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RDC: le silence de Kamitatu après la charge de Diakiese contre Katumbi interroge

C’est un silence remarqué à Lubumbashi comme à Kinshasa. Fin juillet, Moïse Katumbi est intervenu personnellement pour mettre fin à l’escalade entre deux de ses proches collaborateurs: son directeur de cabinet et porte-parole, Olivier Kamitatu, et son conseiller spécial, Salomon Kalonda. La consigne du président d’Ensemble pour la République est alors claire: retour au calme et examen des différends au sein des instances statutaires. L’instruction est, dans un premier temps, respectée. Aucune des deux parties ne s’exprime publiquement. Mais la rupture intervient par un troisième acteur.

Hervé Diakiese Kyungu, porte-parole officiel du parti, qui se présente publiquement comme le filleul politique d’Olivier Kamitatu, prend la parole sur une chaîne YouTube, avant de relayer lui-même sa déclaration sur le réseau X: «Quiconque manquera de respect à Olivier Kamitatu, y compris Moïse Katumbi, n’aura plus une considération de ma part». La formule, qui place sur le même plan le directeur de cabinet et le président du parti au nom de la défense du premier, constitue une entorse inédite à la hiérarchie partisane. Cette prise de parole viole, dans les faits, les ordres du président.

Une suspension prononcée par le Directoire

Cette intervention vaut à son auteur une suspension temporaire prononcée par le Directoire, instance dirigeante du parti. L’information a été confirmée par le secrétaire général, Dieudonné Bolengetenge, lors d’un Space organisé par le journaliste Stanis Bujakera le week-end dernier.Bolengetenge y rappelle la procédure: les différends doivent faire l’objet d’un rapport écrit adressé au secrétariat général, avec copie au président et au Directoire, et non de déclarations publiques. Il indique que les cadres «qui se saisissent du dossier» et «versent dans la polémique» font l’objet d’un recensement et que, pour les cas les plus flagrants, «les sanctions vont tomber».

Un rapport transmis après coup 

C’est après l’annonce de cette sanction que Kamitatu transmet à son tour son rapport au secrétaire général. Un document de trente-cinq pages, dont les grandes lignes ont pu être consultées, dans lequel il demande au Directoire d’entendre les deux camps et d’établir les responsabilités sur l’ensemble des messages et campagnes ayant précédé la médiation de Moïse Katumbi. Il y suggère, sans en apporter la preuve, que certains médias auraient pris part à une campagne à son encontre en raison de leur proximité supposée avec Kalonda. Une position que ses contradicteurs jugent paradoxale: «Kamitatu assure ne pas être l’auteur ni le commanditaire des publications du site Congo Confidentiel, qu’il reconnaît lui-même comme étant à l’origine de la crise, tout en attribuant aux autres cadres la paternité d’articles parus dans quelques journaux sur ce même feuilleton». Sur le fond, la séquence pose une question institutionnelle.

En tant que directeur de cabinet et porte-parole du président, Olivier Kamitatu est statutairement le gardien de l’autorité de ce dernier. Dans la tradition des partis de cette nature, lorsqu’un proche revendiqué s’en prend publiquement au président en son nom, un désaveu est attendu. A ce stade, aucun n’a été formulé. Ni dans la correspondance transmise au secrétaire général, ni sur son compte X, ni nulle part ailleurs. Le cas est d’autant plus sensible que Kamitatu n’est pas un cadre ordinaire. C’est l’homme qui organise le cabinet de Moïse Katumbi, en filtre l’accès et en structure la parole publique.

Le fait qu’il n’ait pas réagi à la mise en demeure adressée par son protégé à celui qu’il est censé représenter, puis qu’il ait transmis son rapport seulement après que le Directoire a sanctionné ce même disciple, est relevé par plusieurs membres du Directoire comme une duplicité. Au sein de l’instance, l’enjeu n’est désormais plus de déterminer l’origine du différend entre Kamitatu et Kalonda. Il est de savoir comment le directeur de cabinet entend assumer la responsabilité politique qui découle de cette attaque frontale contre Katumbi, intervenue après une médiation présidentielle, et de la chronologie qui a suivi.

Faute de clarification, l’apaisement souhaité par Moïse Katumbi pourrait rester formel, tandis que le rapport de trente-cinq pages serait perçu, au sein d’une partie de l’appareil, moins comme une contribution au débat interne que comme une tentative de relativiser, après coup, une faute déjà sanctionnée par le Directoire, et susceptible d’être alourdie pour indiscipline.

Tino Mabada

Doyen de la rédaction, Tino Mabada en est également le couteau suisse. Attaché à la rigueur journalistique, il suit avec une attention particulière les enjeux liés à la gouvernance, à la justice et à la vie publique. À travers ses reportages et ses analyses, il s'attache à fournir une information claire, contextualisée et fiable, contribuant ainsi à la mission d'AfricaNews : offrir une information crédible, vérifiée et sans filtre.

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