
Ça fait scandale! Partie pour assister au match des Léopards face aux Mourabitounes de la Mauritanie le 25 mars à Noudhibou, la délégation RD-congolaise n’est jamais arrivée au stade. Bloquées à l’immigration faute de visas, les 158 personnes, qui avaient quitté Kinshasa le même jour dans la matinée à bord du vol Ethiopian ET8844, ont appris la victoire de la RD-Congo depuis les installations aéroportuaires de cette deuxième ville de Mauritanie. C’est encore là qu’ils ont dû passer la nuit après avoir finalement pu manger aux environs de 1h10’. Des scènes ubuesques immortalisées par des photos devenues virales et montrant des membres de la délégation allongés à même le sol dans la salle d’attente de l’aéroport, transformée en hôtel de fortune pour la circonstance. Inadmissible pour une rencontre prévue de longue date.
Sous l’ère Budimbu, le ministère des Sports brille par une gestion hasardeuse des voyages des supporters des Léopards. «AfricaNews» a a eu accès à des audios enregistrés à Nouadhibou durant la longue attente. Ces éléments sonores éclaboussent le ministre des Sports sorti, on ne sait trop pourquoi, du schéma traditionnel d’organisation des voyages, préférant confier les démarches à un commissionnaire, à un certain Robert, désigné «ambassadeur».
Dans ces fuites sonores, le fameux ambassadeur commissionné par le Cabinet des Sports et le secrétaire du ministre Didier Budimbu révèlent aux victimes en colère comment les démarches pour l’obtention des visas ont capoté. Plutôt que d’associer la Fédération congolaise de football association -FECOFA- et le Protocole d’Etat, habitués à cette tâche, les démarcheurs du Cabinet des Sports avaient laissé l’ambassade de la RD-Congo à Nouakchott formuler une demande des facilités d’accueil à l’aéroport ainsi que des gros bus pouvant amener la délégation partout où elle voulait se rendre dans le cadre de découverte de certains sites touristiques. Leçon: la demande n’ayant jamais évoqué un quelconque octroi des visas pour le match des Léopards, les autorités mauritaniennes n’étaient donc pas concernées par le sort des passagers 158 du vol affrété ET8844. Scandaleuse défaillance.
Un quatrième voyage rocambolesque
Dans un aéroport sans balisage, impossible de décoller la nuit. La délégation est finalement retournée à Kinshasa mercredi 26 mars à 15h23’. Dans sa version des faits, le ministre Budimbu a accusé les autorités mauritaniennes d’«actes antisportifs», les appelant à «prendre toutes les mesures nécessaires» pour que cela «ne se reproduise plus». Etrangement, le communiqué du ministère ne reconnait pas la part de responsabilité de l’organisation RD-congolaise dans cette mésaventure, allant jusqu’à se réserver «le droit de saisir les instances continentales et internationales du football afin d’obtenir des sanctions exemplaires en cas de récidive».
«De la poudre aux yeux», commente-on dans l’opinion quand certains analystes voient plutôt une «fuite en avant» de l’actuel Cabinet des Sports qui n’est pas à son premier forfait. «Il s’agissait du quatrième voyage rocambolesque de l’ère Budimbu», rappelle-t-on. En novembre 2024, l’avion de la délégation congolaise a atterri à Abidjan alors que le match Guinée vs RD-Congo avait déjà débuté. Deux mois plus tôt, en septembre 2024, les supporters et autres officiels sont arrivés en Tanzanie en cours de match, contraints de ne suivre que la deuxième mi-temps du match opposant l’Éthiopie à la RD-Congo. En décembre 2024, la situation a été inédite. La délégation RD-congolaise s’est arrêtée à l’aéroport international de N’Djili alors qu’elle devrait se rendre à Abidjan où les Léopards A’ avaient rendez-vous avec les Sao du Tchad dans le cadre des éliminatoires du CHAN. Pour cause, l’avion de Congo Airways affrêté par le ministère des Sports n’avait pas reçu l’autorisation de survol. En guise de compensation, une somme de 50 dollars avait été remise à chaque membre de la délégation pour rentrer chez lui.
Autant de scandales qui dénotent, de l’avis des observateurs, une mauvaise gestion des voyages sous le règne de Budimbu, indexé également pour un «sérieux problème d’organisation et de planification» alors que les calendriers des matchs de l’équipe nationale sont connus plusieurs mois plus tôt. A qui la faute? Pourquoi ces derniers mois les voyages des supporteurs sont-ils organisés le jour du match? Le ministère des Finances refuse-t-il de payer à temps et complètement les états des sommes transmis par le ministère des Sports? Quelle est la durée du séjour des supporters prévue dans ces états des sommes? Des questions pendantes face à une situation qui, en plus de préjudicier la sélection nationale, privée de son douzième homme, nuit à l’image du pays et peut contribuer à saper le moral des athlètes.
Les Léopards ont certes gagné à Nouadhibou mais les images des supporters allongés dans un aéroport pâlissent ce succès et écornent le prestige de tout un peuple.
Natine K.