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RDC: Guerre des bilans après le sit-in du 12 juin

Vendredi 12 juin. Boulevard Triomphal. Le sit-in contre la révision constitutionnelle a viré au carnage. Trois jours plus tard, Kinshasa se déchire sur le nombre de morts. Dix, dit l’opposition. Zéro, rétorque le pouvoir. Entre les deux, des corps en photo, des leaders blessés et deux enquêtes lancées.

La guerre des chiffres

Dix morts, 15 disparus, 176 blessés graves. Le bilan de Joseph Olenghankoy, président du CNSA et des Fonus, est sans appel. Sur X, il a accusé: «Le pouvoir bascule dans la tyrannie extrême. L’étendard sanglant est levé». En face, le gouvernement provincial a fermé la porte: «Aucun mort n’est à déplorer». Il a compté pour sa part 15 policiers et 5 civils légèrement blessés, cinq véhicules calcinés. Et a dénoncé des jeunes drogués aux «substances prohibées», armés de machettes, envoyés «provoquer les forces de l’ordre». Entre les deux versions, Paul Nsapu, président de la Commission nationale des droits de l’homme -CNDH-, a temporisé. «Pas plus de trente victimes, arrêtées, interpellées ou disparues». Il a démenti un décès : «Sur les deux morts, un est vivant. Alias Ngadiadia. Je l’ai vu». Son rapport est attendu «au courant de la semaine».

Dimanche, Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, a affirmé que Kabeya, surnommé Ngadiadia, n’avait fait que «jouer son rôle de Ngadiadia», faisant ainsi référence au militant de l’ECiDé retrouvé dans un état critique vendredi devant le siège du parti, suggérant que la scène relevait elle aussi d’une mise en scène.

Selon Kabuya, les blessures exhibées par des figures de l’opposition, dont Martin Fayulu et Jean-Marc Kabund, relevaient d’une mise en scène orchestrée. Il a affirmé que les opposants s’étaient préalablement concertés pour porter des chemises blanches, avant de se jeter eux-mêmes des tomates afin de simuler des violences et accréditer la thèse de blessures infligées lors de la dispersion du sit-in. Mais les vidéos en circulation montrent l’attaque contre Fayulu sur le Boulevard Triomphal par un groupe de policiers et de personnes habillées en civil. Delly Sesanga s’est exprimé depuis son lit d’hôpital en exhibant des plaies sur ses deux jambes. Ados Ndombasi a expliqué comment il a été atteint, les images de son hospitalisation faisant foi.

Le gouvernement sort du silence

Samedi, le gouvernement de la République a condamné les «incidents». Des blessés «parmi manifestants et forces de l’ordre», des «dégâts matériels importants». Le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, a affirmé avoir fait le tour des sièges politiques pour évaluer les pertes. Le message: oui aux libertés publiques, mais dans «le respect des lois de la République, de l’ordre public ainsi que de la sécurité des personnes et des biens». Enquête ordonnée. Appel à la «retenue et à la responsabilité».

Évocateur, le double compte-rendu de Bruxelles

Dimanche, l’Union européenne «déplore les événements violents du 12 juin à Kinshasa, ainsi que les morts et blessés graves constatés», a déclaré Anouar El Anouni, porte-parole de la Haute Représentante. Bruxelles a rappelé que «la liberté de manifester pacifiquement» est «essentielle» en démocratie. Elle a salué la «volonté de transparence» affichée par Kinshasa et exigé des «investigations approfondies».

Vendredi déjà, la Belgique avait tapé plus fort. Maxime Prevot, vice-Premier ministre, avait évoqué des troubles «interpellants», un «usage excessif de la violence» et une «perte de vies humaines». La dévastation des sièges de partis? «Ça n’a pas sa place en démocratie».

Le cri des opposants

Jean-Marc Kabund, président de l’A.Ch, blessé, a asséné : «Nous sommes au-delà de 5 morts». Il a raconté : «J’ai vu un jeune se faire tirer dessus à bout portant. Pendant qu’il agonisait, la milice Force du Progrès est venue l’achever. Devant la police». Son parti a recensé 189 blessés graves, trois fractures, un siège «pillé et saccagé». Martin Fayulu, touché aussi, a affirmé qu’«ils ont tiré à balles réelles». Deux morts à l’ECiDé, selon lui. Moïse Katumbi a prévenu: «Bilan lourd. Des blessés critiques. Nous craignons des pertes en vies humaines». Le député Ados Ndombasi, touché à la jambe droite, a accusé : «La police de Tshisekedi utilise des armes non conventionnelles. La Force du progrès a donné la mort à des citoyens congolais».

Les ONG documentent l’horreur  

La Dynamique de Lutte contre le Trafic Humain -DLCTH- a compté trois morts par balles et 82 blessés graves. Le Forum des Droits Humains -FDH- en a vu deux. La Dynamique des Mouvements Citoyens -DMC- a dénoncé des «corps sans vie emportés par des individus en civil».

Samedi, Actualite.cd a publié deux photos prises le 12 juin. «Sur le sable du boulevard Triomphal, deux hommes gisent. Le premier est torse nu, face contre terre, crâne ouvert, visage en sang. Le second sur le dos, t-shirt blanc, pieds nus couverts de boue et de sang», a rapporté le site. Human Rights Watch a parlé des «violences les plus graves contre l’opposition depuis le débat sur la révision». Ida Sawyer a pointé une police passive pendant l’attaque du siège de l’ECiDé.

Deux enquêtes, zéro certitude  

CNDH et gouvernement promettent la lumière. En attendant, entre zéro et dix morts, c’est la confiance qui saigne. Le boulevard Triomphal a rouvert. Pas les plaies.

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