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RDC: Bitasimwa à 17 millions du contrôle systémique complet

Sa parole est rare. Mercredi 20 mai, Christophe Bitasimwa Bahii a brisé le silence. Nommé le 7 mai 2025 à la tête de l’Inspection générale des Finances, le successeur de Jules Alingete a attendu plus d’une année avant d’affronter la presse. Mais ce silence n’était pas de l’inaction. Loin s’en faut ! Au contraire, l’inspecteur général chef de service de l’IGF a initié, dès sa prise de fonction, un «diagnostic» de ce service de contrôle financier afin de dégager «les forces, opportunités et menaces» du mécanisme en vigueur. Un an plus tard, Bitasimwa a affronté la presse, fier de son œuvre, ou plutôt de sa trouvaille. Le «produit de son silence» porte un nom: «contrôle systémique». «Lorsque vous êtes concentrés sur un travail, vous ne faites pas de bruit», explique-t-il.

Après près de quatre décennies d’existence, l’IGF, créée en 1987, s’apprête ainsi à engager une profonde mutation de ses méthodes de travail. Désormais, le service rattaché à la présidence de la République veut miser sur la technologie, notamment le numérique et l’intelligence artificielle, pour optimiser son rendement avec un contrôle «en temps réel» et «intelligent» dans le but de renforcer durablement la gouvernance financière de l’État.

Pour Bitasimwa, ce virage est dicté par un constat réel. «Les réformes de gouvernance ne peuvent être pérennes que si l’État maîtrise les logiques systémiques qui produisent la défaillance, plutôt que de traiter ponctuellement les symptômes qui en découlent», justifie-t-il. Le chef de l’IGF dit avoir tiré les leçons de quatre ans de «patrouille financière». Ce contrôle a priori, qui a pris la suite du contrôle a posteriori en 2020, a permis de «restaurer l’autorité de l’État», «d’assainir les circuits de dépense et de recette publics» et de faire de l’IGF «un symbole national de lutte contre la corruption».

S’adapter à l’évolution technologique pour maximiser les résultats

Mais le diagnostic interne révèle aussi les limites de ce modèle. Christophe Bitasimwa a notamment évoqué la lourdeur opérationnelle, la forte mobilisation de ressources humaines et financières, ainsi que des effets parfois peu durables après le retrait des équipes de contrôle. Pour lui, il n’est plus viable de poursuivre à l’identique une stratégie qui «traite ponctuellement les symptômes» des dysfonctionnements. Face à l’évolution rapide des modes de gestion et à l’explosion du numérique, l’IGF estime nécessaire d’abandonner les méthodes de contrôle essentiellement manuelles.

En optant pour un contrôle essentiellement numérique, Christophe Bitasimwa entend placer la RDC au diapason de l’évolution technologique. À l’IGF, le temps de rester en retard semble révolu, dans un contexte où les flux financiers deviennent de plus en plus complexes et où les contrôlés peuvent eux-mêmes recourir à des outils technologiques avancés. «Rien ne condamne la République démocratique du Congo à demeurer toujours en retard face à l’évolution rapide des modes de gestion utilisant massivement les technologies du numérique», prévient Bitasimwa.

Un plan à 39 millions USD pour faire de l’IGF une institution d’intelligence

Le nouveau paradigme défendu par l’IGF repose sur la maîtrise de la donnée, la traçabilité et l’analyse intégrée des circuits financiers, qu’ils soient fiscaux, douaniers, budgétaires, parafiscaux ou bancaires. Ce contrôle systémique se veut préventif, numérique, analytique, structuré et évolutif. «Le contrôle systémique est un contrôle permanent, interconnecté et analysé, centré sur la traçabilité, la cohérence et la performance des systèmes de gestion publique», a expliqué Christophe Bitasimwa. Précision de taille : ce virage ne vient pas effacer les anciens systèmes.

«Les contrôles a priori et a posteriori vont continuer», rassure le numéro un de l’IGF, précisant que le contrôle systémique «va tout englober». Dans cette perspective, l’IGF ambitionne de devenir une institution d’intelligence et d’intervention au service de la transformation de la gouvernance financière de l’État. Son chef de service veut faire de l’institution un véritable «centre névralgique de régulation financière», capable d’anticiper les risques et de s’attaquer aux causes profondes des dysfonctionnements.

Pour concrétiser cette vision, l’IGF a élaboré un plan stratégique triennal 2026-2028 articulé autour de six axes: la transformation digitale et la maîtrise de l’information ; la transition vers un contrôle systémique basé sur le risque; la protection et la valorisation du patrimoine de l’État; le renforcement de la gouvernance économique et financière; l’amélioration de la qualité de la dépense publique ; et le renforcement institutionnel de l’IGF.

À travers ce plan, l’Inspection générale des Finances entend inscrire son action dans une logique durable, fondée non seulement sur la répression des abus, mais surtout sur la prévention, l’anticipation et la modernisation des mécanismes de contrôle public. Le projet est chiffré à 39 millions de dollars. À l’heure actuelle, l’IGF a déjà mobilisé 22 millions. Il manque encore 7 millions pour boucler l’enveloppe. 

WIDAL

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