
La tempête gronde chez Congo Airways, la compagnie aérienne nationale. Dans une lettre saisissante datée du 30 octobre 2025, adressée à Julie Mbuyi Shiku, ministre du Portefeuille, un collectif d’agents tire la sonnette d’alarme sur l’impaiement persistant et l’inefficience de la gestion de la compagnie sous l’ère de l’actuel directeur général, Alexandre Tshikala Mukendi, nommé en janvier 2025. Dix mois après son arrivée, les employés témoignent d’un retard de 10 mois sur leurs salaires et de plus de 24 mois pour les sous-traitants, tandis que le projet de «dry lease» de deux Airbus A320, financé par l’État, est resté lettre morte. Le terme «dry lease» désigne une opération où le propriétaire de l’avion fournit uniquement l’appareil, laissant à l’entreprise la charge des coûts d’exploitation tels que l’équipage, la maintenance et l’assurance.
Pour le collectif, la situation de Congo Airways est alarmante; la compagnie est «à genoux», minée par une gouvernance défaillante et un management sans vision.
«Depuis sa création, plusieurs facteurs ont conduit à la décadence de notre société: une dette colossale avoisinant 80 millions de dollars, une structure tarifaire inadaptée, les séquelles du Covid, mais surtout un management insuffisant, propice aux fuites de recettes», soulignent-ils, s’appuyant sur les conclusions du rapport de l’Inspection Générale des Finances -IGF- de 2021. Les agents rappellent que la loi impose aux mandataires publics de fournir régulièrement des comptes sur leur gestion, mais selon eux, le Directeur général actuel n’a proposé aucun plan de redressement, se contentant de s’appuyer sur sa nomination présidentielle comme seule réussite.
Un scandale aux relents d’escroquerie
Le point d’orgue des accusations concerne une affaire rocambolesque: un «dry lease» fictif d’un Airbus A320. En juin 2025, un virement de 255 000 dollars aurait été effectué à une société américaine dénommée «International Air Leases», supposée fournir l’appareil. Problème: cette société n’existait pas à l’adresse inscrite. «Les instigateurs de cette escroquerie se sont volatilisés avec l’argent», déplorent les agents dans leur correspondance. Une plainte a été déposée au Parquet pour escroquerie et association de malfaiteurs.
Les agents affirment qu’une connexion aurait été établie entre les escrocs et le Directeur général par la Directrice générale adjointe, ce qui jette une ombre encore plus lourde sur le fonctionnement interne de la compagnie. Par ailleurs, une autre transaction d’un million de dollars aurait été conclue de gré à gré, en totale violation de la législation sur les marchés publics.
Un personnel en détresse
La situation sociale au sein de la compagnie est également critique. «Les agents accumulent plus de 10 mois d’arriérés de salaire, tandis que les sous-traitants tels qu’ITM et SODEICO en sont à 24 mois». Pire, le Directeur général exigerait la présence de tous les employés à leur poste, sous peine de retenues salariales, alors même que les salaires ne sont pas versés.
Le collectif se réfère à plusieurs textes législatifs, comme le Code du Travail, pour rappeler que l’employeur est tenu d’assurer le transport du personnel ou de rembourser les frais engagés. «Comment un employé rémunéré au SMIG peut-il se rendre chaque jour à l’aéroport sans salaire depuis six mois, alors que le bus de la société n’est plus en service?» s’insurgent-ils.
Le danger d’un retrait de la licence
La situation met en péril la survie de Congo Airways, dont le Certificat de Transporteur Aérien -CTA-, essentiel pour la continuité de ses opérations, approche de sa date d’expiration. En raison du manque d’appareils et de liquidités, la compagnie risque de perdre sa licence, infligeant un coup mortel à la présence du pavillon national dans le ciel africain. «Une compagnie nationale inactive coûte cher à l’État et aux actionnaires, en raison d’une dette sociale grandissante», alertent les agents.
Appel à un audit et des mesures drastiques
Face à ce qu’ils qualifient de «détournement intellectuel et moral», les agents demandent à la ministre du Portefeuille de diligenter un audit administratif et financier sans délai, pour établir les responsabilités et éviter un naufrage complet. «L’État ne peut pas continuer à subventionner une entreprise où règnent l’opacité, l’incompétence et le mépris des lois», conclut la lettre.
L’affaire Congo Airways cristallise une fois de plus la crise de gouvernance qui ronge les entreprises publiques congolaises. Malgré les réformes lancées depuis 2021 pour assainir le portefeuille de l’État, la compagnie nationale, censée être la fierté du transport aérien congolais, s’enfonce dans la dette, les scandales et la méfiance. Entre endettement galopant, escroqueries internationales, salaires impayés et menace sur sa licence, Congo Airways semble désormais sur le bord du gouffre. Reste à voir si la ministre du Portefeuille ou le Chef de l’État agiront avant que l’ultime espoir de redécollage ne disparaisse pour toujours.
Natine K.
