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Miguel Kashal fait parler les statistiques: à mi-parcours, sous sa conduite, l’ARSP a multiplié par cinq le chiffre d’affaires des sociétés engagées dans la sous-traitance, passé de 300 millions à 1,6 milliard de dollars, et triplé le nombre de sous-traitants, soit de 3500 à 10000 entreprises

L’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé -ARSP- a sensiblement fait bouger les lignes en 2024. Son directeur général, Miguel Kashal Katemb, a dressé le bilan de l’année à la faveur d’un entretien à Bruxelles avec le confrère Christian Lusakueno de Top Congo Fm, diffusé samedi soir. Il a surtout fait parler les statistiques, révélant les progrès réalisés dans son secteur à l’issue des douze derniers mois: à mi-parcours, en attendant la mise à jour fin février ou début mars 2025, le chiffre d’affaires est passé de 300 millions à 1,6 milliard de dollars, rien que pour 23 sociétés. En même temps qu’elle a réussi à quintupler le chiffre d’affaires des PME opérant dans son secteur, l’ARSP a aussi triplé le nombre d’entreprises locales qui signent des contrats de sous-traitance avec des majors. Elles sont passées de 3500 à 10000, avec des objectifs davantage ambitieux pour fin 2025 et début 2026. «Nous voulons que le chiffre d’affaires de la sous-traitance congolaise, dans sa totalité, reste dans le pays, c’est ça même l’objectif, pour développer la chaîne de valeur congolaise, et aussi profiter à l’administration fiscale du pays», a dit Miguel Kashal, promettant de publier les performances de 2024. Notamment «chaque entreprise principale, le nombre de contrats, le nombre de sous-traitants; chaque sous-traitant avec le montant du contrat décroché».

Peu à peu, lentement mais sûrement, la toile se tisse, il y a de plus en plus d’impact. L’année 2024 a vu un grand nombre de sous-traitants décrocher des contrats alléchants, pas seulement dans le secteur-clé des mines mais aussi les télécommunications et la brasserie.

En juillet dernier, Miguel Kashal avait fait le déplacement du bureau du président de la République Félix Tshisekedi pour lui faire le rapport des activités de l’établissement public sous son commandement. Dans ce document figure en bonne place l’intégration de plusieurs sujets de nationalité congolaise dans le capital de grandes entreprises de sous-traitance travaillant avec de grands groupes miniers. Cas de l’entreprise Bandge, qui travaille avec Sicomines et de quatre autres entreprises sous-traitantes du groupe ERG Africa où sept actionnaires RD-congolais, personnes physiques, ont intégré le capital.

Depuis, Tenke Fungurume, Sicomines, Kamoa et quatorze autres entreprises minières ont signé des contrats avec des dizaines d’entreprises de sous-traitance pour des centaines de millions de dollars, emboîtées par Huawei, un grand fournisseur mondial d’équipements et d’infrastructures ICT -technologies de l’information et de la communication- et d’appareils intelligents, deux sociétés brassicoles, deux cimenteries et un grand groupe agroalimentaire.

L’ARSP veut surtout travailler pour plus d’impact social en remontant la tendance, en faisant accéder, par exemple, 10 ou 20 sous-traitants à un contrat de 100 millions de dollars contre 5 ou 6 sous-traitants actuellement. «Petit à petit, nous allons remonter la tendance. C’est une tendance économique. Il faut y aller très lentement en tenant compte du climat des affaires dans le pays, climat des affaires qui est cher au président de la République, Chef de l’État», a renseigné le DG de l’ARSP.

Dans la gibecière, un avant-projet de Loi sur le contenu local

Kashal semble avoir tiré les leçons des observations formulées à l’issue du contrôle de 2023. Il s’avère qu’il y a eu ces derniers mois des appels d’offres publiés sur le site de l’ARSP et relayés dans la presse locale. Le régulateur a aussi entrepris d’accompagner efficacement l’ambition des sociétés avec beaucoup d’actions sur le terrain afin que ces dernières en tirent largement profit. Il a continué de vulgariser les textes en vigueur, pris langue avec la Fédération des entreprises du Congo -FEC- pour initier des réformes législatives avec l’idée de faire évoluer les entreprises locales de la sous-traitance vers la création de contenus locaux. À ce propos, le Directeur général Miguel Kashal dit «féliciter l’actuel ministre de l’Industrie et des PME qui, à son arrivée, a vraiment pris à cœur ce projet».

Avec la collaboration des experts venus des États Unis, du Canada, de la France, de la Belgique, de l’Afrique du Sud, de la Guinée Conakry et du Nigéria, le concours du patronat national et l’accompagnement du ministère de l’Industrie et des PME, l’ARSP tient déjà un avant-projet de Loi sur le contenu local. Une fois cette loi votée au parlement et promulguée par le président de la République, Kashal promet une diversification réelle et effective de l’économie nationale via le développement de la chaîne de valeur congolaise et des entreprises à capitaux majoritairement congolais.

«On peut tirer des ressources ou des profits de la sous-traitance dans les mines et les investir dans d’autres secteurs comme l’agriculture ou la technologie. Nous sommes aussi beaucoup focalisés dans la sous-traitance de la technologie pour pousser les sous-traitants congolais à entrer massivement dans ce secteur clé et porteur aujourd’hui non pas seulement pour la République Démocratique du Congo mais pour le monde entier», a assuré le manager de l’ARSP.

Si RawBank a approché l’ARSP pour recourir à son fichier dans le cadre d’une opération destinée à faire bénéficier 20000 PME d’un financement de 200 millions de dollars, le régulateur a également noué avec l’Inspection générale des finances -IGF- en vue de fiscaliser les sociétés et les entrepreneurs congolais qui, depuis un certain temps, accèdent aux marchés de la sous-traitance offerts par les sociétés donneuses d’ordre.

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