
Kinshasa ne transige plus. Au lendemain de l’annonce de la création du Front pour la Restauration Nationale -FRN-, nouveau label politico-militaire assumé par l’ancien président Joseph Kabila, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a livré le week-end dernier la position la plus tranchée depuis le début de la crise. Une mise en demeure qui vise moins Kabila lui-même que ses relais supposés à Kinshasa: les opposants réunis au sein du C64. Dans un entretien accordé à la presse, le ministre de la Communication et Médias dépeint la sortie de Joseph Kabila comme un acte d’officialisation. «Le président honoraire a décidé d’officialiser son attaque généralisée contre la République, son attaque généralisée contre le peuple congolais», tranche-t-il. Pour le gouvernement, le débat sur l’initiateur réel de l’AFC/M23 est clos. Que Kabila sorte «du bois» après deux ans d’ambiguïté ne change rien sur le fond: «les acteurs restent les mêmes, la nature du mouvement reste la même, c’est un groupe armé appelé à disparaître».
L’essentiel du message de Muyaya ne porte pas sur le front militaire, mais sur le front politique intérieur. Le gouvernement dit maintenir ses engagements internationaux: Washington pour le volet rwandais avec la résolution 2773 du Conseil de sécurité, Doha pour le volet M23, désormais rebaptisé FRN. «Rien ne change structurellement», insiste le porte-parole. «Nous traitons avec le père à Washington, avec le fils, le M23 new look Kabila, à Doha».
Le ton se durcit lorsqu’il évoque le dialogue national inclusif, réclamé à cor et à cri par le C64, cette plateforme qui fédère une soixantaine de partis d’opposition et de mouvements citoyens. Ces dernières semaines, le C64 avait fait de l’inclusion de Joseph Kabila un préalable à toute discussion. Pour Muyaya, cette revendication est devenue caduque, voire indécente. «En prenant la tête de ce mouvement supplétif, il a justifié sa condamnation à mort et les sanctions américaines», rappelle-t-il. D’où l’injonction faite à l’opposition: «Tous ceux qui plaidaient pour sa participation au dialogue doivent se prononcer s’ils font le choix de la République. Le choix qu’il fait de prendre les armes, c’est de s’attaquer à la République et à l’ordre constitutionnel».
Doha pour désarmer le FRN, Kinshasa pour refonder la République
L’avertissement vaut pour l’ensemble de la classe politique. Le ministre justifie ainsi la suspension du PPRD, le parti de Kabila, et d’une douzaine d’autres formations: «Lorsqu’on quitte la volonté de conquérir le pouvoir par la démocratie, par le peuple, et qu’on veut la remplacer par les armes, il y a des conséquences. Il est tout à fait de droit que le ministre de l’Intérieur suspende tous ces partis qui ne veulent plus contribuer démocratiquement à l’avancement du pays». Sur le fond, Muyaya minimise toute capacité d’attraction de Kabila. Il évoque «un ensemble de nostalgie» et ironise: «Vous ne pouvez pas penser venir apprendre aux gens à nager alors que vous avez vidé la piscine». Les dix-huit années de pouvoir de l’ancien chef de l’État seraient, selon lui, à l’origine des maux que tente de corriger l’administration Tshisekedi, de la gratuité de l’enseignement à la couverture santé universelle.
Quant aux velléités expansionnistes du FRN, le gouvernement dit ne plus avoir à les supputer. «Nous voyons déjà ce qui s’est fait sur le terrain. Est-ce que je dois vous rappeler les 10 000 morts de Goma ?», lance Muyaya, imputant désormais directement à Kabila, en tant que «fils aîné du président rwandais Paul Kagame», la responsabilité des exactions attribuées au M23.
Dans ce contexte de guerre revendiquée, même l’interdiction faite aux officiers de quitter le territoire devient, selon lui, une mesure de «routine». «Nous sommes un pays en guerre, constamment en opération. Notre armée va demeurer en alerte pour apporter la réponse militaire qui s’impose». Reste le dialogue national inclusif. Il aura bien lieu, assure Muyaya, mais sans le FRN. Sa vocation ne sera plus de négocier le partage du pouvoir avec les porteurs d’armes, mais de «créer un front, un bloc pour la protection de la République». Un dialogue de cohésion nationale avec les confessions religieuses et «tous les Congolais épris de paix», où la question posée à la C64 sera simple: la République ou la rébellion.






