
Alors que la crise entre le Président Félix Tshisekedi et son prédécesseur, Joseph Kabila, tend vers son paroxysme, la Belgique, à travers son vice-Premier ministre belge en charge des Affaires étrangères et de la Coopération au développement, Maxime Prévot, tente d’éteindre le feu.
Le dossier de l’ancien Président de la République, accusé par son successeur d’être le «vrai commanditaire» de l’Alliance fleuve Congo -AFC-, mouvement rebelle qui a coalisé avec le M23 pour combattre les institutions en place, a été évoqué lors des échanges, lundi 28 avril 2025 à la Cité de l’Union africaine de Kinshasa, entre Tshisekedi et Prévot. C’est ce qu’a confirmé le patron de la diplomatie belge à la conclusion, mardi 29 avril 2025 à Kinshasa, de sa tournée de trois étapes dans les Grands lacs.
Ses échanges avec le Président Tshisekedi ont eu lieu alors que Joseph Kabila, depuis le 19 avril dernier, fait l’objet des poursuites judiciaires sur instruction du ministre d’Etat RD-congolais en charge de la Justice, Constant Mutamba. Ce dernier a en outre décidé de la saisie de tous les biens du Raïs pendant que certains cadres du PPRD, parti de Kabila, ont plus d’une fois été convoqués par la justice militaire pour être entendus sur des faits de complicité présumée visant la déstabilisation des institutions.
Pour Prévot, au-delà des initiatives régionales et internationales, un «dialogue national» est nécessaire pour résoudre la question sécuritaire dans l’Est et favoriser une paix durable. Ce dialogue national, Bruxelles le veut le plus inclusif pour décrisper le climat politique en mettant notamment fin à l’exil forcé de certains leaders de l’Opposition comme Joseph Kabila ou encore Moïse Katumbi, et à la détention d’autres acteurs estampillés «prisonniers du régime».
«J’ai plaidé pour qu’on puisse avoir l’assiette la plus large possible des participants politiques à cette volonté d’un dialogue national pour pouvoir en maximaliser les chances de résultats positifs», a dit le VPM belge des Affaires étrangères lors d’une conférence de presse mardi à Kinshasa. Il a assuré que son plaidoyer a favorablement été accueilli par le Président de la République, Félix Tshisekedi, qui a «manifesté clairement sa volonté d’être dans une démarche la plus inclusive possible».
Le chef de la diplomatie belge apparait convaincu que le «dialogue national -va constituer- un adjuvant de la résolution des conflits, de la pacification de l’ensemble du territoire RD-congolais». Partant de cette conviction, il a invité son hôte, Félix Tshisekedi, à avoir «une attention réservée et une écoute» au Pacte social pour la paix et le bien vivre ensemble dans la région des Grands lacs, initiative des églises catholique et protestante qui peine à intéresser l’administration Tshisekedi.
Prévot a dit avoir demandé à Tshisekedi d’accorder une audience aux responsables de ces deux confessions religieuses, estimant que leur initiative est à même de «consolider ce dialogue national en maximisant les différentes forces politiques en présence autour de la table». Dans l’optique de baliser la voie pour la conclusion de ce pacte social, les responsables religieux ont rencontré divers acteurs politiques RD-congolais: du Président de la République aux grosses pointures de l’Opposition en passant par certains acteurs clés de la Société civile. Ils ont aussi été chez les Présidents de différents pays de la région des Grands lacs et dirigeants des autres nations impliquées dans la résolution du conflit entre la RD-Congo et le Rwanda.
«Des messages forts ont aussi été adressés à l’attention des autorités RD-congolaises parce que si nous sommes persuadés que la priorité doit être portée à la résolution du conflit armé par une réponse régionale et internationale, nous sommes aussi conscients qu’il est important que des signaux soient donnés et qu’un dialogue national soit nourri dans les frontières de la RD-Congo. J’ai pu exhorter le Président de la République à donner ces signaux», a confié Prévot.
Peu avant que le VPM belge en charge des Affaires étrangères ne foule le sol kinois, la RD-Congo et le Rwanda, en conflit depuis la résurgence de la rébellion du M23, soutenue par l’armée rwandaise, ont signé, sous la houlette des Etats-Unis, une déclaration de principes devant servir de soubassement pour la conclusion d’un accord visant à promouvoir la paix et le développement économique dans la région des Grands Lacs.
Parallèlement à la signature de cette déclaration de principes, les délégués du gouvernement RD-congolais et ceux de la coalition rebelle AFC-M23 tiennent, à Doha au Qatar, des négociations directes qui sont sur le point de déboucher sur «la conclusion d’une trêve», à en croire une déclaration conjointe lue récemment sur les antennes de la RTNC. Ces actions ont été précédées par la nomination du Président togolais, Faure Gnassingbé, pour piloter les processus fusionnés de Luanda et de Nairobi en qualité de médiateur de l’Union africaine dans le conflit entre la RD-Congo et le Rwanda.
A la faveur de sa visite à Kinshasa, le vice-Premier ministre belge en charge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a redit son «soutien aux divers processus de médiation en cours pour mettre fin à la tragédie dans l’Est et à toute initiative de dialogue visant à renforcer la cohésion nationale et le respect des principes démocratiques et républicains par tous les acteurs».
Il a par ailleurs révélé qu’avec le Président Tshisekedi, ils ont évoqué «la nécessité de renforcer la gouvernance, la lutte contre la corruption et les défis socio-économiques». Il a fait part à son hôte du «souhait de la Belgique de renforcer la coopération bilatérale -avec la RD-Congo- sur base d’un climat des affaires consolidé qui permettrait de revigorer encore les échanges économiques».
