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Tibor Nagy, un tweet qui glace le sang 

Malgré l’accord de Washington et le soutien des États-Unis en faveur du processus de paix de Doha, certains faits, gestes et déclarations de responsables américains méritent une analyse approfondie et un suivi attentif de la part de Kinshasa. En août dernier, Donald Trump, le président américain, en tant que médiateur dans le conflit entre Kinshasa et Kigali, appelait à «un leadership fort pour assurer une mise en œuvre efficace et réussie de l’Accord de paix» signé le 27 juin 2025 à Washington. Quelle histoire! Quel coup de gueule! Kinshasa a semblé négliger.

Environ trois semaines plus tard, Tibor Nagy, ancien sous-secrétaire d’État aux affaires africaines, a partagé un message tout aussi surprenant sur X. «L’humiliation de l’armée congolaise par le M-23 était déjà suffisamment honteuse. Aujourd’hui, ces “guerriers” sont incapables de défendre les villageois innocents contre les extrémistes des ADF liés à Daech. Pendant ce temps, le président congolais Tshisekedi est en voyage au Kazakhstan. Il devrait se rendre dans l’est du Congo!», a-t-il écrit sans détour le 10 septembre. Des flèches venimeuses! Un tweet qui fait froid dans le dos! 

Le message à capter

«Ce type de message est préoccupant pour le gouvernement de Kinshasa», souligne un diplomate basé à Kinshasa. «Bien qu’ancien sous-secrétaire d’État aux affaires africaines et ex ‘Monsieur Afrique´ de Trump, Tibor Nagy reste, après son bref passage aux fonctions de Secrétaire d’État par intérim à la gestion de janvier à avril 2025, un diplomate américain dont les propos partagés sur le réseau social X, en réponse à un article d’Associated Press sur les atrocités récentes commises par les ADF, doivent être pris au sérieux car la barbarie déplorée ne s’inscrit pas dans l’objectif de paix tant recherché par Washington», explique-t-il. 

L’article d’«Associated Press» est écrit dans les termes suivants: «Le bilan des deux attaques menées contre des civils dans l’est du Congo par un groupe rebelle affilié à l’État islamique s’élève à 89 morts, selon les autorités congolaises. Mardi soir, elles ont précisé que 71 personnes étaient mortes lors de funérailles à Nyoto lundi, et que 18 autres ont été tuées à Beni lors d’une autre attaque mardi. Les deux événements se sont déroulés dans la région du Nord-Kivu, où les Forces démocratiques alliées -ADF- poursuivent une série d’attaques massives contre des civils. Cette région est le théâtre de conflits complexes, avec une intensification des actions des ADF, qui opèrent à la frontière entre le Congo et l’Ouganda. Les ADF ont prêté allégeance à l’État islamique en 2019 et ont mené plusieurs attaques violentes ces dernières semaines. Les armées congolaise et ougandaise conduisent une opération conjointe contre ce groupe». 

Quelle conclusion le gouvernement de la République Démocratique du Congo peut-il tirer de ce commentaire cinglant d’un officiel américain à la suite de ces nouvelles attaques meurtrières, alors que le président Félix Tshisekedi se rendait à Astana, au Kazakhstan, un pays allié de la Russie? Astana, capitale du Kazakhstan, entretient des liens étroits avec la Russie. Ils collaborent économiquement et militairement, partageant une longue frontière, et le Kazakhstan dépend également de la Russie pour l’exportation de son pétrole.

Tout en maintenant une position neutre sur la guerre en Ukraine, le Kazakhstan soutient l’intégrité territoriale sans condamner l’invasion russe. Selon plusieurs analystes politiques à Kinshasa, le message de Tibor Nagy est limpide: au-delà du fait que le déplacement de Tshisekedi à Astana pourrait ne pas avoir été bien perçu, Washington exige une reconstruction, une réorganisation et un renforcement de l’armée de la République Démocratique du Congo, soutenue par un leadership solide, afin de neutraliser les forces négatives et d’établir une paix durable dans l’Est du pays.

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