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RDC: L’offensive de Tshisekedi, candidat à un nouveau mandat

C’est sous le label «indépendant» que Félix-Antoine Tshisekedi, président sortant, va briguer un second mandat. Il l’a officialisé le samedi 7 octobre en déposant son dossier de candidature à la Commission électorale nationale indépendante -CENI. Candidat sur la liste Union pour la démocratie et le progrès social -UDPS- en 2018, Félix Tshisekedi a décidé de s’élever au-dessus des couleurs politiques alors que l’Union sacrée de la nation -USN- l’avait aussi désigné comme son candidat au terme d’un Congrès tenu 6 jours plus tôt à Kinshasa. Cette décision de Tshisekedi va, selon certains analystes politiques, «permettre d’éviter les embouteillages politiques de son parti politique» et le placer «au-dessus de tous les partis politiques et regroupements membres de l’USN».

Au sortir des bureaux de la Centrale électorale après les formalités administratives, le candidat Tshisekedi a pris le costume d’un «guerrier» pour lancer des piques à certains de ses principaux challengers. Denis Mukwege et Moïse Katumbi ont particulièrement été pris pour cibles. D’entrée de jeu, le candidat Tshisekedi a mis en garde contre les «candidats de l’étranger» que le peuple devrait reconnaitre à «leur langage» truffé de «concepts venus d’ailleurs». Félix Tshisekedi a évoqué la «notion du genre», promue par Denis Mukwege et actuellement au centre de tous les débats, faisant un raccordement avec la notion d’orientation sexuelle et le mouvement LGBTIQ. Allant plus loin, Félix Tshisekedi a emprunté un des surnoms du médecin-gynécologue Mukwege, connu comme «réparateur des femmes». «Le Congo n’a pas besoin d’être réparé. Il n’est pas un véhicule ou un organe du corps humain», a tancé le président.

Autre cible de Tshisekedi, Katumbi est accusé de n’avoir pas pu «relever» la Société nationale de chemin de fer du Congo -SNCC- et d’avoir créé des sociétés privées. «Il y a des gens qui veulent postuler à la présidentielle, alors qu’ils ont même tué la SNCC. Ils ont été gouverneurs, mais n’ont pas été en mesure de doter Kolwezi, capitale mondiale du cobalt, d’un aéroport digne de ce nom», a poursuivi le Chef de l’Etat sortant.

La réplique des camps concurrents

Seulement, l’offensive du candidat Tshisekedi semble, pour les camps de ses adversaires, à la fois «malheureuse» et «impulsive». Bien avant cette sortie, le fils Mukwege a tenu à laver son père de toute démarche «contre-nature» en clarifiant ses propos. Alain Mukwege a rappelé la quintessence de la «notion du genre», telle que considérée par l’Etat RD-congolais qui «porte sur l’égalité des droits entre homme et femme, et pas à autre chose». Le fils de Denis Mukwege a également rappelé que son père est «pasteur». «Les droits d’égalité de chances garantissent aux filles et aux femmes le même accès à l’éducation, au travail et à la politique en RD-Congo», a martelé Alain Mukwege. Très vite, son combat a été pris à bras le corps par des femmes de tous bords, convaincues que rien ne saurait justifier toute démarche tendant à «décrédibiliser le travail accompli par le Dr. Mukwege».

Sur Twitter, une internaute a invité les femmes à ne pas se laisser «embrigader dans de telles choses au nom de la tribu», au risque d’insulter d’autres femmes car, dit-elle, «tout n’est pas permis». Pour Mukwege lui-même, les propos de Tshisekedi sont «malheureux, populistes et n’aident pas à la construction d’une nation». Le prix Nobel de la paix a rappelé son vécu de 40 ans en RD-Congo et au service des RD-congolais. «C’est malheureux, des gens qui vivent en Europe, qui vivent avec les subventions de l’assistance sociale et qui n’ont pas d’adresses au Congo, ils ont peut-être l’adresse de leurs pères mais on ne connaît pas leurs adresses physiques au Congo, puissent me traiter moi, qui vis au Congo d’être le Candidat des blancs. Je crois que le contraire serait vrai», a répliqué celui qui se considère désormais comme le plus congolais de tous les candidats.

Le candidat Tshisekedi et les attributions d’un gouverneur de province

A propos de la pique lancée contre son candidat, le camp Katumbi a regretté de constater qu’après 5 ans à la tête du pays, Félix Tshisekedi «pense toujours qu’un gouverneur est responsable de la santé d’une entreprise publique». Pour cette frange, comme pour la majorité d’analystes, Moïse Katumbi ne peut en aucun cas être mêlé dans la débâcle d’une entreprise «à caractère industriel et commercial, dotée d’une personnalité juridique».

Ces analystes ont rappelé que la SNCC est, aux termes de la Loi n°74/027 du 02 Décembre 1974 telle que complétée et modifiée en 1995 et 2002, une entreprise publique, relevant de la tutelle administrative du ministère de Portefeuille et de la tutelle technique du ministère des Transports. «Depuis quand un gouverneur est responsable de la réussite ou de l’échec d’une entreprise de l’Etat?», s’est interrogé un juriste. Toutefois, nuance un minier RD-conngolais, il faut dissocier le gouverneur Katumbi de ce temps-là de l’opérateur économique du même nom qui a existé avant et continue d’exister même après cessation de son mandat de gouverneur. «En tant qu’opérateur économique, il pouvait et peut initier une société des transports soumise aux mêmes règles et assujettie aux impôts comme toutes les autres», a-t-il expliqué.

Une chose demeure pour le moins sûre, Félix Tshisekedi, candidat à sa propre succession, a décidé de tirer à boulets rouges sur ses adversaires au lieu de brandir uniquement son bilan à la tête du pays. Dans ce jeu, les opposants, comme l’ont montré Katumbi et Mukwege, semblent également prêts à s’y prêter pour répondre là où ça fait mal. S’il y a un point dans lequel ils s’accordent, c’est «l’échec de la gouvernance» du Président sortant que l’Opposition veut renverser par les urnes. La campagne électorale qui s’ouvre dans 5 semaines, précisément le 18 novembre, s’annonce d’ores et déjà palpitante.

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