis plusieurs mois, l’appel à ce dialogue n’est pas une première.
Des confessions religieuses, notamment la CENCO et l’ECC, se sont déclarées prêtes à endosser le rôle de médiateurs dans cette initiative. Pourtant, lors du dernier congrès de l’Union sacrée de la nation, la coalition politique du président de la République Félix Tshisekedi a, certes, ouvert la porte à un dialogue, mais uniquement sous sa propre houlette. Récemment, face à la diaspora belge, le président s’est opposé à toute inclusion dans ces négociations de représentants qu’il qualifierait d’«agresseurs», affirmant avec fermeté qu’il n’acceptera jamais de faibles concessions sur un terrain qui lui semble trop périlleux.

