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Eurobond: les contrevérités économiques de Nicolas Kazadi

Le débat sur le premier Eurobond de la République Démocratique du Congo a viré à la guerre de tranchées au sein même de la majorité. Dans un Space organisé le mercredi 2 septembre par Stanis Bujakera, l’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi a défendu une ligne de prudence radicale. Une doctrine que les chiffres et les chantiers en cours démontent point par point. L’attaque est suspecte. Elle intervient au moment où le gouvernement Suminwa II, sous l’impulsion du Président de la République Félix Tshisekedi, se prête à un exercice de redevabilité et vante, dans le domaine des finances publiques, les premiers effets directs et positifs du premier Eurobond de l’histoire du pays. Kazadi y voit une faute. Mais les faits économiques lui donnent tort.

Le mythe du taux à 9%

Premier argument de l’ex-argentier: le coût. 9%, c’est insoutenable. C’est un raccourci trompeur. Pourquoi 9%? Parce que pendant cinq ans, son ministère et son gouvernement ont refusé d’aller sur le marché. Sans historique de crédit, sans courbe de taux, un primo-émetteur paie la prime du débutant. La Côte d’Ivoire, le Bénin, le Kenya ont tous commencé à 8-9% avant de tomber à 6% à la deuxième émission. Surtout, Kazadi compare un taux à un taux. Un économiste compare un taux à un rendement. Une route Kolwezi-Lobito, le port de Banana ou un barrage affichent un taux de rentabilité interne de 20 à 30% pour l’économie nationale. Emprunter à 9% pour gagner 25%, c’est la base du développement.

Sicomines comme modèle: les limites

Pour justifier le refus du marché, Kazadi brandit Sicomines: «Sicomines a notre argent». La comparaison a ses limites. Sicomines reste un modèle adossé aux minerais, dont l’équilibre a été largement débattu et réévalué par l’IGF, permettant de renégocier 3 milliards de dollars additionnels pour les infrastructures.

Si plusieurs chantiers ont connu ces derniers mois une accélération sur le terrain, le mécanisme reste fondamentalement différent: son rythme dépend du cours des matières premières et du remboursement préalable de la dette liée au montage. L’Eurobond obéit à une autre logique: une levée transparente, avec prospectus public, traçabilité des fonds et mise à disposition immédiate de liquidités, adossée non pas à une ressource, mais à la signature de l’Etat et à la discipline budgétaire.

L’argent à taux zéro: l’argent le plus cher

Kazadi vante les guichets concessionnels à 0,75% sur 40 ans: FMI, Banque mondiale, BAD. Sur le papier, c’est magnifique. Dans les faits, c’est un poison lent. Plafond ridicule: 1 à 1,5 milliard par an pour tout, quand un seul barrage en coûte deux. Lenteur mortelle: cinq ans entre l’engagement et le décaissement. Un Eurobond, c’est 1,5 milliard cash sur une courte période pour lancer dix voire vingt chantiers. L’argent à 0% qui arrive en 2029 coûte infiniment plus cher que l’argent à 9 % disponible maintenant. Aujourd’hui, il sert à construire des routes et des aéroports. Il est en train de matérialiser le grand barrage de Katende après une décennie d’attente.

«On n’a pas de projets»: l’aveu d’échec

«On ne propose pas assez de projets», dit-il pour expliquer pourquoi même l’argent chinois ne se décaisse pas. «Ce n’est pas le Congo qui manque de besoins. Le déficit est de 70 milliards de dollars. C’est l’Etat sous Kazadi qui était incapable de monter un dossier bancable», dit un fonctionnaire de l’Etat. «Dire qu’on n’a pas de projets, c’est signer son propre bilan. L’Eurobond impose au contraire la discipline: un prospectus, une allocation précise, un rendement attendu», ajoute-t-il.

La chronologie qui tue: l’affaire Kule Dale Simbi

La chronologie achève de démonter la doctrine. L’intervention de Kule Dale Simbi, ancienne conseillère de Nicolas Kazadi, date de plus de trois semaines avant celle de son ancien patron, intervenue le mercredi 2 septembre. Le 9 août 2026, elle écrit sur X: «C’est moi qui ai lancé le projet Eurobond au sein du ministère des Finances en 2021, en janvier 2023 nous étions prêts pour lever 1,5 milliard de dollars. Mais Nicolas Kazadi a refusé, parce que nous n’avions pas de projets prêts». D’ailleurs, le contexte de 2023 donne tort à Kazadi. Comment lancer un Eurobond avec une dépréciation de 24 % et une inflation de 23% en décembre 2023, héritage de sa gestion? Quel investisseur aurait souscrit ? Et avec tous ses prêts concessionnels, pourquoi n’a-t-il pas réhabilité la voirie de Buta, Isiro, Kananga, Mbuji-Mayi, Bandundu, Mbandaka, Kisangani ou Kinshasa comme le gouvernement le fait maintenant?

On y voit surtout le symptôme d’un cadre de la majorité qui tire sur la majorité, au risque d’affaiblir le Président de la République qu’il prétend défendre. Deux voix ont recadré le débat lors du Space du 2 septembre. Le professeur Faustin Luanga Mukela, ancien de l’Organisation mondiale du Commerce -OMC-: «L’Eurobond n’est pas un risque: le risque, c’est de ne pas savoir l’utiliser. Heureusement que le Gouvernement actuel et le Ministre Fwamba l’utilisent bien. Le Kinshasa Stock Exchange qui sera mis en place n’est pas un projet: c’est une infrastructure de puissance». Et le banquier Lionel Bombole: «Je partage l’idée que l’Eurobond peut être un instrument de puissance financière. Mais la réussite se mesurera à la traçabilité des fonds, à leur rendement économique, à la capacité de l’Etat à rembourser».

«Entre un comptable qui gère la pénurie et un gestionnaire qui lève les fonds pour accompagner le Président de la République dans sa vision de construction et de développement du pays, il n’y a pas photo», murmure-t-on au sein de l’Administration et à Limete.

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