
Sous le soleil oblique qui glisse sur les cuves et les tuyauteries neuves, la nouvelle usine d’Ozone a pris des allures de symbole. Inaugurés le mercredi 18 mars, les modules 2 et 3 d’un complexe ultramoderne portent la capacité de production à 330 000 m³ par jour. Un bond que le ministre des Ressources hydrauliques et de l’électricité, Aimé Sakombi Molendo, a salué au nom du Chef de l’Etat avec une émotion contenue: «Une immense fierté et une gratitude profonde envers le Président Félix‑Antoine Tshisekedi».
La scène mêlait technique et promesses politiques: ingénieurs affairés autour de tableaux de contrôle, officiels en costume et riverains prenant des photos. Pour Sakombi Molendo, l’exploit est éloquent: «Là où il a fallu 40 ans pour atteindre ce débit à l’usine de N’djili, nous l’avons fait ici en moins de six ans». Preuve, selon lui, que la volonté politique peut accélérer la transformation du quotidien des populations de la République Démocratique du Congo.
Près de six millions d’habitants devraient bénéficier de ce renfort. La distribution a été pensée par zones: la zone Ouest, dénommée Module 1, couvre Ngaliema, Kintambo et une partie de Mont Ngafula; le Module 2 desservira Bandalungwa, Kasa‑Vubu, Ngiri‑Ngiri, Selembao, Bumbu, Makala et Kalamu; le Module 3 viendra en renfort au réseau nord‑sud, alimentant la Gombe, Lingwala, Barumbu, ainsi que Masina et Kimbaseke, tout en soulageant l’usine de N’djili.
Mais l’euphorie technique se heurte à des réalités financières et structurelles. Le ministre a rappelé l’importance cruciale de la réhabilitation des réseaux: «Via le projet Kin Elenda, nous réhabilitons les réseaux vétustes pour stopper les fuites». Sans cette remise à niveau, la production risque de se perdre dans des canalisations fragiles. D’où l’annonce de nouveaux chantiers: une usine à Maluku, une autre à Lukunga et une extension à Lutendele, afin d’aligner l’infrastructure sur une métropole en forte croissance.
La pérennité passe aussi par la santé financière de la REGIDESO. Sakombi Molendo a confirmé son combat au Conseil des ministres pour le paiement des arriérés des instances publiques et a appelé à une «tarification plus juste». Et il n’a pas hésité à interpeller directement les usagers: «Payez vos factures. C’est l’unique moyen de garantir que cette usine tourne 24h/24». Un message adressé tout autant aux Kinois qu’aux administrations débitrices.
Autre volet notable: l’ambition nationale. Le «modèle Ozone» n’est pas cantonné à la capitale. Un Plan national est déjà engagé et les premières répliques seront implantées à Kananga et Tshikapa. Parallèlement, le recrutement pour l’Autorité de régulation -ARSPE- vise à attirer des investisseurs privés et à accélérer l’accès à l’eau en milieu urbain et rural.
La cérémonie a aussi été l’occasion de rendre hommage au travail de la CEP‑O, capable de finaliser les travaux malgré la perte de son coordonnateur, Philippe Lumeka, en novembre dernier. Le ministre a salué «leur professionnalisme exemplaire» et promis de soutenir cette organisation.
Sur le site, entre l’écho des discours et le cliquetis des outils, le sentiment est partagé: l’usine d’Ozone est une avancée technique majeure, mais sa réussite dépendra d’un triptyque fragile: investissements durables, réformes institutionnelles et responsabilité citoyenne. Sans l’un de ces piliers, la promesse d’«eau pour tous» risque de rester une belle intention plutôt qu’un droit effectif.