
À Singapour, la République Démocratique du Congo sort du discours pour afficher des résultats vérifiés REDD+ et un cadre réglementaire opérationnel. Mission: attirer des capitaux privés sur un marché carbone à haute intégrité. En marge d’Innovate4Climate 2026, la République Démocratique du Congo a mis sur la table ses forêts, ses tourbières et sa stratégie. À huis clos, la Banque mondiale et Kinshasa ont réuni un cercle restreint d’investisseurs et de décideurs pour une rencontre de haut niveau sur «les possibilités d’engagement climatique grâce à des marchés du carbone à haute intégrité».
La ministre de l’Environnement, du Développement Durable et de la Nouvelle Économie du Climat, Marie Nyange Ndambo, a porté la voix du pays. Objectif: démontrer que le pays passe du discours à l’action et qu’elle est prête à monétiser son capital naturel sans brader son intégrité environnementale.
Des résultats concrets à faire valoir
Le message est chiffré. Kinshasa présente des avancées mesurables dans la réduction des émissions liées au déboisement via ses programmes REDD+ territoriaux. Le programme de Mai-Ndombe affiche désormais des réductions d’émissions vérifiées et disponibles sur le marché.
Pour encadrer cette montée en puissance, le gouvernement a structuré son architecture institutionnelle. L’Autorité de Régulation des Marchés du Carbone, l’ARMCA, dirigée par Guy Nsimba Bissimpi, est désormais opérationnelle. Sa feuille de route: garantir la transparence, l’intégrité environnementale et la conformité aux standards internationaux. Un signal fort envoyé aux investisseurs méfiants des marchés carbone opaques.
«Nous avons les forêts, il nous faut les financements»
Face aux experts et aux représentants gouvernementaux, Marie Nyange a posé le diagnostic sans détour. «La question climatique touche le monde entier. Nous devons unir nos efforts et nos ressources pour lutter contre ce phénomène», a-t-elle lancé. Elle rappelle que le pays détient plus de 70 % des forêts du bassin du Congo, 50 % de l’eau douce d’Afrique, une biodiversité exceptionnelle et 67 % des tourbières du continent. Des actifs naturels qui régulent le climat mondial. Le paradoxe, selon elle, est financier. «Nous avons ces ressources, mais nous n’avons pas les finances. Pour développer le marché carbone, on a besoin de ressources financières. Au-delà des aspects techniques, on a besoin d’argent». La ministre plaide pour un multilatéralisme actif: transfert d’expertise, appui technologique et capitaux privés. «Il est très important que nous ayons la collaboration des pays, des institutions internationales et surtout des privés qui peuvent apporter des ressources financières et des connaissances pour accompagner ce processus».
Un signal pour les investisseurs
La rencontre, modérée par Climate Focus, a réuni également Martine Mbombo Badibanga Kamunga, point focal national de la CCNUCC, aux côtés de la ministre. L’enjeu est clair: transformer le potentiel forestier national en flux financiers crédibles, traçables et bénéfiques aux communautés locales.
Avec cette sortie à Singapour, Kinshasa cherche à se positionner comme un acteur crédible du marché carbone à haute intégrité. Le pays mise sur ses résultats vérifiés et un cadre réglementaire naissant pour attirer des capitaux qui, jusqu’ici, contournaient l’Afrique centrale.
Reste à convaincre que le gouvernement peut tenir la promesse de la transparence. Sur ce terrain, l’ARMCA sera jugée à l’aune des premiers contrats signés.
Natine K.