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RDC: la Réserve stratégique générale négocie un crédit FPI pour passer à la transformation

Ce n’est pas une réunion de routine entre administrations. Mercredi matin, au siège du Fonds de promotion de l’industrie -FPI-, à Kinshasa, André Nyembwe Musungaie, directeur de cabinet du président chargé des questions économiques, et Serge Mulumba Katchy, coordonnateur de la Réserve stratégique générale -RSG-, sont venus négocier un crédit. Objectif: financer le stockage des carburants et lancer la transformation des produits agricoles, à commencer par les céréales.La RSG, service rattaché à la présidence, amorce ainsi un virage. Longtemps cantonnée à la constitution de stocks de sécurité, elle se lance dans la construction d’unités industrielles. Quatre villes sont ciblées dans un premier temps: Kinshasa, Lubumbashi, Kolwezi et Kananga. Chacune doit accueillir une usine de transformation des produits agricoles et une unité de stockage de produits pétroliers. 

«Les céréales et les carburants sont considérés comme des produits stratégiques dont le pays doit disposer en grande quantité», rappelle un cadre du FPI. La République Démocratique du Congo importe encore près de 60% du maïs consommé dans les centres urbains du sud, selon le ministère de l’agriculture. Quant aux carburants, les ruptures d’approvisionnement restent chroniques à l’intérieur du pays, où le litre d’essence peut atteindre 7 000 francs congolais, contre 3 500 à Kinshasa.

«Revanche du sol sur le sous-sol»  

Pour Serge Mulumba Katchy, l’opération s’inscrit dans la «vision du président Félix Tshisekedi»: créer 150 000 emplois via la RSG. «Le crédit sollicité sera remboursé conformément aux engagements et aux échéances, car les deux produits ciblés sont rentables et indispensables dans la vie d’une nation», assure le coordonnateur. Au FPI, l’approche séduit. Son directeur général, Hervé Claude Batukonke, salue «la nouvelle approche de la Réserve stratégique qui met aujourd’hui l’accent sur la transformation, synonyme de création de chaînes de valeur et d’industrialisation du pays». L’établissement public, alimenté par une taxe parafiscale sur les importations, est l’un des rares guichets capables de décaisser des prêts à long terme pour l’industrie locale.

Les deux institutions veulent aller vite. «Les experts des deux parties vont travailler d’arrache-pied dans un délai relativement court en vue de produire des résultats tels que voulus par le président Félix Tshisekedi, conformément à sa vision de la revanche du sol sur le sous-sol», indique le compte rendu de la réunion.

De la réserve à l’usine

  La mutation de la RSG illustre une tendance plus large: faire des structures étatiques des opérateurs économiques. Créée pour garantir la sécurité d’approvisionnement en cas de crise, la Réserve disposait jusqu’ici d’entrepôts, rarement de capacités de transformation. Le passage à l’industrialisation suppose une ingénierie financière et technique nouvelle. Reste la question du modèle économique. Le FPI prête généralement à des taux bonifiés, mais exige des garanties. La RSG, elle, n’a pas de bilan commercial public. Ses revenus proviendraient de la revente des stocks stratégiques et, demain, des produits transformés.  Le choix des quatre villes n’est pas par hasard.

Kinshasa, capitale de 17 millions d’habitants, est le premier marché de consommation. Lubumbashi et Kolwezi, cœurs du Katanga minier, concentrent une demande solvable en produits alimentaires et en carburant pour les mines. Kananga, au Kasaï-Central, est enclavée: le sac de maïs y coûte 60 000 francs, contre 150 000 à Mbuji-Mayi, à 185 km, faute de route praticable. Une usine locale réduirait la dépendance aux importations zambiennes. En misant sur les céréales, la Présidence cible aussi un impératif politique. La hausse des prix alimentaires a nourri la grogne sociale en 2023 et 2024. Maîtriser la chaîne, de la production au stockage, devient un enjeu de stabilité. Aucun montant ni calendrier n’a filtré à l’issue de la rencontre. Mais le signal est clair: la Réserve stratégique veut sortir des hangars pour entrer dans l’usine.

YA KAKESA

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