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RDC: Cobalt, la mesure qui fait jaser

Kinshasa a décidé de suspendre pour quatre mois les exportations de cobalt qui sert notamment à la fabrication de batteries rechargeables. Jamais depuis 2016, le cobalt avait été vendu aussi bas sur le marché mondial: un peu plus de 20.000 dollars la tonne en ce début d’année contre environ 80.000 en 2022. Un manque à gagner énorme pour la République Démocratique du Congo. Puisque le cobalt constitue 15 à 20% de ses exportations. C’est donc pour essayer de faire remonter les prix que le pays a décidé de suspendre les exportations pour quatre mois, via son autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques.

La suspension concerne toutes les formes d’exportation: industrielle, semi-industrielle, à petite échelle ou artisanale. Mais au pays comme à l’étranger, la mesure fait jaser. Elle passe pour une décision à double tranchant. Certains économistes et analystes craignent que cette mesure ne profite aux pays concurrents et n’entraîne une stagnation des prix, alors que plusieurs acteurs internationaux cherchent déjà à réduire leur dépendance à ce minerai.

Juriste chevronné, Me Joseph Yav Katshung marque son opposition face à la décision du Conseil d’administration de l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques -ARECOMS. Il reste convaincu que la décision fait reculer le pays de trois pas en arrière au lieu d’avancer.

«Cette décision pourrait entraîner des effets négatifs, tels que le développement de matériaux alternatifs par les utilisateurs finaux, ou une baisse des recettes fiscales et des devises issues de l’exportation, fragilisant l’équilibre économique du pays», soutient Me Yav Katshung dans une publication au 236e numéro de «Les brèves juridique», paru ce jeudi 6 mars 2025.

Et d’enchaîner: «Le cobalt, essentiel aux finances publiques et aux projets de développement, est crucial pour la stabilité du pays, notamment à un moment où la RDC doit répondre à des défis de souveraineté et d’intégrité territoriale».

A défaut pour les dirigeants d’ARECOMS de lever la suspension temporaire des exportations de cobalt, Me Yav Katshung propose des alternatives sur lesquelles s’appesantir dans le but de «compenser les effets de cette suspension». Il recommande notamment la diversification économique via l’agriculture, le tourisme et les services.

Conscient que cela est «irréalisable à court-terme», Me Yav Katshung se montre plutôt favorable à l’instauration de quotas d’exportation comme mesure souple.

Par ailleurs, dans sa publication, cet expertg juridique soulève une série de questions qui pousse et incite à la réflexion. Ces interrogations sont notamment: la RDC a-t-elle réellement la capacité de gérer efficacement ses mines et d’exercer un contrôle déterminant sur le marché du cobalt ? La RDC détient-elle toutes les cartes en main pour espérer influencer le marché de cobalt ? Il ne suffit pas seulement d’oser mais il faut aller jusqu’au bout. Mais gère-t-elle réellement ces mines de cobalt si nous savons qu’àl’heure de la transition énergétique, ces métaux rares, cobalt en tête, est au cœur de la bataille que se m livrent Washington et Pékin autour des richesses du sous-sol congolais? Dans ce tango, la RDC joue-t-elle d’un pas en avant ou de trois pas en arrière?

Partant de l’allégorie qui sous-tend la dernière question, Me Yav Katshung indique: «un tango exige coordination et équilibre: il faudra que la RDC danseavec plus de stratégie pour avancer durablement».

L’annonce de Kinshasa fait déjà des vagues dans les secteurs qui dépendent fortement du cobalt, en particulier l’électronique grand public et la fabrication de véhicules électriques. Le cobalt est un composant clé des batteries lithium-ion, qui alimentent les smartphones, les ordinateurs portables, les véhicules électriques et les systèmes de stockage d’énergie renouvelable.

Avant Yav Katshung, Anita Mensah, analyste des matières premières chez Global Trade Insights. Dans une intervention sur BBC, elle dit: «Toute perturbation de l’approvisionnement en cobalt a un effet d’entraînement sur l’ensemble des secteurs, en particulier celui de l’électronique grand public».
Puis de faire observer: «Les fabricants devront soit absorber les coûts, soit les répercuter sur les consommateurs».

Du coup, la production de produits électroniques grand public tels que les téléphones, les ordinateurs portables et même les véhicules électriques pourrait bientôt devenir plus coûteuse. Il faudrait donc d’attendre à des répercussions sur les prix de ces produits.
Les autres équations demeurent les effets consécutifs aux importants stocks de cobalt dont dispose la Chine, susceptibles d’influer sur les prix et les prochaines priorités technologiques, la production du cuivre étant également liée à celle de cobalt.

Natine K.

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