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RDC : Tshisekedi met la Constitution entre les mains des juges

Le 30 juin 2026, jour du 66e anniversaire de l’indépendance, la République Démocratique du Congo a changé de séquence politique. Au lieu d’annoncer une promulgation, Félix Tshisekedi a annoncé une saisine. La loi référendaire est désormais entre les mains de la Cour constitutionnelle. Un choix de prudence institutionnelle qui n’a pas désarmé ses adversaires. Église, société civile et opposition, de Martin Fayulu au FCC de Joseph Kabila, ont fixé la date du 8 juillet pour une mobilisation nationale. 

La judiciarisation comme stratégie d’apaisement

«J’ai déféré la loi référendaire à la Cour constitutionnelle avant toute promulgation», a déclaré le président lundi soir. Formule courte, portée forte. En renvoyant le texte à la plus haute juridiction, Tshisekedi tente deux choses. D’abord, encadrer juridiquement un débat devenu explosif. Ensuite, gagner du temps dans un contexte sécuritaire et social dégradé. Le président reconnaît «la légitimité du débat constitutionnel», mais repousse «toute précipitation ou manipulation». Il fixe aussi une limite politique: «La violence et la désinformation ne peuvent constituer un mode d’expression politique ni ouvrir un droit à la négociation». 

L’appel à «retenue et responsabilité» s’adresse à la Majorité comme à l’Opposition. Dans son adresse, il a rappelé les autres urgences du pays: la situation dans l’Est, la souveraineté économique, la riposte contre Ebola en Ituri, et l’événement sportif du moment, la qualification historique des Léopards pour les seizièmes de finale du Mondial 2026. Il a conclu sur une formule en cinq temps: «Unis dans la vérité. Ferme dans la souveraineté. Responsables dans l’action. Solidaires dans l’effort. Confiants dans l’avenir». 

L’Église: un réquisitoire moral et un refus catégorique

Face à cette offensive juridique, la réaction religieuse a été immédiate. À la cathédrale Notre-Dame du Congo, le cardinal Fridolin Ambongo a prononcé l’un de ses discours les plus sévères: «Nous avons collectivement échoué». Diagnostic: une nation «en péril», avec «plus de 160 groupes armés», une partie du territoire sous occupation, une pauvreté qui s’enracine et Ebola de retour pour la 17e fois. «On dirait que tous les malheurs du monde se sont donné rendez-vous», a-t-il ajouté. 

Sa position sur la Constitution est sans équivoque: «Ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité». L’urgence, selon lui, est ailleurs: «paix» et «bien-être social». À Lubumbashi, Mgr Fulgence Muteba Mugalu, président de la CENCO, a repris la même ligne et appelé à un «dialogue sincère et inclusif», seul moyen d’éviter que «ce pays risque de se perdre définitivement». Le même jour, le tandem CENCO-ECC dresse un tableau sombre du climat public: «discours de haine», «suspicion», «violence verbale». Il alerte: «La paix est confisquée, particulièrement dans l’Est, le tissu social s’effrite». Les deux confessions plaident pour un dialogue «à la lumière de la parole de Dieu», afin que «les blessures d’aujourd’hui» ne deviennent pas «les fractures irréparables de demain». 

Le Conseil de l’apostolat des laïcs catholiques du Congo, le CALCC, a repris ce message: «Le peuple a faim de paix, le peuple a faim de pain, le peuple a faim de sécurité et de justice, et non d’une nouvelle Constitution taillée sur mesure». Il appelle à une «résistance pacifique» pour ne pas léguer «une République colonisée de l’intérieur». 

Mukwege, l’opposition et l’entrée du FCC: une nouvelle configuration

Le Prix Nobel Denis Mukwege a qualifié la situation de «crise existentielle» et de «danger de balkanisation ou d’annexion». Dans une lettre ouverte, il critique l’état de siège en vigueur depuis avril 2021, la diplomatie régionale et l’accord économique signé avec le Rwanda le 26 juin 2021 pour les minerais du Kivu. Il appelle à redynamiser l’Accord-Cadre d’Addis Abeba et à réformer l’armée et les services.

Côté politique, Martin Fayulu, président de l’ECiDé, a réaffirmé son opposition «ferme» à la révision. Il estime que modifier la Constitution alors qu’une partie du territoire est occupée reviendrait à «ouvrir la voie à la balkanisation». Il a confirmé l’organisation d’une «grande marche nationale» le 8 juillet, au pays et dans la diaspora.  L’élément nouveau est l’engagement du FCC, invité surprise.

Au nom de la légion de Kabila, Marie-Ange Mushobekwa a déclaré que «toutes les plateformes du FCC vont participer à toutes les manifestations pour empêcher tout changement de la Constitution». Elle a confirmé la présence du mouvement le 8 juillet, «main nue», malgré les restrictions liées à Ebola. L’ancien premier ministre Bruno Tshibala était à ses côtés. 

L’étape fatidique: le droit face à la mobilisation

Le 30 juin a donc figé trois lignes de force. Premièrement, l’institutionnel: la Cour constitutionnelle est désormais l’arbitre. Son avis sur la loi référendaire déterminera ce qui est constitutionnellement possible. Deuxièmement, le moral: l’Église catholique et les laïcs ferment la porte à la révision et imposent le dialogue comme seule voie légitime. Troisièmement, le politique: une opposition élargie mise sur la rue le 8 juillet. Tshisekedi mise sur la légalité et le temps long. Ses opposants misent sur la légitimité morale et la mobilisation. Entre les deux, la Cour. Et, peut-être, la Communauté internationale via la MONUSCO, accrochée à l’option d’un dialogue inclusif.

L’enjeu des prochaines semaines est donc clair. Si l’avis des juges est perçu comme technique et neutre, la crise peut rester institutionnelle. S’il est contesté, la date du 8 juillet pourrait devenir un point de bascule.  66 ans après l’indépendance, le pays a choisi de faire parler le droit avant de faire parler la rue. L’étape fatidique est ouverte.

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