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RDC: au Kongo Central, Sakombi Molendo diagnostique son secteur avant d’initier les réformes

Nommé à la tête du ministère des Hydrocarbures après un brillant passage de 5 ans aux Affaires foncières, où il a entrepris des réformes ayant débouché à la majoration substantielle des contributions de ce secteur au Trésor public, Aimé Sakombi Molendo a les dents longues. Tout juste un mois après l’investiture du gouvernement Suminwa à l’Assemblée nationale, il a mis le cap vers le Kongo Central, première destination sous ses nouveaux costumes pour parler avec les professionnels, les industriels, les exploitants et autres intervenants en vue de décrypter, écouter, anticiper, comparer et proposer des solutions pour faire bouger les lignes.

Arrivé vendredi 5 juillet par Moanda, le nouveau ministre des Hydrocarbures a rencontré, dès le lendemain, le gouverneur du Kongo Central, Grâce Nkuanga Bilolo, avec qui il a évoqué plusieurs sujets ayant trait à son secteur.

Pour le patron des ressources fossiles en RD-Congo, le choix de cette province comme lieu de sa première mission officielle n’est pas anodin. Cette province, qui compte 52 orifices d’entrée des produits pétroliers, est aussi la seule à produire du pétrole brut à ce jour. «Plus de 50% des produits pétroliers -finis importés- ont comme porte d’entrée la province du Kongo Central. Normal que je puisse consacrer ma première visite à cette province», a justifié le ministre, après un bref échange avec le gouverneur.

Davantage de transparence dans le Fonds Moanda

Avec cette position stratégique, le Kongo Central espère être «un peu plus impliqué» au process. Une préoccupation qui a retenu l’attention de Molendo Sakombi, déterminé à décrocher le cocotier et faire de son secteur un «puissant moteur de développement» du pays. Un vœu qu’il avait caressé dès sa prise des fonctions au terme de la traditionnelle cérémonie de remise et reprise, le 13 juin dernier à Kinshasa. A Matadi, chez le gouverneur, le ministre des Hydrocarbures a surtout insisté sur le Fonds Moanda pour lequel il a souhaité «plus de transparence». Il s’agit d’une redevance pétrolière payée par la PERENCO pour «financer des projets de développement» dans cette cité côtière. En mai dernier, la Société civile avait accusé la Commission de gestion des fonds Moanda -CGFM- d’avoir détourné les 10 millions USD mis à sa disposition. Le dossier pourrait désormais connaitre un rebondissement.

Dans la foulée, Sakombi Molendo a annoncé des pourparlers pour la création d’un fonds pétrolier. «L’idée vient du gouverneur et je l’ai trouvée pertinente. Nous allons asseoir nos intelligences et nos experts pour produire un schéma», a-t-il promis.

Après les civilités, le n°1 des Hydrocarbures a, le cœur dans l’ouvrage, poursuivi sa journée marathon avec des réunions bilatérales couplées aux visites des terminaux à Matadi, Boma puis Moanda, parcourant, par la route et en plus de 5 heures, les 223 kilomètres qui séparent le chef-lieu de la province à la cité côtière, avec plusieurs arrêts pour palper de plus près la réalité de son secteur.

Première étape de cette visite, les installations de la Société pétrolière de stockage d’Ango-Ango -SPSA Cobil-, créée en 2012 et opérationnelle depuis 2016. Grâce à ses quatre tanks «modernes», connectés à un système de gestion informatisé, la SPSA Cobil peut stocker jusqu’à 26.000 mètres cubes de fluide. «Avec 24 mètres, c’est le parc le plus haut d’Afrique centrale», a expliqué le DG Michel Bourgeois, en présence du PCA Thierry Monsenepwo. SPSA Cobil est en effet une plaque tournante stratégique pour l’expédition et la distribution des produits pétroliers pour la RD-Congo et ses pays voisins. Après cette étape, le ministre Sakombi Molendo s’est rendu aux installations de stockage de SEP Congo et de Lerexcom Petroleum -LP-, toujours à Matadi pour se rendre compte du fonctionnement des systèmes de stockage mais aussi des difficultés de ces entreprises, avant de prendre la route pour Moanda, avec des escales dans la ville de Boma où il a dirigé une réunion et visité les installations d’Oritrans Logistics, autre transporteur des combustibles installé dans la région.

La réalité de la contrebande à Moanda

Arrivé à Moanda, le ministre a été surpris par une foule en liesse qui l’attendait à l’entrée de la cité, arborant des drapeaux de l’Union pour la nation congolaise -UNC- et d’autres partis de l’Union sacrée de la nation. Pour Moanda, ce jour n’avait rien d’ordinaire. La population de la contrée a vu en Sakombi Molendo le sauveur désigné. Malgré son accès direct à la mer et son statut d’unique point de production du pétrole dans le pays, la cité peine à décoller. La faute entre autres à une industrie de contrebande bien installée.

Aussitôt entré à Moanda, Sakombi s’est rendu au poste frontalier d’Incat où l’attendait Amina Panda, administratrice du territoire. Cette dernière a expliqué au ministre le mode opératoire des contrebandiers qui font perdre beaucoup d’argent à l’État. Résoudre ce fléau serait justement un grand pas pour Sakombi Molendo dans son ambition de faire des Hydrocarbures un puissant moteur de développement de la RD-Congo. «Plusieurs de ceux qui importent le pétrole échappent au fisc. Certains passent de l’autre côté pour sortir directement par des villages. Nous souhaitons que vous puissiez réglementer le secteur», a plaidé Amina Panda auprès du ministre.

Après avoir reçu cet éclairage, Sakombi Molendo a clôturé sa longue journée à la Société congolaise des industries de raffinage -SOCIR- avec une réunion bilatérale et une visite des points d’entrée des combustibles, sous la conduite du Directeur général Franck Beausaert et du directeur des opérations Emmanuel Mbala, faisant l’intérim du directeur de siège empêché. Créée depuis 1963, la SOCIR détient le plus grand parc d’Afrique centrale. Si le raffinage a cessé depuis la fin des années 1990, cette société continue de fonctionner avec les composantes stockage et transport.

Ce lundi 8 juillet, le ministre Sakombi poursuit ses séances de diagnostic avec une réunion chez Surestream SA, autre société du Groupe Ledya, comme Lerexcom Petroleum visitée à Matadi, qui œuvre dans l’exploration et envisage, plus tard, se lancer dans la production pétrolière dans les blocs Yema et Matamba-Makanzi à Moanda. Le même jour, le ministre va se rendre à Banana où Perenco produit déjà du brut. Dès son retour sur terre, Sakombi Molendo a booké une rencontre quadripartite entre le ministère des Hydrocarbures, la Perenco, le Comité de concertation du territoire de Moanda -CCTM- et le caucus des députés du Kongo-Central. Mardi, dernier jour de sa visite de travail, Sakombi Molendo va visiter le centre de collecte de gaz à Kinkasi, où des voleurs des câbles ont effectué de trous, mais aussi East Mibale et l’érosion de la côte qui y sévit.

Avec cette mission d’inspection, le ministre Sakombi Molendo entend surtout poser un vrai diagnostic du secteur des Hydrocarbures pour ensuite «faire rapport à qui de droit et commencer à répondre avec des réformes».

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