Dossier à la UneJusticeNationPolitique

RDC: Olenghankoy convoqué par Mvonde, nouvel épisode d’une vie de procès

Le président du CNSA doit s’expliquer devant le procureur général. La convocation tombe après son tweet sur «10 morts et 15 disparus» lors du sit-in du 12 juin et ses positions tranchées contre un éventuel changement constitutionnel. Lien de cause à effet? Le Parquet ne le dit pas. Condamné à mort sous Mobutu, emprisonné sous Mzée Kabila, arrêté sous Joseph Kabila:  à 70 ans, nouvel épisode.Mardi prochain, Joseph Olenghankoy devra se présenter au Parquet général près la Cour de cassation. Firmin Mvonde, procureur général, l’y a convoqué. Motif officiel: «éclaircir certains faits». Les proches de l’intéressé dénoncent déjà «un acharnement politique». La convocation, datée du 18 juin, intervient quelques jours après un tweet remarqué du président du CNSA. Jeudi 19 juin, 22h17, sur X: «Sit-in du 12 juin : notre décompte. 10 compatriotes tués, 15 portés disparus. Stop au mensonge d’État. Le sang a coulé. La vérité vaincra».

Un bilan frontalement opposé à celui du gouvernement, qui maintient: zéro mort, quelques interpellations, «dispersion dans le respect des droits humains». Lien entre le tweet et la convocation? Aucun document ne l’établit à ce stade. Le Parquet évoque une «procédure normale» et refuse de commenter. Dans l’entourage d’Olenghankoy, on n’y croit pas: «Le timing parle de lui-même», souffle un conseiller. Les autorités qualifient cependant les chiffres d’Olenghankoy de «fantaisistes et dangereux». Pour Olenghankoy, la justice n’a rien d’un terrain inconnu. C’est le fil rouge de sa vie politique.

Mobutu: le couloir de la mort, 1993

Zaïre, 1993. Mobutu s’accroche. Olenghankoy, cadre des Fonus et jeune turc de l’Union sacrée proche d’Etienne Tshisekedi, tonne contre la confiscation de la Conférence nationale souveraine. Arrêté par la DSP, il passe devant la Cour de sûreté de l’État. Verdict: peine de mort pour «atteinte à la sûreté de l’État». Il vit 18 mois dans le couloir de la mort à Makala. Grâce présidentielle en 1994, sous pression des chancelleries.

Mzée Kabila: prison sans jugement, 1998 

Mai 1997 : l’AFDL chasse Mobutu. Olenghankoy refuse de se coucher devant Laurent-Désiré Kabila. Il dénonce les exécutions et la «dictature naissante». 1998: la guerre éclate. L’ANR l’embarque. Accusation: «collusion avec la rébellion». Deux ans en prison, sans procès. Libération en 2000.

Joseph Kabila : 11 mois de détention en 2016

2006: candidat présidentiel. 2015: il s’affiche contre le troisième mandat. Janvier 2016: nouveau coup de filet. Motif : «incitation à la révolte» après des meetings anti-glissement. Il passe 11 mois à Makala. Libération en décembre 2016. Sept mois plus tard, en juillet 2017, Joseph Kabila le nomme président du CNSA, clé de voûte de l’Accord de la Saint-Sylvestre.

2017-2026 : de l’opposant à l’arbitre contesté

Maintenu par Tshisekedi en 2019, Olenghankoy devient l’un des rares dinosaures politiques à cheval sur trois Républiques. Contesté, accusé de «recyclage», il assume: «J’ai combattu trois dictatures. Je peux parler à tout le monde». Mardi, il retournera donc devant un procureur. Comme en 1993. Comme en 1998. Comme en 2016. Les avocats des Fonus parlent d’« intimidation ». Le Parquet va rétorquer mardi. 

Natine K. 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page