
L’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi se rendra ce lundi, sauf changement de dernière heure, devant des délégués de la communauté du renseignement, a appris AfricaNews de plusieurs sources crédibles du ministère de l’Intérieur et Sécurité. La communauté du renseignement désigne l’ensemble de tous les services de renseignement de la République Démocratique du Congo : CNS, ANR, CNC, ex-DEMIAP, DGM et autres services spéciaux. Selon les mêmes sources, l’élu de Miabi a aligné ces derniers jours un certain nombre de comportements qui auraient poussé les services à s’intéresser à lui. Les faits.
Vendredi 9 mai, le député national a fait une apparition publique filmée devant sa résidence, entouré de quelques éléments de la Garde Républicaine -GR-, pour s’adresser à une poignée de personnes sur une supposée campagne destinée à créer un climat de désaccord entre le président de la République et lui. La présence de la GR à la résidence du député national et ancien ministre fait parler, fait tiquer et interroge. Cette unité d’élite d’échelon «Division» d’environ 12.000 soldats n’a pas pour vocation de sécuriser les privés ni à maintenir l’ordre public. Elle est détachée auprès du président de la République qui est aussi le commandant suprême des forces armées. Son commandant prend donc part à la réunion du Haut commandement. En plus de missions communes dévolues à l’armée, la GR a pour missions spécifiques, aux termes de l’ordonnance n°13-063 portant organisation et fonctionnement de la Garde républicaine, du 22 juin 2013, d’assurer: la garde et la protection du président de la République et de sa famille ainsi que des hôtes de marque; la sécurité des biens et des installations présidentiels; les escortes et les honneurs au niveau de la Présidence de la République. En cas d’urgence ou de nécessité, la GR peut être réquisitionnée et engagée dans les combats -au front- ou dans les opérations de maintien ou de rétablissement de l’ordre public. Alors que Nicolas Kazadi ne fait partie de la famille présidentielle et sa résidence ne figurant pas parmi les installations présidentielles connues, il se retrouve alors en situation d’infraction pour utilisation frauduleuse des militaires comme gardes privés puis dans le cas d’une présumée incitation des militaires à commettre des actes contraires à leur devoir. Ça devrait préoccuper les renseignements.
Effet d’une bombe
Jeudi 8 mai, Nicolas Kazadi a été embarqué depuis l’aéroport de Mbujimayi à bord d’un avion affrété et ramené à Kinshasa, a-t-on appris des sources concordantes. Une controverse est née au sujet de sa destination une fois dans la capitale, certaines sources parlant de sa résidence et d’autres des locaux des renseignements. Dans la ville haute, il se raconte avec insistance que son interpellation «serait justifiée par l’existence des messages téléphoniques interceptés par des services spécialisés tendant à faire croire que l’élu de Miabi se préparait à fuir le pays à partir de Mbuji-Mayi, où il devrait prendre un vol affrété pour l’étranger». Des proches du député national joints au téléphone ont cependant dit ne pas être au courant d’un tel projet de sa part. Nicolas Kazadi voudrait-il vraiment se soustraire? Se reprocherait-il de quelque chose? Serait-il conscient d’avoir franchi la ligne rouge après l’interview accordée à la journaliste Paulette Kimuntu à quelques semaines du deal du siècle entre les États-Unis et la République Démocratique du Congo? Comment lui, un éminent membre du sérail, lui Nicolas Kazadi, ancien super argentier national et donc détenteur de certains secrets d’Etat, a-t-il choisi de dégainer devant les caméras contre le Régime Tshisekedi, évoquant des scènes de corruption et de détournement de deniers publics, laissant s’échapper de sa bouche des mots assassins et des formules régicides? «On a créé 53 agences sans planification», a-t-il tapé sans détour, exposant sans toutefois le citer nommément le président de la République, seul détenteur du pouvoir de faire, du pouvoir de créer et de faire fonctionner une nouvelle structure étatique. Ça fait l’effet d’une bombe. Tout peut donc basculer à tout moment, en défaveur du Pouvoir, obligé désormais de s’expliquer, de se défendre après ces dégâts susceptibles d’en occasionner d’autres de longue durée.
Si Nicolas Kazadi n’a pas encore réalisé l’extrême gravité de sa sortie médiatique, il n’a qu’à suivre la récupération qu’en a fait Corneille Nangaa, le coordonnateur de la rébellion de l’AFC, qui s’est empressé de le présenter comme un des éléments clés du M23, à la faveur d’un entretien avec le journaliste Steve Wembi.
«Le mal a été fait. Ça ne devrait pas dire ça à ce niveau de responsabilité et dans l’actuel contexte. Nico a fait consciemment ou pas des révélations qui portent entorse à l’image du Régime, provoquent la sidération dans son propre parti politique et nourrissent à foison les critiques de l’Opposition. Il devrait rendre compte. Comment n’a-t-il pas tiré les leçons des dossiers Kabund et Biselele. L’affaire Biselele, par exemple, a éclaté après une autre interview diffusée dans une vidéo en ligne, dans laquelle l’ancien conseiller privé évoquait les relations de coopération économique entre le président Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame», a analysé un ancien collègue ministre, sorti du gouvernement le même jour que l’ancien ministre des Finances mais favorable au silence et à la discrétion.
Tino MABADA
