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Robert Bourgi: «Ils savent que je sais tout»

Françafrique, le roi de la diplomatie parallèle publie ses palpitants mémoires en septembre, il met tout sur la place publique, y compris les secrets sur l’argent que les potentats africains mettaient à la disposition des dirigeants français par son canal…

Robert Bourgi. Avocat. 79 ans. Il n’a jamais eu de rôle officiel de premier plan, hormis un modeste poste de conseiller politique entre 1986 et 1988 au ministère français de la Coopération. Mais, il a activement et efficacement participé à la politique étrangère de la France en Afrique, où il est né le 04 avril 1945, précisément au Sénégal, à Dakar. Il est resté dans le jeu, pendant longtemps, sous différents régimes. Après des études de droit à Dakar, Nice et Paris, puis une thèse remarquée sur «De Gaulle et l’Afrique noire» en 1978, il évolue sous le mentorat de Jacques Foccart, ancien conseiller aux affaires africaines de Charles de Gaulle et père de la «Françafrique». Il voit Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Dominique Devillepin et François Fillon. Il conseille Michel Aurillac. Il a des contacts avec presque tous les Messieurs Afrique de l’Élysée. Il agit dans les deux sens. Il côtoie ainsi tous les potentats africains, Mobutu Sese Seko, Omar Bongo -pendant 30 ans-, Étienne Eyadéma Gnassingbé, Denis Sassou-Nguesso, Abdoulaye Wade, Blaise Compaoré, André Kolingba, Ange-Félix Patassé ou Laurent Gbagbo -son collègue professeur à l’Université d’Abidjan au début des années 1980… La plupart gèrent des ressources naturelles stratégiques pour la France. Il se raconte qu’il les a tous gérés pour le compte de Paris: fonds secrets, commissions, opposants, journalistes…

Entre 1986 et 1988, il rencontre le président Paul Biya trois fois en son palais à Yaoundé. Pour la première fois, quand il accompagne au Cameroun Michel Aurillac, ministre de la Coopération sous le gouvernement de cohabitation. La deuxième et la troisième fois, il le visite seul, au palais d’Etudi, à l’initiative du président Omar Bongo. Il confie avoir été «impressionné par la capacité d’écoute et de synthèse du dirigeant camerounais ainsi que son regard extrêmement parleur ou parlant», sans compter «la musique de sa voix». Il ne voit plus le président Alassane Ouattara depuis son avènement au pouvoir à Abidjan en mai 2011 alors qu’avant, ils se voyaient régulièrement dans des chics restaurants de Paris et entretenaient des bons rapports, explique-t-il au tri hebdomadaire du quartier Beau vent.

En septembre 2011, il provoque un séisme dans le paysage politico-médiatique en France, il fait la «Une» du quotidien «Le Monde» via un article intitulé «Les déclarations qui ont fait trembler la République». Ses révélations étalent au grand jour les financements occultes en France en provenance du continent noir et balancent dans la rue les mœurs des respo politiques français.

Selon les médias français, il aura incarné, pendant quatre décennies, les relations entre l’Hexagone et ses anciennes colonies subsahariennes ainsi que l’ex-Zaïre. Toutes ces années entre missions secrètes et officielles, toutes ces anecdotes, tous les secrets à deux voire à trois ou quatre, toutes ces histoires autour de valises d’argent reçues de ces dirigeants africains au profit de leurs parapluies français, Bob, le roi de la diplomatie parallèle, a pris sa plume pour les relater à tous les lecteurs de tous les continents… Ces Mémoires, annoncés palpitants, paraissent en septembre. C’est déjà demain! En attendant ce lancement officiel, AfricaNews vous partage les mots introductifs sous la signature de l’auteur, Robert Bourgi.


Avant-propos

A l’automne de ma vie, au terme d’une carrière m’ayant amené à servir des personnages en tous points exceptionnels et à en côtoyer beaucoup d’autres dénué de tout charisme, j’ai décidé de rassembler mes souvenirs, de nombreuses archives et notes personnelles dans cet ouvrage, Mémoires d’une existence passée à déambuler dans les arcanes franco-africaines.

Pour les avoir longtemps accueillis dans l’atmosphère rincée à l’encens de mon cabinet de l’avenue Pierre 1er de Serbie, journalistes et médias connaissent ma prodigalité en confidences et en informations de première main. Qu’elles se déroulèrent en France, en Afrique ou au Moyen-Orient, mes missions, tout comme mon rôle pour ma famille politique ou auprès des chefs d’Etat africains, étaient sues de tous et commentées avec régularité au gré de l’actualité de la Françafrique ou de la politique hexagonale.

Pour la première fois pourtant, j’ai décidé d’aller beaucoup plus loin en convoquant toute ma vie sans exclusive. De mon enfance auprès de mes parents et de mon si fascinant père Mahmoud jusqu’à mes actions de lobbyiste en passant par mes rapports avec de très hauts dignitaires et chefs d’Etat ou l’organisation méthodique de convoyages de fonds de l’Afrique vers la France.

« Extorqués » pendant cinquante heures d’entretien avec finesse et intelligence par le journaliste Frédéric Lejeal, africaniste pointu et ancien rédacteur en Chef de La Lettre du Continent, ces aveux dressent le tableau complet de ce qu’il m’a été donné de faire, d’entendre, de voir. Avec force détails, anecdotes et révélations, ils restituent des scènes qui, par leur aspect détonant voire ébouriffant, pourront surprendre le lecteur. C’est pourtant ma vérité, par conséquent la seule qui compte.

Malgré ces témoignages et documents inédits, les contempteurs passant leur temps à me qualifier de « sulfureux », « d’intriguant » de « messager occulte » continueront de s’employer à me décrédibiliser, ainsi qu’ils le font depuis tant d’années, en butant constamment sur les durs pépins de ma réalité.

Pour stopper net leurs investigations, il leur suffit de revisionner mon débat organisé par le site Mediapart, le 28 janvier 2023, avec Eva Joly,

juge de l’affaire Elf, pour comprendre que le nom de Robert Bourgi est souvent à la source de fantasmes, d’une image écornée, d’une fausse légende montée de toutes pièces par la rumeur, la méconnaissance voire la calomnie1.

Mon nom n’apparaît, en effet, à aucun moment dans cette retentissante affaire, pas plus qu’il ne ressort des multiples scandales de la relation franco-africaine. De l’Angolagate aux Biens Mal Acquis. Quelles furent mes missions ? Du convoyage de fonds, principalement à une époque où il était autorisé, des « services », de l’influence de haute intensité, des mises en relation stratégiques, des missions éminemment sensibles pour lesquelles la diplomatie officielle montrait ses limites. La libération, en 2010, de la jeune Française Clotilde Reiss, emprisonnée en Iran, en est une illustration parmi beaucoup d’autres.

Ces Mémoires me servent-elles pour autant de paravent aux critiques sur mes missions, mon « éthique », mes conduites, mes fréquentations ou mes choix de vie parfaitement assumés ? Evidemment, non. Décrié, le système françafricain, je ne conteste pas en avoir largement profité et l’avoir servi ad nauseum jusqu’à en dénoncer les turpitudes, les dérives et les travers, en 2011, dans le Journal du Dimanche. En apportant au lecteur un regard lucide et sincère sur un pan entier de la diplomatie et de la vie politique française, cet ouvrage n’est que la continuité logique de cette retentissante interview.

Robert Bourgi

1 Débat entre Eva Joly, ex-magistrate chargée de l’affaire Elf-Total et Robert Bourgi. Journée Total de Mediapart. Cité Fertile. https://www.youtube.com/watch?v=oXOcFrkBrXk

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