
L’affaire de corruption présumée des députés provinciaux de Kinshasa a rebondi jeudi quand un extrait vidéo, abondamment partagé dans les réseaux sociaux, a montré le secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social -UDPS/ Tshisekedi-, Augustin Kabuya, en train de revendiquer et justifier ce «cadeau des véhicules» aux élus de la capitale.
Le week-end dernier, quelques instants seulement avant l’élection du nouveau gouverneur de Kinshasa, organisée lundi, la nouvelle des véhicules, présumés dons d’un challenger à la succession de Gentiny Ngobila, stationnés dans le parking souterrain des immeubles River Tower sur lesquels sont mentionnés les noms de certains députés provinciaux, a commencé à circuler, laissant s’échapper un parfum de corruption.
Ces véhicules, retrouvés dans ces immeubles de Kinshasa où l’UDPS Daniel Bumba a ses bureaux, sis appartement 102, ont depuis été saisis par l’Agence nationale des renseignements -ANR- pour des raisons d’enquête.
Des dénonciations ont fusé dans la foulée au point de faire sortir Augustin Kabuya de sa tanière pour revendiquer ces automobiles, légitimer son don et brandir la thèse de «motivation».
«Ce sont nos députés. Si je leur donne un cadeau, est-ce de la corruption?», a interrogé le chef du parti présidentiel, avant de pondre, dans une légèreté ahurissante, une analogie entre ce «don» et la prime présidentielle remise aux Léopards après leur qualification pour les demi-finales de la dernière CAN en Côte d’Ivoire.
«Quand les Léopards participaient à la CAN, on leur avait envoyé de l’argent à titre de motivation. La CAF n’a jamais saisi cet argent au motif que c’est de la corruption», a dit Kabuya. Et d’enchaîner: «Quand j’ai payé la caution pour que ces députés soient alignés sur notre liste, était-ce de la corruption? Quand je leur ai donné de l’argent pour battre campagne, était-ce de la corruption? Pourquoi aujourd’hui, quand j’ai décidé de les motiver parce qu’ils ont fait la différence en demeurant intègres et en rejetant les offres de corruption leur soumises, ça devient de la corruption?»
Ni le timing ni le contexte ne peuvent conférer à cet acte un caractère de motivation, estime un juriste, convaincu que les justifications de Kabuya, claires comme l’eau de la roche, ont plutôt la saveur d’un «aveu clair de corruption», pièce manquante pour la constitution d’un dossier judiciaire à charge de l’UDPS et de son candidat, Daniel Bumba, qui a finalement remporté haut la main l’élection du gouverneur de Kinshasa.
Kabuya s’est surtout laissé prendre dans le piège du Décret-Loi n°17/2002 du 3 octobre 2002 portant code de conduite de l’agent public de l’Etat, ensemble avec les députés provinciaux de Kinshasa, tous astreints d’observer les règles de conduite en matière d’intégrité morale et d’éthique professionnelle, définies par le Décret-Loi précité. Son article 17 stipule: «L’agent public de l’État doit s’interdire de solliciter, de réclamer, d’accepter ou de recevoir ou d’offrir un don, un cadeau ou tout autre avantage en nature ou en espèces pour s’acquitter ou s’abstenir de s’acquitter de ses fonctions, mandat ou obligations professionnelles».
Voici que sans gêne ni remords, Augustin Kabuya, agent public de l’Etat depuis la validation de son mandat de député national, et de surcroît sénateur, a reconnu urbi et orbi avoir conféré des avantages indus aux députés provinciaux, également agents publics de l’Etat appartenant par conséquent à la République et non plus au parti, violant ainsi le Décret-Loi portant conduite de l’agent public de l’Etat. Kabuya a aussi embarqué dans son aventure les députés bénéficiaires de son «don», désormais en conflit avec le Décret-Loi du 3 octobre 2022 qui leur interdit d’accepter un cadeau dans le cadre de l’exercice de leur fonction non sans les imposer de «s’abstenir de toute pratique contraire à la morale et à l’éthique professionnelle».

Autrement, que ces députés UDPS aient résisté aux sirènes de corruption ou pas, ils n’avaient pas droit à un «cadeau» spécial de la part de Kabuya qui a porté un coup fatal à la lutte contre les antivaleurs, un des principaux objectifs du Décret-Loi du 3 octobre 2002. Le timing de ce cadeau ne joue pas non plus en faveur du secrétaire général de l’UDPS.
«Le temps ou le moment que Kabuya a choisi pour offrir ces automobiles aux députés provinciaux est un temps suspect parce que proche d’un enjeu électoral», a fait remarquer un analyste, pendant qu’un chroniqueur politique s’est fait le plaisir de battre en brèche la comparaison entre la prime accordée aux Léopards et le cadeau des véhicules fait aux députés provinciaux de son parti.
«Comparer le don fait par l’institution Président de la République aux Léopards avec le don du secrétaire général de l’UDPS à ses députés provinciaux ne se justifie que dans la logique du MPR Parti-Etat! Dans cette logique, l’Etat RD-congolais et le parti présidentiel ont accès à la même source budgétaire. Là, le parti devient un danger pour l’Etat, donc pour le Chef de l’Etat», a-t-il décrypté, avant de se faire compléter par un autre chroniqueur politique.
Ce dernier a d’abord rappelé que dans le sport, la prime est officiellement reconnue. Et, peu importe son volume, la prime ne pose aucun problème de moralité tant qu’elle émane des autorités du club ou du pays engagé dans une compétition internationale en faveur des joueurs.
Dans le circuit du ballon rond, la prime n’est interdite que dans le cas où elle émane des autorités autres que celles du club ou du pays engagé dans un tournoi ou un match et dans l’objectif d’obtenir un résultat favorable à la source de la prime. Ce qui n’a jamais été le cas des primes allouées aux Léopards.
Natine K.
