
Pour l’An 1 du gouvernement Suminwa II, la stratégie était limpide: préférer la preuve par les chiffres aux discours. C’est le sens du grand oral «Redevabilité – Où va l’argent de l’État?», organisé sur la RTNC à l’initiative du ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya.Face aux journalistes Willy Kalengayi et Elysée Odia, le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, est arrivé armé de ses graphiques. L’exercice devait clore la controverse sur les eurobonds. Il s’est mué en plaidoyer méthodique pour une dette utile.
La leçon d’économie
D’emblée, l’argentier plante le décor. À 55 ou 60% de dette sur PIB en moyenne dans la SADC, la République Démocratique du Congo affiche 20,4%, y compris après son incursion sur le marché international. Le service de la dette représente moins de 10% des recettes internes. «Nous avons des moyens. Il est révoltant d’avoir cette marge et de ne pas agir pour le pays», assène-t-il. L’opération eurobond, explique-t-il, ne relève pas d’une fuite en avant mais d’une triple ambition: asseoir la crédibilité financière du pays, établir une courbe de taux souveraine -cette carte d’identité sur les marchés- et se financer à moindre coût. À l’appui: le taux des Bons du Trésor intérieurs, passé de 10% à 8% après l’émission. Emprunter dehors pour emprunter moins cher dedans: l’équation est posée.
L’héritage empoisonné de juin 2024
Le ministre rappelle surtout le point de départ. Juin 2024, prise de fonction de Suminwa I: 23% d’inflation, 24% de dépréciation du franc congolais face au dollar, un déficit courant supérieur à 3% et 5,5 milliards de dollars de réserves. Un pouvoir d’achat exsangue. Quinze mois plus tard, les indicateurs ont basculé.
L’inflation est revenue de 23,8% à 11,7% fin 2024, puis sous 7% en septembre 2025. En glissement annuel, elle s’établit à 2,3%, un niveau inédit depuis la parenthèse 2012-2014. Une décrue qu’il attribue au tandem avec la Banque centrale du Congo -BCC- et à la stabilisation du franc entre juin 2024 et septembre 2025. «Ce type d’inflation n’arrive pas tous les dimanches», glisse-t-il.
La dette comme levier
Reste la question centrale: à quoi bon s’endetter? À financer ce que Fwamba nomme les «assiettes économiques». D’abord la route. Dans un pays-continent de 2,3 millions de km2, où le transport absorbe jusqu’à 40% du prix final des produits agricoles, l’enclavement est une taxe invisible prélevée sur le paysan. Relier le Kasaï, le Kwilu ou le Haut-Lomami à Kinshasa et Lubumbashi, c’est baisser les prix, unifier le marché intérieur et s’attaquer au chômage des jeunes. L’énergie, l’eau et les corridors logistiques complètent l’édifice.
Chaque kilomètre d’asphalte devient un multiplicateur d’emplois.Pour en financer l’ambition, le ministre revendique un socle de réformes: généralisation de la télédéclaration de la TVA, meilleure mobilisation de l’IPR, réforme de la subvention pétrolière, renforcement de la DGRAD et facture normalisée. «La mobilisation mensuelle de la TVA est passée d’environ 280 milliards à plus de 320 milliards de francs», avance-t-il. Prochaines étapes: l’interconnexion des régies et la création d’un entrepôt de données fiscales. Les moyens suivent: 300 millions de dollars, via une syndication de quatre banques, pour moderniser la douane; plus de 150 millions pour le projet e-Finance et la digitalisation de la chaîne de la dépense.
Sur le collectif budgétaire revu à la baisse, il revendique la transparence contre l’affichage: mieux vaut retirer des prêts non décaissables que de gonfler le budget de ressources fantômes. Dernier verrou: la signature. Entamée en 2020 avec Citibank, la notation souveraine est passée de CCC à B- stable, puis B- perspective positive chez Standard & Poor’s, au terme de six mois de roadshow mené, dit-il, «dans le silence pour présenter la RDC qui n’est pas celle qu’on raconte».
La doctrine de l’An 1 est posée. La République Démocratique du Congo, longtemps tétanisée par la dette, entend désormais s’en servir pour financer ses projets structurants.
Natine K.
