
Près de trois ans après son inscription, en octobre 2022, sur la liste grise du Groupe d’action financière -GAFI-, la RD-Congo ambitionne d’en sortir. Pour remplir les critères fixés par cet organisme intergouvernemental chargé d’évaluer les dispositifs anti blanchiment, Kinshasa a mis sur pied une taskforce de «sortie de la RD-Congo de la liste grise». Composé de plusieurs structures financières avec la Cellule national des renseignements financiers -CENAREF- comme lead, cette taskforce s’active. Mardi 1er juillet au Pullman hôtel, elle a présenté un bilan d’étape à la faveur d’une communication à la presse.
Le Secrétaire exécutif de la CENAREF, Adler Kisula, a étalé les raisons de cette taskforce qui vise notamment à mener une action rapide afin d’éviter de voir le pays basculer vers la liste noire aux conséquences immenses, notamment un isolement financier international et diplomatique. «Pour l’instant, les pays qui y figurent sont: l’Iran, la Corée du Nord et le Myanmar. Ces pays ont refusé de corriger les défaillances malgré les avertissements. Tout le monde doit être mobilisé au niveau national, avec l’implication de tous, tant dans le secteur public que privé», a signifié l’AG Kisula.
Pour sortir le pays de cette liste, 23 actions doivent être menées pour renforcer le dispositif national de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. L’AG Kisula a affirmé que 13 d’entre elles ont déjà été traitées entièrement, 8 en partie et 2 sont en attention d’exécution. Parmi les grandes avancées figure entre autres l’adoption et la promulgation de la loi sur la lutte contre le blanchiment des capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive.
Si du chemin reste encore à parcourir, l’espoir est perceptible auprès des structures composant la taskforce dont l’ARCA, la BCC, le CONASAFIC mais l’Ordre national des avocats et les magistrats. Chaque partie prenante semble déterminée à jouer sa partition alors que le système monétaire national est le plus impacté par cette mesure du GAFI. «Le secteur financier sous supervision de la BCC ressent en premier le contrecoup de cette [mesure]. Tous nos correspondants bancaires se réservent de collaborer avec les banques installées en RD-Congo car cela constitue un risque. Seule Citybank accepte encore les correspondances bancaires vers la RD-Congo», a expliqué un des représentants de la Banque centrale.
Une affaire de tous
Pour la taskforce, la prochaine étape sera, sans nul doute, d’identifier les activités de financement du terrorisme, conformément au profil et aux risques du pays puis mener des enquêtes. La liste grise de GAFI reprend les pays «sous surveillance renforcée en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme».
De manière plus large, Kinshasa doit, pour en sortir, élaguer les lacunes stratégiques majeures dans son dispositif de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. En 2023, le pays avait élaboré une feuille de route pour corriger ces faiblesses. Désormais, la taskforce veut accélérer le processus.
«C’est possible de sortir de cette liste, nous y croyons», a juré Adler Kisula. Comme lui, c’est toute la taskforce qui est mobilisée et entend mobiliser encore plus de forces pour ne plus être la seule à combattre le blanchiment des capitaux. «C’est l’affaire de tous», affirme-t-on en interne alors que la présence de la RD-Congo sur la liste grise GAFI est désormais perçue comme un «appel à l’ordre et à l’éthique». Désormais, les yeux de tout un pays sont braqués sur la prochaine évaluation, prévue en octobre prochain, avec l’objectif de sortir de cette liste grise.