
La Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- et l’Église du Christ au Congo -ECC- ont réagi, dans un communiqué conjoint, à l’accord de paix signé la semaine dernière à Washington entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, sous la médiation des États-Unis. Pour les deux grandes familles religieuses, cette signature représente un pas important vers l’apaisement, dans une région marquée depuis des années par les conflits, les déplacements massifs de populations et de graves violations des droits humains. Cependant, les Évêques catholiques et protestants tiennent à souligner que cet accord, à lui seul, ne peut constituer une solution durable à la crise profonde qui secoue l’Est de la République Démocratique du Congo.
Dans cette déclaration, une incise laisse deviner que les évêques catholiques et protestants expriment également des doutes quant à la neutralité des États-Unis dans cette médiation. Selon plusieurs observateurs, les calotins verraient Donald Trump, présenté comme figure centrale du processus, agir davantage en fonction d’intérêts économiques et stratégiques que par souci désintéressé pour la paix. D’où la recommandation faite à la Communauté internationale, priée d’avoir le «rôle d’un accompagnateur honnête et désintéressé» et non «d’un arbitre influencé par des intérêts économiques ou stratégiques».
Cette phrase du président américain prononcée le jour de la signature de l’accord le 27 juin, affirmant que les USA obtiennent une grande part des droits miniers de la République Démocratique du Congo, fait jaser et mérite des éclaircissements.
«Un bon début, mais pas encore la fin»
Les deux Églises estiment que cet accord peut marquer un tournant, à condition que sa mise en œuvre soit sincère, transparente et suivie de près par la population. Elles s’inquiètent toutefois de la poursuite des violences dans l’est du pays, notamment à Rutshuru, Masisi et Bunagana, pendant que les négociations se tiennent à l’étranger. «Des familles continuent de fuir, des enfants naissent dans les camps et des femmes subissent des violences indescriptibles», déplorent-elles.
Un appel fort à un dialogue intercongolais inclusif
Face à cette situation, la CENCO et l’ECC renouvellent leur appel à l’organisation urgente d’un dialogue intercongolais sincère. Celui-ci devra, selon elles, aborder en profondeur les véritables causes de la crise: mauvaise gouvernance, exclusion, trahisons politiques, impunité, pillage des ressources naturelles et question de l’identité nationale. Elles insistent sur la nécessité d’y associer toutes les forces vives de la nation: partis politiques, société civile, mouvements citoyens, chefs coutumiers, diaspora, victimes des conflits et représentants religieux. Pour elles, la crise congolaise est autant intérieure que diplomatique, systémique que morale, et nécessite une solution enracinée dans la vérité et la justice.
Le vœu d’une paix construite au cœur de la nation
Engagées dans le processus du Pacte social, les deux Églises se disent prêtes à accompagner le pays sur le chemin d’une paix véritable. Une paix, affirment-elles, qui ne se signe pas à l’étranger, mais qui se construit au cœur de la nation, avec courage et honnêteté. Enfin, elles appellent l’État à ne pas exclure le peuple des processus de paix; les groupes armés à déposer les armes et à s’engager dans un processus de réinsertion basé sur la vérité et le pardon, et le peuple congolais à rester éveillé, uni et lucide, pour défendre la dignité du pays sans haine ni vengeance.
Rencontre avec le Chef de l’État
Rappelons qu’avant la signature de l’accord de Washington, la CENCO et l’ECC avaient remis au Président Félix Tshisekedi un rapport issu de leurs consultations avec divers acteurs du pays. Le Chef de l’État s’était engagé à mettre en place une commission présidentielle chargée d’en analyser le contenu en profondeur.
