Dossier à la UneEcofinNation

Ted Beleshayi: la guerre des 20 milliards de dollars a commencé

C’est la guerre des 20 milliards que vient de déclarer le patron de l’ARSP. Un chiffre. Un réquisitoire. Chaque année, la République Démocratique du Congo perd près de 20 milliards de dollars dans le seul secteur de la sous-traitance. Le chiffre a été avancé par l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé et assumé le week-dernier sur Radio Okapi par son directeur général, Juan Ted Beleshayi Kasanda. Nommé début juin en remplacement de Miguel Kashal Katemb, l’expert-comptable a présenté le 1er octobre à Kinshasa son bilan de 100 jours. Il y a placé son action sous le sceau de «l’intégrité et l’équité». Sur Okapi, il est allé plus loin: identifier les trois blocages qui maintiennent les entreprises à capitaux congolais à la porte des marchés, malgré une loi qui les leur réserve.

Le blocage est d’abord juridique. Et il est massif!

Les missions de contrôle relancées par l’ARSP révèlent une fraude systémique. Chez la Sino-congolaise des mines -SICOMINES-, dans le Lualaba, six entreprises jugées non éligibles concentrent à elles seules 80% du chiffre d’affaires total de la sous-traitance. Chez Ivanhoe Mines, 140 contrats ont été épinglés. Ces sociétés violent, selon l’ARSP, la loi n°017 du 30 juin 2026, dont l’article 6 réserve la sous-traitance aux entreprises à capitaux majoritairement congolais. L’Autorité a ordonné la résiliation pure et simple des contrats et rappelé que les clauses conclues en violation sont «nulles».

Sur ce point, Ted Beleshayi a été chirurgical sur Radio Okapi. Il a rappelé la règle d’or que beaucoup contournent avec des prête-noms: «La loi dit 51% minimum pour les Congolais. Si on vous propose un pacte d’actionnaires où vous ne voyez pas votre contrepartie, dites-vous que vous êtes un associé de façade. Il faut une contrepartie réelle pour avoir un réel pouvoir en Assemblée générale et au Conseil d’administration». Pour les entreprises étrangères non éligibles, il n’y a que deux voies légales: «Soit vous trouvez un vrai Congolais qui amène une contrepartie et entre à 51% du capital, soit vous demandez une dérogation, mais vous devez prouver qu’il n’y a pas de compétence locale et accepter un plan pour faire monter un Congolais à 51% à terme. On ne vous demande pas 100%. C’est 49% pour vous, 51% pour les Congolais». Il cite en exemple une filiale suédoise qui s’est associée à un Congolais, Sylvestre Dougal, avec une vraie mise.

«Le chef de l’État m’a demandé d’être ferme et intransigeant dans la lutte contre les mauvaises habitudes dans le secteur privé», a confié Juan Ted Beleshayi Kasanda à l’issue de son audience le 23 juillet à la Cité de l’Union africaine avec Félix-Antoine Tshisekedi.

Le blocage est ensuite financier!

«Obtenir un marché ne garantit pas qu’une PME dispose des ressources pour l’exécuter», explique le patron de l’ARSP. L’insuffisance de fonds de roulement est le piège qui fait couler de nombreux sous-traitants après l’attribution. C’est ce qui manque le plus aux Congolais, selon lui, pour passer de petits contrats à de gros marchés. 

Pour y répondre, l’ARSP dit avoir enclenché le programme «Vunga 2» avec le Fonds de garantie de l’entrepreneuriat au Congo -FOGEC-, le FPI et les banques commerciales, afin de sécuriser le financement avant l’exécution. L’idée est de ne plus laisser l’entrepreneur aller seul négocier avec sa facture pro forma.

Le blocage est enfin structurel!

Beaucoup d’entrepreneurs se présentent seuls face à des majors minières qui exigent des standards internationaux. C’est le second grand manque pointé sur Okapi: la discipline, la formation et la mutualisation. Ted Beleshayi les invite à se regrouper en consortiums et à se former aux normes. Il rappelle aussi que la sous-traitance ne se limite pas au cuivre et au cobalt: télécommunications, BTP, énergie et services sont autant de niches où la loi s’applique. «Je ne vois pas pourquoi les gens ont tant de mal à trouver de vrais investisseurs pour faire le business légalement. Il y a des Congolais qui ont de l’argent et qui cherchent où investir», lance-t-il. Et il tient à lever un malentendu persistant, lui qui dit être sollicité chaque jour dans son bureau de Kinshasa par des demandeurs de contrats: «Ne me cherchez pas pour obtenir des contrats. Aidez-moi plutôt à réguler. L’ARSP ne donne pas de marchés. Elle fait respecter la loi pour que les opportunités réservées aux Congolais leur soient effectivement accessibles». Pour crédibiliser son discours, la nouvelle direction annonce la dématérialisation totale de l’enregistrement et de la télédéclaration, la fin du monnayage des attestations, et la création prochaine de directions provinciales – Kinshasa elle-même n’en disposait pas encore.

Reste l’essentiel: transformer les contrôles en millions pour les Congolais. Comme le résume Ted Beleshayi, l’objectif est de «créer des millionnaires congolais» conformément à la vision présidentielle. Mais sans contrepartie réelle dans le capital, sans financement et sans rigueur, les 20 milliards continueront de s’évaporer.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page