
Monseigneur Donatien Nshole, Secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo -CENCO-, tire un premier bilan des rencontres qui ont été menées ensemble avec l’Eglise du Christ au Congo -ECC-, dans le cadre de leur initiative d’un pacte social pour la paix dans l’Est de la RD-Congo, actuellement en proie à la guerre imposée par le Rwanda via la rébellion de l’AFC/M23 qui occupe aujourd’hui les villes de Goma et Bukavu, ainsi que plusieurs autres localités du Nord et Sud-Kivu. Dans une interview accordée à la Radio France internationale -RFI-, mercredi 19 février dernier, Monseigneur Donatien Nshole est d’abord revenu sur le sens de leur démarche qui, selon lui, vise en premier lieu à obtenir la fin de crépitements des armes. Ensuite, ramener les RD-Congolais autour d’un pacte social pour la paix et le vivre-ensemble.
«Il faut que les RD-Congolais se mettent d’accord sur la façon de vivre en paix avec le voisin en tenant compte des intérêts des uns et des autres. Notre démarche vise également à offrir au pays la matrice de la gouvernance qui pourra garantir le bien-être de la population RD-congolaise qui devra vivre dignement. C’est cela, notre plus grand souci en tant que pasteurs», a-t-il souligné.
Parlant de leur rencontre avec Corneille Nangaa à Goma en début de la semaine dernière, Mgr Donatien Nshole a indiqué qu’il était nécessaire de prendre langue avec le chef de la rébellion AFC/M23 car, pour la CENCO et l’ECC, la solution militaire n’en est pas une.
«L’idéal serait que les RD-Congolais s’assoient autour d’une table et qu’ils trouvent un consensus national autour de leurs différends plutôt que de s’engager dans une voie qui fait autant de morts, et de pertes non seulement en vies humaines, mais aussi en termes de destruction des infrastructures nécessaires pour le développement du pays», a fait savoir Mgr Donatien Nshole. Et de préciser: «nous sommes allés convaincre Corneille Nangaa et ses proches de la nécessité d’un dialogue, et ils ont été ouverts à l’initiative. Ils ont promis d’envoyer leur cahier des charges assorti des conditions pour participer à ce dialogue. Pour nous, c’était déjà une ouverture. C’est la même démarche qu’on a faite auprès des autres acteurs sociaux-politiques du pays pour le même objectif».
Pour ce prélat catholique, le souhait de la CENCO et l’ECC est d’arrêter les combats sur le terrain. «Ça nous inquiète qu’on continue encore à se battre et que du côté de Kinshasa, il y ait encore aussi des voix qui parlent en termes de résistance, en termes militaires, ça, vraiment, ça nous décourage. Pour arriver à une solution pacifique comme nous la proposons, il faut des signaux de part et d’autre. Il faut vraiment un engagement formel et de la part du M23 et de la part de Kinshasa. Il ne faudrait pas que le M23 considère que ce qu’on leur demande, c’est pour laisser le temps à l’autre camp de s’organiser. Il ne faudrait pas que de l’autre côté de Kinshasa, on considère les négociations comme une faiblesse. Non. La guerre n’est vraiment pas une solution pour nous», a-t-il insisté. La démarche de la CENCO et l’ECC semble inclusive, du fait qu’elle intègre l’AFC/M23 dans le dialogue voulu. «On ne peut pas le mettre de côté. Corneille Nangaa et les autres sont des RD-Congolais. Ils ont pris les armes et doivent expliquer aux autres RD-Congolais, pourquoi et ce qu’il faudrait faire pour trouver des solutions sans la guerre», a-t-il indiqué.
Dans cette initiative de la quête de la paix dans l’Est, la délégation CENCO-ECC a également consulté plusieurs figures de l’opposition politique RD-congolaise, notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi ainsi que des émissaires de l’ancien Chef de l’Etat Joseph Kabila. A en croire Mgr Nshole, ces derniers sont tous favorables à un dialogue, mais à certaines conditions. «Nous sommes en train de recueillir justement les avis des uns et des autres. Nous allons proposer quelque chose tenant compte de la réalité et des avis des uns et des autres. C’est à ce moment que l’on verra les vraies intentions des uns et des autres», a-t-il fait savoir.
Kagame encourage l’initiative pastorale, Ruto réceptif
«D’abord, l’écoute. Il nous a écoutés. Il nous a donné suffisamment de temps. Il a encouragé l’initiative pastorale, pour reprendre ses mots, là où les politiciens n’ont pas réussi à trouver une solution. Et il a promis son implication dans tout ce qui va dans le sens du dialogue, pour qu’on en finisse avec ce conflit. Nous allons proposer quelque chose tenant compte et de la réalité et des avis des uns des autres. C’est en ce moment-là qu’on verra les vraies intentions des uns et des autres», a renseigné Monseigneur Nshole sur leur rencontre avec le Président rwandais. Lui aussi rencontré, le Président du Kenya William Ruto et président en exercice de la Communauté d’Afrique de l’Est, s’est montré positif à l’idée d’un dialogue pour la paix au niveau du pays. «Au niveau national, nous espérons, avec la bonne volonté des acteurs sociopolitiques, arriver à un consensus qui sera la voix de la RD-Congo par rapport à la gouvernance interne, mais aussi par rapport aux relations avec le voisin. Et pour cela, la dynamique nationale a besoin de l’appui de la sous-région. Donc concrètement, après le consensus qui sera dégagé, ce ne sera plus la voix du Président Tshisekedi qui sera entendue, mais celle des RD-Congolais unis. Ça aura déjà un autre poids. Et la communauté politique sous-régionale devra en tenir compte pour voir comment intégrer ça dans les pourparlers de la sous-région», a expliqué Monseigneur Nshole. Et de conclure: «l’idéal pour nous, c’est qu’on obtienne à la fin une conférence internationale pour la paix en RD-Congo, dans les Grands Lacs». Depuis plusieurs semaines, la situation sécuritaire dans la partie Est de la RD-Congo ne cesse de se détériorer. Après la chute de Goma et Bukavu, les rebelles de l’AFC/M23 soutenus par le Rwanda, poursuivent leur avancée vers Uvira malgré les initiatives diplomatiques en cours.
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