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RDC: Comment le glissement a dévoré le dauphin Shadary

Obsédé par un troisième mandat interdit, Joseph Kabila a poussé le calendrier jusqu’à la rupture. Il a oublié l’essentiel : préparer sa sortie. Résultat: un héritier choisi à la hâte, sanctionné, et une défaite historique. «Peu importe les élucubrations de cette cour instrumentalisée. Le 19 décembre prochain, pour l’Udps, il y aura alternance. J.Kabila partira». Ce message est encore sur X. Il a été posté sur X le 12 mai 2016. Son auteur: Félix Tshisekedi, alors membre actif de l’Opposition à Kabila.

Le pouvoir de l’époque ne l’avait jamais pris au sérieux. Aveuglé par la puissance et devenu sourd, il avait oublié les évidences. L’homme de Kingakati voulait rester. Coûte que coûte. La Constitution disait deux mandats, point final. Lui voyait une virgule. Commence alors le grand «glissement». 

La machine à gagner du temps

Après 2015, la machine se met en marche. Recensement interminable de l’ONIP. Loi électorale piégée. Dialogue après dialogue. Tout est bon pour repousser 2016. La Cour constitutionnelle valide: le président reste jusqu’à l’élection de son successeur. Traduction : Kabila s’installe dans l’après-19 décembre 2016. Légalement. Officiellement. Félix Tshisekedi prévient que l’heure du départ finira par arriver.

Il le pensait en décembre 2016… Mais la machine du glissement tourne à plein régime et retarde les échéances. La rue gronde. L’Occident hausse le ton. L’Église siffle la fin de la récré. Kabila tient. Mais à force de regarder le rétroviseur du troisième mandat, il oublie de regarder la route. 

Le dauphin oublié

Erreur fatale. Pendant trois ans, pas un nom. Pas un profil. Pas de préparation. Zéro dauphin. Kabila joue la montre, persuadé qu’il trouvera une faille. Qu’il forcera la porte. Qu’il reviendra par la fenêtre.  La pression monte. Sanctions américaines. Sanctions européennes.

Les gouvernements Badibanga et Tshibala se succèdent. L’horloge tourne aussi. Et la CENI annonce enfin la date: 23 décembre 2018. Il faut un candidat. Vite. Août 2018. Dernier jour des dépôts de candidatures. Le FCC, la machine de Kabila, retient son souffle. Le nom tombe: Emmanuel Ramazani Shadary. Stupeur. 

Le choix de la défaite

Shadary, c’est le fidèle parmi les fidèles. L’ex-ministre de l’Intérieur. L’exécutant. Pas un tribun. Pas un charismatique. Un homme de l’ombre, taillé pour obéir. Le calcul est clair: Kabila part, mais garde la télécommande. Sauf que le choix est précipité. Bâclé. Suicidaire. 

Premier détail oublié: Emmanuel Ramazani Shadary est sous sanctions de l’Union européenne depuis mai 2017. Gel des avoirs. Interdiction de visa. Motif: répression violente des manifestations, violations des droits de l’homme. Le dauphin est un paria avant même de faire campagne.

Deuxième détail: il n’est pas assez connu. Dans la rue, son nom n’évoque rien. Face à lui, Félix Tshisekedi et Martin Fayulu labourent le pays depuis des années. 

Le 30 décembre 2018, le verdict tombe. Le camp Kabila perd. Shadary termine troisième. Loin. Très loin. Félix Tshisekedi, l’opposant, s’installe au Palais de la Nation. 

La leçon du glissement

À force de vouloir glisser, Kabila a dérapé. Obsédé par son maintien, il a sacrifié sa succession. Il a choisi l’urgence plutôt que la stratégie. Un sanctionné plutôt qu’un rassembleur.  Le «glissement» devait lui offrir un troisième mandat. Il lui a coûté le pouvoir. En politique, le temps perdu ne se rattrape pas. Il se paie. Cash.

KISUNGU KAS

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