
Trois jours après l’opération historique d’eurobond, Kinshasa exulte et le gouvernement met en avant un tournant majeur. Devant la presse, le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, a livré, lundi 13 avril, une lecture politique, économique et stratégique de la levée de 1,25 milliard de dollars réalisée le 9 avril sur les marchés internationaux. Pour la République Démocratique du Congo, cette entrée fracassante est avant tout la consécration d’efforts et de réformes menés ces derniers mois. «Nous ne célébrons pas les 1,25 milliard USD levés… mais la crédibilité retrouvée de la RDC sur les marchés financiers internationaux», a insisté Doudou Fwamba, manifestant fierté et soulagement.
Face aux interrogations, l’argentier national a clarifié les enjeux: structurée en deux tranches -600 millions USD sur 5 ans à 8,75 % et 650 millions USD sur 10 ans à 9,5 %-, l’émission marque l’entrée officielle de la RD-Congo dans le cercle des États africains actifs sur les marchés internationaux de capitaux. «Ce que nous célébrons, c’est la reconnaissance du travail accompli (…) et l’amélioration du risque de crédit de la République Démocratique du Congo», a-t-il affirmé. Dans un contexte longtemps entaché d’une image de conflit et d’instabilité, l’opération symbolise une inversion de tendance: les investisseurs plébiscitent aujourd’hui les réformes engagées depuis 2019 sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi.
Au cœur du message de Fwamba: réformes, transparence et discipline budgétaire. «L’eurobond exige une grande transparence et une crédibilité élevées», a-t-il rappelé, se réjouissant du chemin parcouru et des efforts de gouvernance accomplis, notamment depuis son arrivée aux affaires. Près de deux ans après le lancement de ces chantiers, Kinshasa commence à récolter des fruits longtemps attendus. Cette levée confirme aussi que la RDC peut désormais respecter les règles du jeu financier mondial.
Sept projets structurants pour transformer la crédibilité en résultats
Le gouvernement inscrit cette émission dans une stratégie de financement à long terme visant à diversifier les sources, réduire la dépendance aux aides concessionnelles et allonger la maturité de la dette publique. Les fonds seront orientés vers des projets structurants à fort impact: transport, énergie, urbanisation et éducation.
Parmi les chantiers évoqués figurent la modernisation de la RN4 entre Kisangani et Beni, la réhabilitation de 300 km de voiries à Kinshasa, la construction d’une rocade autour de la capitale, le développement d’infrastructures énergétiques et la création de centres de formation.

Sept projets prioritaires ont été listés pour être financés par l’eurobond: la construction d’un nouveau terminal de 49 000 m² -capacités de 5 millions de passagers par an-, la réhabilitation et la modernisation de la RN4 -750 km- pour désenclaver les zones rurales, la réhabilitation de 300 km de voiries urbaines à Kinshasa, la construction d’une rocade de 31 km autour de la capitale avec échangeurs et ponts, le développement d’un réseau de lignes de transmission à 330 kV reliant la Zambie à la ceinture cuprifère de la RD-Congo, la construction d’une centrale hydroélectrique de 64 MW avec réseaux de distribution au Kasaï-Central, ainsi que la création de centres de formation professionnelle à Kisangani, Kinshasa, Mbuji‑Mayi et Lubumbashi.
Ambitions urbaines et retombées pour la population
Le ministre a même évoqué de grandes ambitions urbaines. «Il est temps que nos populations bénéficient des mêmes infrastructures modernes observées ailleurs», a-t-il déclaré, citant en exemple des projets de mobilité tels qu’un métro dans la capitale.
Doudou Fwamba a par ailleurs assuré que les effets de l’eurobond se feraient sentir concrètement : amélioration des infrastructures, création d’emplois, et renforcement des capacités du secteur privé congolais à accéder aux marchés internationaux.
Prudence et consolidation
Malgré l’enthousiasme, le gouvernement appelle à la prudence. Kinshasa ne souhaite pas brûler les étapes: cette première émission est le fruit de mois de préparation, notamment via des roadshows à Londres, Paris et New York. Pour Fwamba, il s’agit surtout du début d’un processus dont les bases sont désormais posées et qu’il faudra consolider.
Plus qu’une simple opération financière, cette levée marque la rupture avec un passé qui pesait sur la réputation du pays et place Kinshasa comme un acteur crédible sur la scène économique internationale. Reste à transformer cet élan en projets visibles et en développement durable pour les Congolais.
WIDAL
