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RDC : Le décor se plante pour un dialogue

Agressée pour la seconde fois par le Rwanda, la RD-Congo est à un tournant décisif de son histoire. La classe politique RD-congolaise, les institutions de la République ainsi que toutes les forces vives de la nation sont mobilisées et leurs yeux rivés sur les provinces occupées notamment une grande partie du Nord-Kivu avec l’invasion de sa capitale provinciale Goma, avec environ 1 million d’habitants, et une petite portion du Sud-Kivu notamment la cité de Minova, dans le territoire de Kalehe frontalier à celui de Masisi, dans le Nord-Kivu. Le bilan provisoire fait par le gouvernement RD-congolais est lourd: plus de 2000 morts connus enterrés sans compter ceux inhumés  clandestinement dans des charniers. A la demande du Président de la République, une session extraordinaire s’est ouverte mardi 4 janvier au Parlement RD-congolais au Palais du peuple.

Au niveau de l’Assemble nationale, Vital Kamerhe, président de cette Chambre parlementaire, a été tranchant dans ses propos, appelant à la responsabilité et à l’engagement des élus nationaux et fustigeant le complot international ourdi contre le pays. «Vous savez d’abord combien est la détermination du Président de la République d’en découdre avec les ennemis. Il vous dit maintenant: je voudrais que vous m’apportiez des contributions sur les volets politique et diplomatique. Il faut qu’on vous fasse un dessin sur ça?», a déclaré d’entrée le speaker de la Chambre basse du Parlement. Dans une démarche pédagogique, Vital Kamerhe a indiqué que le souhait ardent du Chef de l’Etat est de protéger les vies humaines.

«Le Président de la République veut épargner les vies humaines. Nous voulons frapper les agresseurs, ils ne sont pas seuls. Il y a derrière eux des puissances là où ils sont faibles», a fustigé Kamerhe, soulignant que «nous continuons cette guerre comme ça de gauche à droite et le temps n’est pas en notre faveur». «Nous sommes devant un complot où on veut la balkanisation de la RD-Congo. Nous passons notre temps à parler ici et on va se réveiller nous sommes en fait, comme à un certain moment où nous étions un Parlement de Kinshasa qui siégeait à Lubumbashi. Il y avait des gens qui dirigeaient Gbadolite jusqu’à Kisangani, les autres dirigeaient Ituri-Goma jusqu’au Tanganyika-Kabinda», a-t-il rappelé avec insistance. Kamerhe a invité ses collègues à demander et à interroger le passé et surtout ceux qui ont mené des négociations à l’ONU.

«Gaspard Ngondankoy sait très bien combien nos frères ont été jetés dans la rivière Tshopo, à la suite des affrontements entre les armées rwandaises et ougandaises», leur a-t-il rafraîchi la mémoire. Puis: «Vous savez combien nous avons souffert au Conseil de sécurité: She Okitundu, le Général Etumba, Yerodia Ndombasi, Kikaya bin Karubi et moi-même pour obtenir 15 résolutions, s’il vous plaît, avec l’aide de la France parce qu’on parlait de forces non invitées. On a cité le Rwanda et l’Ouganda comme agresseurs seulement quand ils se sont battus dans la ville martyr de Kisangani, je pense avec la Résolution 1503. Avant tout ce temps-là, on nous considérait au même titre que les agresseurs», a regretté Kamerhe.

Non à la répétition de l’histoire

Le speaker de l’Assemblée nationale appelle les députés à la prudence et au discernement. «Je ne voudrais pas que cette situation revienne quand nous avons une ministre des Affaires étrangères qui se bat seule là-bas au Conseil de sécurité -de l’ONU- et qui a réussi à arracher une condamnation. C’est à nous maintenant, l’Assemblée nationale, par notre travail, de déboucher sur des sanctions», a-t-il souligné, mettant en avant plan l’attente du Chef de l’Etat.

«Le Président de la République veut des sanctions. De 1. Et de 2, le Président veut négocier si vous voulez, mais pas vendre le Congo. La seule négociation qui vaille c’est que le Rwanda se retire de la RD-Congo, qu’on respecte la Charte de l’ONU, même de l’Union africaine -UA- et les organisations sous régionales. Mais il faut y mettre de l’intelligence», a suggéré Kamerhe. Il a souhaité qu’avant qu’on puisse former une Commission spéciale, qu’on «rappelle l’article 50 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale homme ça nous allons nous mettre tous d’accord».

Comme son collègue de l’Assemblée nationale aux députés, le speaker du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, a annoncé mardi la mise sur pied d’une Commission mixte Assemblée nationale-Sénat pour «réfléchir sur des stratégies diplomatiques et politiques de sortie de crise». Le décor se plante pour un dialogue.

Implication des pères spirituels 

Pour leur part, la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO- et l’Eglise du Christ au Congo -ECC- ont entrepris de travailler pour obtenir la cohésion nationale et une sortie de crise. Ils ont démarré les consultations, depuis lundi 3 février, à travers les échanges avec le Président de la République sur la nécessité de renforcer la cohésion nationale. «Ces entretiens avec les acteurs clés de la RD-Congo vont précéder un grand forum sur les grandes questions du pays, principalement les solutions pour mettre fin à la crise sécuritaire dans la partie est du pays», a déclaré le porte-parole de l’ECC, le Pasteur Eric Senga. L’opinion doit retenir que l’ECC et la CENCO initient une série de consultations avec les acteurs clés de la RD-Congo, à savoir: la majorité comme l’opposition sans oublier la Société civile.

A en croire le Pasteur Eric Senga, la délégation de deux Églises sœurs s’est officiellement lancée dans les consultations avec des personnalités politiques RD-congolaises dans le cadre de leur démarche visant à conclure un pacte social pour la paix et le bien vivre ensemble en RD-Congo et dans la région des Grands lacs. Le duo a présenté le mardi 4 février 2025 sa démarche à Martin Fayulu, président de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement -ECIDE-, un des principaux membres de l’Opposition politique. Selon le pasteur Nsenga, l’opposant politique Fayulu a accueilli «avec intérêt cette initiative en faisant des observations de fond et des contributions. Nous sommes sortis d’ici avec un consensus clair sur l’intérêt qu’il y a à construire la cohésion nationale».

L’ECC et la CENCO vont continuer leur périple et le plus important pour elles est que les préparatifs pour le grand forum où les RD-Congolais vont s’asseoir pour réinventer leur avenir commun par des mécanismes qui leur sont propres. Le tandem met en exergue les valeurs de «Ubuntu» pour que cette crise qui a autant duré prenne fin. La CENCO et l’ECC espèrent à une adhésion massive des RD-Congolais à cette démarche pour le pacte social pour la paix au pays et la construction de la cohésion nationale. Une démarche que l’ECIDé a salué via un communiqué pondu par son secrétaire général, Devos Kitoko, le même mardi, à l’issue de la rencontre Fayulu-duo ECC-CENCO.

Ambiance chez Fatshi

La veille, lundi 3 février, dans ses bureaux de la Cité de l’Union africaine, le Président de la République Félix Tshisekedi s’était entretenu avec une délégation conjointe de la CENCO-ECC conduite par le Cardinal Fridolin Ambongo, en réponse à une demande d’audience écrite lui adressée le week-end dernier. «Cette délégation conjointe était constituée de Monseigneur Fulgence Muteba, Archevêque de Lubumbashi et président de la CENCO; du Révérend Pasteur André Bokondoa, président de l’ECC; de Monseigneur Donatien Nshole, Secrétaire général de la CENCO, et du Révérend Eric Nsenga, Secrétaire général de l’ECC», a rapporté la Présidence de la République.

À l’issue de cet entretien de plus d’une heure, Mgr Donatien Nshole avait indiqué que cette audience procède d’une démarche entamée par les Églises catholique et protestante sur «la nécessité de renforcer la cohésion nationale dans notre pays, un besoin devenu plus pressant», selon ses propres termes. «Les deux Églises ont pris l’initiative de concevoir ce projet de sortie de crise que nous avons présenté ce jour au Chef de l’État. Il l’a reçu avec beaucoup d’attention; il l’a beaucoup apprécié et nous a encouragé. C’est un projet louable», a fait savoir le porte-parole de la CENCO.

Les chefs religieux de la CENCO et de l’ECC ont dit avoir été encouragés dans leur démarche par l’appel du Chef de l’État à l’Église catholique d’être au milieu du village et d’approcher les uns et les autres pour parler. Interrogé sur le contenu de ce projet, Mgr Nshole s’est abstenu de livrer les détails réservés au Chef de l’État. Il s’est limité à affirmer que «ce projet permet de sortir de la crise sans bain de sang». Pour sa part, le Cardinal Ambongo a lancé un message de compassion à l’endroit de la population de l’Est du pays.

«Nous sommes troublés comme pasteur par la situation que vivent actuellement nos frères et sœurs à l’Est du pays. Nous n’arrivons pas à comprendre qu’est-ce que ces gens ont fait pour mériter un traitement aussi indigne de l’être humain et qui dure depuis trois décennies», a signifié le Cardinal Ambongo. Et d’ajouter: «pour nous, c’est incompressible. Voilà pourquoi nous, comme pasteurs, tout en prenant notre responsabilité à aller vers les uns et les autres pour chercher des solutions, nous voulons d’abord exprimer notre compassion, notre proximité et aussi notre solidarité envers nos frères et sœurs, qui vivent à Goma, Bukavu, Beni et Butembo, affectés par cette situation».

Puis encore: «Nous leur disons courage. Vous n’êtes pas seuls, vous êtes toujours au cœur de nos prières, de nos préoccupations dans l’espérance de la foi de nos convictions religieuses. Nous prenons notre responsabilité pour voir comment trouver ensemble une solution», a conclu le prélat catholique. Sur le même sujet, le Secrétaire général de l’ECC a repris les propos de son collègue de l’Église catholique. À cette étape des événements, les deux églises ont estimé qu’il est important d’amener des propositions concrètes susceptibles de créer un consensus national.

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