Dossier à la UneEcofin

RDC : après les états généraux, cap vers la dépolitisation des entreprises publiques

Les lampions se sont éteints, samedi 14 décembre à Kinshasa, sur les états généraux des entreprises du Portefeuille. Durant six jours, des panélistes venus de divers horizons ont réfléchi sur l’avenir et le devenir des entreprises publiques en RD-Congo, démontrant surtout plusieurs maux qui rongent ces entités, jadis fleuron de l’économie nationale. Au Centre financier de Kinshasa, la Première ministre Judith Suminwa a, au nom du président de la République Félix Tshisekedi, clos ces assises, soulignant l’importance de réformer la gouvernance des entreprises publiques et rassurant de la prise en compte des recommandations issues de ces assises.

Durant toute la semaine, six panels ont été organisés autour du thème central: «Faire des entreprises du Portefeuille de l’État un puissant levier de croissance économique et de développement social en RD-Congo». Tout au long des réflexions, le besoin de dépolitiser et de réformer les entreprises publiques est apparu comme la clé de voûte de leur décollage. L’autre recommandation phare est la réadaptation des structures de gestion avec, entre autres, la mise en place de conseils d’administration et comités de gestion compétents et indépendants, capables de gérer avec responsabilité et efficacité.

«La rentabilité a été identifiée comme une priorité. Les recommandations ont porté sur la mise en place de modèles économiques rentables et l’élargissement de sources de financements par un encadrement des partenaires stratégiques», a martelé Judith Suminwa.

En RD-Congo, les états généraux des entreprises ont marqué un tournant dans le secteur, depuis la mutation vers des sociétés commerciales au début des années 2010. Pour Jean-Lucien Bussa qui a osé cette démarche, il s’agit d’une victoire indélébile alors que les recommandations formulées vont permettre, si elles sont mises en œuvre, de débuter la transformation de ces entreprises pour en faire des structures clés du développement économique et social de la RD-Congo.

Plusieurs autres recommandations sont sorties de ces travaux. Une notamment est revenue en boucle, celle portant sur la dépolitisation, en évitant les nominations «basées sur des intérêts politiques». Nombreux intervenants ont appelé à privilégier les critères de méritocratie pour dénicher de meilleurs profils. Ces oiseaux rares devront également être soumis à un mécanisme de suivi et d’évaluation. Afin de maximiser la valeur ajoutée des ressources naturelles et s’assurer du partage équitable des bénéfices entre l’État, les entreprises et les communautés locales, les participants ont également proposer de repenser les partenariats stratégiques afin de garantir des retombées économiques et sociales durables.

Une «idée savante» de Bussa

Au même titre que la justice, les entreprises du Portefeuille de l’État sont malades, à en croire bon nombre de participants. Ces états généraux ont ainsi permis de diagnostiquer plusieurs pathologies dont la mauvaise gouvernance, la corruption persistante et la politisation excessive des nominations, freinant ainsi leur envol. Environ 60% des entreprises publiques souffrent, selon les chiffres livrés lors de ces états généraux, d’une gouvernance inefficace due à l’absence de transparence et de redevabilité. Ce déficit est accentué par la sous-capitalisation avec le manque de financements nécessaires. Cela a pour conséquence l’endettement chronique de la plupart de ces entreprises, atteignant parfois plusieurs centaines de millions de dollars, les empêchant d’investir dans la croissance.

Pour le PCA de Cobila SA, Thierry Monsenepwo, ces chiffres soulignent la nécessité d’une refonte structurelle des entreprises publiques. Il a ainsi salué ces états généraux comme une «idée savante» du ministre Bussa dont le bail au Portefeuille a déjà laissé des empreintes avec les réformes entreprises alors qu’il est là que depuis six mois. «En cette année seulement, le ministère a lancé des audits dans plus de 20 entreprises publiques pour identifier les faiblesses structurelles et proposer des solutions concrètes», a-t-il révélé.

La RD-Congo compte environ 70 entreprises publiques dans des secteurs diversifiés, allant des hydrocarbures aux mines, en passant par le transports, l’énergie et les télécommunications. De ce total, seule une vingtaine est rentable. Pour le ministre Jean-Lucien Bussa, les états généraux des entreprises du Portefeuille ont été l’occasion d’aborder des enjeux cruciaux pour l’avenir. En initiant ces travaux sur instruction du Président, le ministre du Portefeuille tenait à lancer un examen global de la résurrection des entreprises publiques, plus viables, performantes et financières fortes.

DL

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page