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RDC: Julie Shiku face à un courrier explosif

Un courrier fait trembler les Lignes Maritimes Congolaises SA et le ministère du Portefeuille. Il délie aussi les langues. Daté du 26 juin 2026 et dont AfricaNews a obtenu copie, il notifie au Président du Conseil d’Administration d’AMI-CONGO la désignation de 4 nouveaux administrateurs représentant LMC. Signataire: la Directrice Générale par intérim, Gisèle Mbwansiem Mbiung. Près d’un mois plus tard, la mèche prend feu. Le 23 juillet, la Dynamique des Jeunes Ne Kongo -DJNK- saisit la ministre d’État, ministre du Portefeuille, Julie Mbuyi Shiku.

Dans ce courrier également consulté par AfricaNews, l’ONG dénonce «une tentative illégale de désigner un Directeur général à la société AMI-CONGO en contournant volontairement les organes sociaux compétents». Mais, selon des indiscrétions au sein du cabinet de la ministre, le nouveau Directeur général d’AMI-CONGO, jamais connu comme cadre aux LMC, aurait été proposé par Julie Shiku dans une lettre adressée à Mme Mbwansiem… «transmise par le Cabinet». Situation bien embarrassante pour la patronne du Portefeuille, accusée de s’ingérer dans la désignation d’un mandataire des LMC à la Direction générale d’AMI-CONGO.

Accusations de népotisme

Dans sa lettre, la société civile dresse un réquisitoire contre Mme Mbwansiem: «gestion sociale défaillante», «blocage des projets d’acquisition de navires», «marginalisation des directeurs opérationnels».Le plus grave, écrit la DJNK: «cette gestion est caractérisée par des abus de pouvoir, des fautes administratives et du favoritisme». L’ONG cite notamment «la promotion controversée de sa fille, âgée de moins de 25 ans, au poste de Directrice des Services Généraux en moins de deux ans». Pour la DJNK, cette nomination illustrerait le népotisme et justifierait «des mesures disciplinaires» contre la DG a.i.

Version syndicale: une pratique «couverte» mais généralisée

Des sources syndicales contactées par AfricaNews apportent un autre éclairage tout en confirmant les écrits de l’ONG sur les défaillances de la DG a.i. en matière sociale: manque de produits pharmaceutiques dans le centre médical de l’entreprise et retard dans le versement de l’enveloppe de la rentrée scolaire. Selon elles, Grâce Mupa, fille de la DG intérimaire, n’occuperait pas le poste de DSI. Elle serait plutôt «son assistante». C’est sa tante, Eugénie Mbwansiem Alus, arrivée elle aussi dans la boîte en qualité d’assistante de la Directrice générale adjointe, qui a été promue à ces fonctions.

Nièce ou tante, c’est une Directrice en plus pour LMC, transportée dans les bagages de la DG intérimaire. Ces sources évoquent une pratique instaurée depuis 2019 qu’elles jugent en violation de la Convention collective et du Code de conduite de l’agent public de l’État. Certains syndicalistes se seraient appuyés sur une note circulaire interne pour tenter de justifier cette pratique. Celle-ci stipulerait que «les assistants du Directeur général et de son adjoint ont rang de sous-directeur». Mais les mêmes sources syndicales nuancent: «au moins un membre du Conseil d’administration et de la Direction générale aurait pu placer un enfant au sein de l’entreprise avec rang de directeur». Pour elles, le problème ne serait donc pas isolé à la DG a.i.

Violation de la convention collective: le témoignage d’un ancien cadre

Un ancien assistant d’un ex-Directeur général, qui a requis l’anonymat, détaille la mécanique. Selon lui, la voie «assistant à sous-directeur» est devenue la porte d’entrée des mandataires depuis 2019.

Or, la Convention collective est claire. Son article 14 dispose que «tout recrutement est subordonné à un besoin organique». L’article 16 précise que «si besoin organique il y a, les privilégiés sont d’abord les enfants de retraités». Pour ceux en activité, les articles 7 à 9 du Code de conduite évoquent le conflit d’intérêts.

Même logique pour les promotions. L’article 14B impose à l’employeur de «former le personnel ancien pour sa qualification au poste de promotion». Deux obligations qui, selon ce témoignage, auraient été violées «avec la complicité d’un PCA dont un proche parent occuperait un poste de direction» et avec l’envoi à Anvers de proches de mandataires «sans profil ni expérience requis». Le témoignage va plus loin. Selon la dernière mission d’experts citée par la source, ces personnes seraient «connues comme agents de l’ambassade de la RDC et non comme agents LMC». Elles «n’auraient aucun bureau», car «LMC Anvers serait sous jugement de liquidation depuis 2002».

Pour assurer leur prise en charge, la Direction générale aurait créé une rubrique «MARSHIPREP» selon le témoignage. Plus de 400.000 dollars y seraient affectés chaque année. L’affaire serait connue de tous mais tue, parce que ces fonds profiteraient à une clique bien identifiée. «De l’argent pour subvenir aux besoins d’agents en mission», accuse la source. Ce qui violerait, selon lui, le contrat d’agence qui prévoit la prise en charge des agents «dans leur zone d’activité». «Il est difficile de prouver que cet argent quitte Kinshasa pour la Belgique», affirme-t-il.

Gonflement des effectifs et dérives de gestion dénoncées

Au-delà des cas individuels, c’est toute la gouvernance qui est pointée. «Depuis 2020, LMC serait régie sans respect des normes maritimes et de gestion d’une société maritime, avec des mandataires n’ayant ni profil ni expérience», affirme l’ancien cadre. Les chiffres avancés: LMC comptait 8 directeurs en 2020. Elle en compterait plus de 50 aujourd’hui. 76 cadres de collaboration en 2020, contre 500 actuellement, selon la même source. «Y avait-il besoin de nommer plus de 40 directeurs ? Quel est l’apport maritime et la productivité de ces 500 nouveaux cadres dans une société dont l’activité est en perte?», s’interroge-t-il.

Autre zone grise: l’achat de navires. «Tout programme d’achat de navire relèverait de la poudre aux yeux. Tout expert maritime sait que la procédure exige d’abord l’existence d’un contrat de courtage. Or, depuis 2020, des missions à l’étranger seraient effectuées au nom de navires qui n’existent pas», dénonce-t-il.

«Guerre de pouvoir» et responsabilité collective

Des sources internes jointes par AfricaNews parlent de «guerre de pouvoir» entre le camp de la DG a.i. et celui de son prédécesseur suspendu, Jean-Claude Mukendi Mbiyamuenza.Les deux camps sont accusés de «mégestion, rétrocommissions et népotisme». Selon ces sources, LMC encaisserait plus de 50 millions de dollars par an au titre des droits de trafic maritime, perçus par la société PADS. Mais l’entreprise accumulerait «des dettes impayées qui représenteraient plus de la moitié de son capital social».

Sur le rendement de PADS: «Ce sous-traitant a commencé en janvier 2026 mais n’aligne que des contre-performances. Alors que SIGREM, le logiciel propre de la société, produisait pas moins de 4 millions de dollars par mois, les recettes générées par le sous-traitant ont chuté selon les premiers rapports. Les syndicalistes ont menacé de manifester mais se sont calmés après des promesses de rectification», apprend-on. PADS, c’est l’un des dossiers qui auraient coûté le poste à Mukendi. L’ancien cadre réclame une analyse systémique de l’IGF: «Dans le cas de LMC, la signature serait double sur tout papier: le DG et le directeur opérationnel. Ceux qui auraient poussé à la faute auraient retiré leurs signatures pour laisser le DG seul responsable». Il ajoute: «l’actuelle DG aurait aussi des proches promus cadres de direction». Et demande: «si Mukendi a été sanctionné pour malversation financière avérée, pourquoi laisser en activité ceux qui l’auraient accompagné?».

Sollicitée mardi 18 août, la Direction Générale de LMC n’avait pas donné suite à la  demandes de la Rédaction. Le cabinet de la ministre d’État Julie Shiku n’a pas non plus souhaité commenter. La ministre d’État a sur la table un dossier explosif. Entre les accusations de la société civile, les explications syndicales et les révélations sur la violation présumée de la convention collective, c’est à elle de s’expliquer et de trancher. L’avenir des LMC dépendra du choix: se remettre en question, sanctionner des individus ou réformer un système.

KISUNGU KAS

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