
Le président de la République, Félix Tshisekedi, appelle à relancer le secteur agricole, afin de diversifier l’économie et ne plus vivre que des mines. Dans un message, dimanche à Buta, dans la province du Bas-Uélé, Tshisekedi a insisté sur l’importance de l’agriculture, comme il l’avait fait la veille à Isiro, chef-lieu du Haut-Uélé, et le 26 novembre dernier à Kalemie, dans la province du Tanganyika.
25,6 millions de personnes sont toujours confrontées à des niveaux de crise ou d’urgence de l’insécurité alimentaire en République Démocratique du Congo, selon le dernier rapport du cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire -IPC- publié le 28 octobre 2024. La violence armée, la poursuite du conflit et la flambée des prix des denrées alimentaires sont à l’origine d’une insécurité alimentaire aiguë qui affecte les personnes déplacées et les retournés.
Malgré des niveaux élevés de la faim, le pays dispose de terres fertiles et de ressources en eau abondantes et possède la capacité inhérente d’atteindre l’autosuffisance en matière de production alimentaire. Cependant, diverses causes sous-jacentes telles que l’intensification du conflit dans l’Est, l’impact du changement climatique et des épidémies ainsi que le manque d’investissement dans le développement rural empêchent le pays d’atteindre l’autosuffisance alimentaire.
Dédiée à casser la dépendance du pays aux importations pour chercher à couvrir le déficit alimentaire, la volonté du président de la République relève de la gageure et devrait s’accompagner d’une politique adaptée et d’un plan destinés à soutenir les efforts des paysans et à mécaniser l’agriculture. En République Démocratique du Congo, l’agriculture paysanne occupe 70% de la population active. Sa végétation peut supporter un élevage d’environ 40 millions de têtes de gros bétail et sa densité halieutique est estimée à 700 000 tonnes de poisson par an. Avec cette potentialité, l’ex Zaïre est capable de nourrir environ 2 milliards de personnes au monde, s’accordent à dire plusieurs experts s’appuyant sur les différentes études de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture -FAO.
Le déficit alimentaire du pays serait d’environ 6,9 millions de tonnes, soit -22% des besoins alimentaires nationaux. Le pays est largement déficitaire en céréales, soit -10,7 millions de tonnes, soit encore soit 83%. Les bilans céréaliers et alimentaires confirment que l’insécurité alimentaire est davantage un problème d’accès que de disponibilité. Le taux de couverture par province des besoins alimentaires est faible pour les céréales et les légumineuses. Les marchés ruraux fonctionnent bien et les prix des produits alimentaires sont élevés; ce qui favorise la tendance générale à la hausse.
Selon la FAO, avant son accession à la souveraineté internationale en juin 1960, le revenu du secteur agricole de la République Démocratique du Congo intervenait à la hauteur de 43% de ses recettes d’exportation. Une production qui faisait de l’ex Congo-Belge, le 2ème producteur mondial de l’huile de palme, derrière le Nigeria et avant l’Indonésie et la Malaisie.
Des statistiques inquiétantes
Dans les années 65, le secteur agricole a été négligé au profit des activités du secteur minier, plus particulièrement le cuivre. Malgré l’engagement pris en 2003 à Maputo au Mozambique par les Chefs d’Etats de l’Union Africaine d’allouer au moins 10% du budget national annuel au secteur agricole, celui de la République Démocratique du Congo est resté pendant plusieurs années autour de 3%.
Cependant, à partir de 2012, le pays observe une légère augmentation dans la production agricole en milliers de tonnes de manioc en cossettes, maïs, riz paddy et de haricot.
Des informations récoltées au cours d’une nouvelle mission FAO sur la campagne agricole 2017/2018 renseignent que la production céréalière brute est estimée à 3,2 million T pour l’année de consommation 2017/2018. Elle comprend 2,4 millions T de maïs, 0,6 million T de riz, 0,085 million T de sorgho, 0,016 million T de millet. Comparée à la moyenne 2013-2016, la production du maïs est passée de 2,8 millions T à 2,4 millions T, soit une baisse d’environ -15%. De même, la production totale de riz est passée de 1,8 million T à 0,6 million T soit une baisse de production de -64%. La production brute de manioc est passée de 29,8 millions à 18,5 millions de tonnes, soit une baisse de 37%. Des statistiques inquiétantes.
En octobre 2023, Kinshasa a pris le pari de nourrir l’Afrique en annonçant 6,6 milliards de dollars d’investissements dans l’agriculture, à la faveur du «DRC Agribusiness Forum», organisé avec le concours de la Banque africaine de développement -BAD- et de la Société financière internationale.
À cette occasion, la République Démocratique du Congo avait présenté son Pacte national de l’alimentation et de l’agriculture conclu lors du Sommet sur la souveraineté alimentaire et la résilience tenu en janvier 2023 à Dakar à l’initiative du gouvernement du Sénégal et de la Banque africaine de développement. Le Pacte est issu du PTA. «À la demande de la RD Congo, la Banque africaine de développement consacrera la totalité des allocations disponibles du pays, au cours du cycle du FAD-16 en 2023-2025, au soutien des opérations d’appui au programme de transformation de l’agriculture, qui constitue l’épine dorsale du Document de stratégie pays de la Banque pour la RDC ces cinq prochaines années», avait déclaré Serge N’Guessan, directeur général de la Banque africaine de développement pour l’Afrique centrale.
Dans le budget 2025, le secteur de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage bénéficiera d’un accroissement de 16,4%, faisant passer les crédits de 3.284,1 milliards de FC en 2024 à 3.824 milliards de FC en 2025. Cette augmentation vise à soutenir la sécurité alimentaire et à promouvoir le développement rural. Dans le même budget, les crédits alloués au développement rural augmentent de 13,7%, renforçant ainsi les initiatives en faveur des zones rurales et de leurs habitants. Le souhait de la population est que le gouvernement applique réellement et correctement ces prévisions en vue de réhabiliter et ou construire les routes de desserte agricole afin de commencer à faire bouger les lignes dans ce secteur.
Natine K.